La Présentation (Lc 2,22-40)
2,22 "quand les jours furent accomplis", cf. 1,57; 2,6,21. C'est la naissance, et non la conception, qui rendait la femme impure. Donc une conception virginale n'empêchait pas qu'elle ait à être purifiée.
"leur purification" = Marie+Joseph. Leçon la mieux attestée, bien que aucune tradi. jve ne parle de la purification du père. Leur=Marie+Jésus (Origène) ; leur purification de Jésus : improbable, car l'enfant avait à être présenté ou consacré, pas purifié.
Variantes : "sa" purification= Jésus, =Marie.
"anègagon" : 31/34 (act.passif) dans Lc Ev+Actes. On "montait" à Jérusalem ou au Temple.
"Jérusalem" : LcEv marque une préférence pour Ierousalem (forme hb, 36 fois) et non pas Ierosoluma (gr., 4fois) ; mais LcAct est mieux distribué (39/34). Changement prob. pas délibéré.
v.23 "hoti", récitatif = que. (Écarter qu'ici = parce que, comme en 1,25.61.
"dans la loi du Seigneur" : ici sans article, mais avec l'article en 2,22.24.27.39. Sans signification.
"tout mâle" : la citation Lc mêle la LXX de Ex 13,2.12.15 et peut-être Nb 8,15s. La naissance n'est pas miraculeuse, sinon il n'y aurait pas besoin de purification.
"hagion klèthèsetai", comme 1,35 auquel Lc fait peut-être écho.
v.24 : "une paire de tourterelles ou deux petits pigeons" : cf. LXX de Lv 12,8. C'était les deux seuls oiseaux que la Loi permettait d'offrir. On vendait des pigeons dans le Temple (Mc 11,15; Jn 2,14).
v.25 : "kai idou", cf.1,20.
"Syméon" ; un inconnu du lecteur, ni prêtre ni gp, contr. à Zacharie (1,8s). Prob. déjà vieux.
"dikaios" : comme les parents de JBap (Lc 1,6) et Joseph (Mt 1,19). Piété d'Isra'ël.
"eulabès", dévot, seulement Lc/Act.
"qui attendait la consolation d'Israël" , cf. Lc 23,50s (Joseph d'Arimathie) et 2,38 (entourage de Anne).
"le Saint Esprit", bien que sans article, comme en Mt 1,18.20 et Lc 1,15,35,41,67.
v.26 : "kekhrèmatismenos" : oracle ou réponse de Dieu, cf.Act 10,22 (Corneille).
"l'Esprit Saint", avec l'article, pour la 1re fois dans EvEnf.
"voir la mort" : ce "voir" prépare le Nunc dimittis (Lc 2,30). "Le Messie du Seigneur", cf. PsSal 18,8 et "Messie et Seigneur" (Lc 2,11; PsSal 17,36).
"prin an + sbj" : un opt. est employé en Act 25,16. Le pattern normal est prin + prop.infinitive.
v.27 : la rencontre est préparée par Dieu. Soit dans le parvis des Gentils, soit dans le parvis des femmes. Lc côn. la différence entre hiéron (Temple en général, ou parvis du Temple), et naos (sanctuaire), où ne rentrent que les prêtres.
"ce qui était habituel pour lui".
v.28 : Syméon le "Théodokhos"
v.29 : "despotès",: pas fréquent dans NT, mais dans LXX traduit 'adon. De nouveau en Act 4,24 dans la prière des chrétiens de Jérusalem, communauté qui peut avoir été la source ultime de cette hymne aussi.
"apolueis" : tu laisses aller, ou "tu peux laisser s'en aller", euphémisme pour "mourir" comme Nb 20,29 de LXX, peut-être au sens de "être délivré des souffrances de la vie", comme Tob 3,6.13.
"doulos" = esclave/serviteur ; mais "esclave" serait trop fort à cette époque ; choisir "serviteur", comme "doulè" = servante (1,48).
v.30 : "ont vu", non pas littéralement, comme si Syméon était aveugle (comme Zacharie muet).
"Salut" : sôtèrion ; "le salut de (notre) Dieu en Lc 3,6; Act 28,28 ; cf. 2,20. Ailleurs Ep 6,17; Tt 2,11.
v.31 : "hétoimazein", cf. le Bapt. en Lc 1,17.76. Ailleurs Lc 3,4.
"à la vue de tous les peuples" (laôn). D'après Is 52,10, que le cantique de Luc suit, "toutes les nations" (gôyim) = les Païens. Pourquoi ce choix de "peuples" ? Le pluriel laoi reparaît en Act 4,25-27, où il renvoie aux tribus d'Israël contrastées avec les Gentils. Il est plus prob. qu'ici Lc englobe avec laoi tous ceux dont il est question au v. suivant : Gentil+Isra'ël.
v.32 : ou bien salut/lumière/gloire sont parallèles, ou bien on a salut-lumière pour révélation et (pour) gloire. Révélation et gloire sont deux aspects de la lumière–salut.
"apokalupsin ethnôn" : les Gentils, venant de la lumière, reçoivent la révélation; L'absence d'art. est une marque du caractère sémitique des cantiques de Lc.
v.33 : "étaient dans l'étonnement" : cf. la même réaction en Lc 1,21.63; 2,18, stéréotypée (donc on ne peut en tirer argument pour dire que notre texte était prim. indépendant de 1,25-38 et 2,1-20 où les parents ont déjà entendu des choses merveilleuses de l'enfant
"eulogèsen" : a contribué à la théorie selon laquelle Syméon était prêtre.
"anastasis = relévement", donc + large que "résurrection". La paire de noms (ex: chute/relèvement) est typique de Lc.
"pollôn" = beaucoup, comme en Mc 14,24.
"antilegomenos" : ptc. présent à sens futur. Prédilection de Lc pour les composés avec anti-. Voir Lc 21,15, où Lc donne un // à Mt 13,19-20/Mc 13,11, mais diffère par 3 anti-. Antilegein : 6/10 lucaniens dans NT.
"une épée" : Var.syr. : lance/javelot, prob. sous l'influence de Jn 19,34.
"dierkhesthai" : 42 dans NT, les ¾ sont Lc. Dans LXX, rare pour l'action d'une arme. D'où l'importance de Ez 14,17.
"psukhè" : le lieu des émotions et des affections, le cœur.
"hopôs an" : final. La fin est l'accomplissement de l'Écriture (Mt 13,13-15). Si v.35a est une parenthèse, le hopôs dépend de keitai. Il y a un élément hypothétique dans an : les pensées pronfondes seront révélées, mais le moment n'est pas précisé.
"dialogismoi" : pensées profondes, bonnes ou mvses. Dans NT les 13 sont péjoratives ; les 5 de Lc sont des pensées hostiles à Jésus ou de doute. La contradiction de v.34e est exprimée en pensées hostiles.
"prophétesse" : Dans l'AT, Myriam, Deborah, Huldah, le femme d'Isaïe 'Ex 15,20; Jg 4,4; 2 R 22,14; Is 8,3), Jézabel "se dit" prophétesse (Apoc 2,20). Dans NT plusieurs femmes ont prophétisé (Act 2,17; 21,9, 1 Co 11,5), mais seule Anne reçoit ce titre.
"tribu d'Asher" : les Israélites de Jérusalem étaient en général des tribus de Judah, Benjamin ou Lévi. D'autres "Anne" de la Bible appartenaient aux tribus du Nord, la mère de Samuel (Ephraïm, 1 Sm 1,1s), la femme de Tobit (Naphtali, Tob 1,1.9, associée à Asher en Gn 49,20s, Det 33,23s). La tribu d'Asher n'était pas importante. Essai de symbolisme : Asher=heureux, fortuné; Phanuel=face de Dieu. Noter que l'exclamation de Léa à la naissance d'Asher :"Que je suis heureuse ! car les filles me dirot heureuse !"(Gn 30,1) a servi de modèle en Lc 1,42b.48b.
"avancée en âge" : cf. Lc 1,7 pour Zacharie et Elisabeth.
"7 ans" : prob. elle avait été mariée très jeune vers 12 ans.
v. 37 :"84 ans" : soit son âge, soit 12+7+84 =103 ans. (Judith la veuve vécut jusqu'à 105, Jud 16,22-23).
"hiéron", de nouveau, et non pas naos.
litt. "nuit et jour" (Act 26,7), pas sûr que cela fasse allusion au compte jf des jours à partir de soir.
"latreuein" : Habituel chez Lc/Act ; ici participation aux heures du sacrifice et observance des fêtes de la semaine.
v.38 : "autè tè ôra" : habituel chez Lc/Act. Tout ce v. est marqué de vocabulaire Lc : ephistèmi, prosdékhomenos.
"attendant la rédemption d'Israël" : comparer Lc 2,25. Cert. interprètent dans un sens purement politique.
v.30 : Pour l'usage Lc des verbes de départ pour clore une scène de EvEnf, cf. 1,23
Différences dans les deux présentations du Bapt. et de Jésus.
J.Bapt. Jésus
Naissance
Proclamation de la destinée par des Anges
Circoncision ; le nom Circoncision ; le nom
Proclamation de la destinée par Zacharie Proclamation de la destinée par Syméon
Conclusion Conclusion.
Questions qui se posent :
Pourquoi, pour Jésus, une double proclamation ?
Pourquoi cette surprise des parents (2,33) s'ils ont été déjà prévenus par les Anges (2,17-18) ,
Pourquoi cette surprise de Marie si une révélation lui a été faite en 1,32-35 ?
Pourquoi Marie et Joseph sont-ils appelés "parents" de Jésus (2,27), et Joseph son "père", si la conception a été virginale ?
Est-ce que le récit-Syméon, dans un contexte préLuc, ne présupposait ni l'Annonciation à Marie ni l'annonciation aux bergers ? Dans ce cas, il y aurait eu 3 récits séparés et indépendants : Marie/bergers/Syméon ?
Tout ceci explique que cert. voient en Lc 2 des matériaux disparates. Mais il faut bien voir aussi que les matériaux de Lc 2,1-40 sont connectés, non pas d'une connexion lâche d'après la séquence jve : naissance/circoncision/présentation/purification, mais une connexion au niveau profond de la théologie et de la xie : la proclamation aux bergers par les Anges, qui présente l'Enfant dans la ligne de l'attente d'Israël (2,10-11), tdq le Nunc dimittis annonce sa destinée "devant tous les peuples" (donc les Gentils sont inclus). Dans ce cas il y a pas doublure, mais développement.
Le récit-bergers de Lc fonctionne comme le récit-mages de Mt, car dans les deux cas l'événement xque doit être proclamé au loin, et amener la foi et l'adoration. Mais le récit Mt offre deux éléments en + :
Or ces deux éléments se retrouvent en Lc 2 (deuxième partie), car le 1er oracle de Syméon (Lc 2,29-32a) nous parle des Gentils, et le 2e oracle de Syméon (Lc 2,34-35) parle de la chute de beaucoup en Isr. et d'un signe de contradiction. Ainsi les deux EvEnf si différents aboutissent à la même thie.
Deux sources d'AT : Mal 3,1-2; Dn 9,23-24, sur l'accomplissement de la Loi et des prophètes.
Mal 3,1-2 (rapporté à Élie par l'ajout Mal 3,23-24). Rapprocher ce qui est dit du Bapt. en 1,17.76. Est-ce accidentel qu'après la desc. du Bapt. en Lc 1, Jésus est dit "Seigneur" (2,11) et sera signe de contradiction (pour ceux qui "n'endureront pas le jour de sa venue") ?
Dn 9,21-24. Mentionne Gabriel et les 70 semaines d'années. Cf. l'apparition à Zacharie (Lc 1,8-23) qui marque la fin des 70 semaines d'années. Certes il est diff. de savoir si le "Saint des Saints" désigne une place, une chose ou une personne ; mais Lc l'a interprété comme une personne : l'Enfant appelé Saint (Lc 1,35) et considéré comme saint (2,23), est présenté au Seigneur.
Division et répartition
1. v.22-24 : Marie et Joseph amènent l'Enfant ;
2. v.25-35 : double oracle de Symèon ;
3. v.36-38 : Anne ;
4. v.39-40 : retour à Nazareth, et refrain sur la croissance.
Mais il y a des problèmes :
la purification et la présentation mentionnés § 1 ne jouent pas un grand rôle dans ce qui suit
les deux citations en v.23-24 sont du Pt, alors que Syméon et Anne renvoient à 1 Sm 1-2
cert. pensent que l'un des deux oracles de v.20-35 ont été aj. Selon Brown les 2 cant. ont été aj. dans un deuxième temps de la réd.Lc. : primitivement on passait de 27 à 34.
Anne semble redoubler Syméon (d'ailleurs il n'y a pas de paroles d'Anne). Homme et femme comme au début de l'EvEnf (1,5-25 avec Zacharie et Elisabeth).
1° la consécration du premier-né, Ex 13,1.11ss, parce que Dieu a épargné les 1ers nés des israélites quand il massacrait les 1ers nés égyptiens. L'idée originelle était que le 1er né devait servir le Seigneur d'une manière spéciale. En fait seule la tribu de Lévi servait de manière spéciale Y dans le culte : elle remplaçait le 1er né. C'est ce que reconnaît Nb 18,15-16 : pour cinq shekels (trente deniers) on pouvait retirer du service direct de Y tous les 1ers nés, tdq les Lévites restaient à ce service. Cette somme devait être versée au sanctuaire (le Temple), mais il n'y avait aucune obligation (ni coutume autant que nous sachions) de présenter l'enfant.
2° la purification de la mère. Lv 12,1ss : 7 jours avant la circoncision, et 33 jours après. 80 jours si c'était une fille ! La femme ne pouvait venir au sanctuaire . À la fin, Lv 12,6, elle doit offrir au prêtre à la porte du sanctuaire un agneau, ou un jeune pigeon ou une tourterelle, si elle ne peut offrir un agneau. Lc, en 2,22-24, pense d'abord à cette offrande des pauvres. Au v.21 il a déjà mentionné "éplèsthèsan" pour la circoncision. Ici il parle de la purification. Le v.22 est pratiquement une citation de Lv 12,6 ; au v.24 les deux oiseaux citent Lv 12,6. Mais il combine avec la consécration du 1er né (22b-23), et c'est la coutume à laquelle il est fait allusion dans le récit qui suit (v.27). On a pensé que cette combinaison des deux coutumes reflétait une coutume populaire au temps du Christ : par raison de convenance, on observait les deux devoirs en même temps; Mais cette explication n'explique pas l'inexactitude de Lc. Il semble penser que les deux parents devaient être purifiés (v.22 : "leur purification", ce qui modifie Lv 12,6). Il semble penser que la raison de la venue au temple était la venue ou la présentation de Jésus, alors que la loi parle seulement de la purification de la mère. (Et il est douteux qu'un voyage au temple ait été pratiqué sur une grands échelle par le judaïsme au temps du Christ.) Il ne fait aucune mention des "cinq shekels", et parle dans ce contexte du rachat du 1er né des deux pigeons ou tourterelles liés en fait à la purification de la mère.
Impossible donc de rendre raison des inexactitudes de Luc ici (comme pour le cens).
On doit donc conclure, soit que Lc a mal interprété une tradi venue jusque lui, soit qu'il a créé un cadre pour combiner les lois AT. Plusieurs arguments vont dans le sens d'une "création" par Luc :
Le résultat, c'est un mélange curieux : connaissance générale d'une coutume juive, connaissance approximative des détails (l'auteur n'a pas dû grandir dans le judaïsme ou en Palestine, et la nécessité d'expliquer la coutume montre bien que l'auditoire pour la plupart était gentil non palestinien !).
Faut-il imaginer des raisons théologiques pour expliquer ces inexactitudes de Luc ?
Beaucoup plus sûr, le parallélisme avec l'histoire de Samuel.
Le thème de la purification domine parce qu'il y avait une nécessité géographique de faire venir les parents de Bethléhem à Jérusalem.
La présentation toutefois est mentionnée parce qu'elle permet de rencontrer Siméon et Anne.
Bien que Lc connaisse la Loi-présentation, le vrai modèle est le récit de Samuel.
La Loi ne requérait pas que l'enfant soit présenté au Temple, mais Samuel le modèle a été présenté au sanctuaire à Shiloh.
La Loi-présentation faisait racheter l'enfant, mais pas qu'il soit au service de Y, mais Samuel reste à Shiloh.
Et Jésus fait ce qu'a fait Samuel.
Détails du back-ground Samuel :
Hannah amène Samuel donné par Dieu, et le laisse à Shiloh au service de Y (1 Sm 1,24-28).
Elle et son mari rencontrent le grand pr Éli // Marie et Joseph rencontrent le vieillard Siméon.
Éli bénit Hannah et Elkana (1 Sm 2,20) // Siméon bénit Marie et Joseph (Lc 2,34).
Des femmes servent à la porte du sanctuaire (1 Sm 2,22) //la vieille Anne "ne quitte pas le T"(Lc 2,37)
Samuel grandit en présence de Y (1 Sm 2,21-26) // Jésus grandit, rempli de sagesse et favorisé par Dieu (Lc 2,40).
Jésus était-il le sujet primitivement dans le récit du temple ?
Beaucoup d'échos dans Samuel appartiennent à la conception-naissance du Bpte plus que de Jésus.
Thèse d'un récit JnBp préLc plus long, dont une partie des matériaux a été reversé à Jésus. Il y aurait un récit de la présentation de JnBp par Zacharie et Élisabeth.
Réponse : D'abord les objections générales à une source JnBp. De plus le backgroud Samuel est utilisé par Lc pour tout l'EvEnf, et pas seulement pour la portion JnBp. Ainsi le Magnificat de Marie est modelé sur le Cant. de Hannah.
Lc a choisi de continuer l'histoire de l'Enf de Jésus plutôt que l'Enf de JnBp ; et ainsi, alors que conception-JnBp est modelée sur Samuel, Lc maintenant transfère l'imagerie Samuel sur Jésus, et c'est Maie-Joseph qui reprennent Hannah-Elkanah, alors que précédemment c'était repris par Élisabeth-Zacharie.
La méthode de Lc n'est pas d'identifier les figures de l'EvEnf par des personnages AT, mais de colorer
l'EvEnf de couleurs venues de l'AT. S'il y a un écho de l'hist. JnBp en Lc 2,22-40, ce n'est pas parce que cette histoire concernait originellement JnBp, mais c'est le fait d'un inclusion artistique Lc.
Au début : un récit d'enfance avec Elisabeth-Zacharie, droits et obersants.
À la fin : une scène-Temple avec Siméon-Anne, droits et observants.
Les eux reflètent un backgrond Samuel et Daniel.
La Loi et les Prophètes
Luc n'est pas tellement intéressé par les coutumes juives. La coutume-purification sert à changer la scène à Jérusalem-Temple ; la coutume-rachat fournit un contexte pour une histoire comme Samuel (parents/enfant/personne âgée du sanctuaire).
Pourtant Lc mentionne la Loi 3 fois en v.22-24, puis revient sur ce thème en 27.39. Il veut souligner que la grandeur future de Jésus est rendue possible par une soumission à la Loi de Moïse, qui est la Loi de Dieu.
De même ce n'est pas par accident que l'Esprit est nommé 3 fois (v.25-27) en référence à Siméon. Déjà l'Esprit était à l'œuvre en Lc 1,15.17.41 puis en 1,67. Ici l'Esprit pousse Siméon, et inspire le Nunc dimittis. Un prophète a prédit la future grandeur de JnBp ; deux prophètes, Siméon-Anne prédisent la future grandeur de Jésus.
Ainsi Loi+prophètes, héritage d'Israël, fournissent le contexte de la carrière de Jésus.
Le Temple
Siméon et Anne attendent en effet, la consolation d'Israël et la rédemption de Jérusalem. Comme d'ailleurs à Qumran (1QpHab7,3-5), où, droits et dévots (cf.Lc 2,25), les croyants préparaient le dernier jour dans le jeûne et la prière (cf. Lc 2,37). Siméon voit les paroles d'Is accomplies en Jésus et dans la communauté qui croit en Lui.
De plus les attentes de Siméon et d'Anne sont comblées dans les parvis du Temple. Cette ptété du Temple marque la théologie des 'anawim comme l'EvEnf de Lc.
Anne, qui ne quitte pas le Temple anticipe la communauté chrétienne de Jérusalem (Act 2,42.46) et la communauté-fille d'Antioche qui adore le Seigneur et jeûne avant de recevoir l'Esprit (Act 13,2).
La révélation faite à Zacharie dans le Temple le laissait incapable de bénir le peuple (Lc 1,22) ; maintenant la lumière a brillé, et la révélation fait à Siméon le rend capable de bènir les parents (Lc 2,34).
Celui qui est "appelé saint" vient au saint lieu d'Israël et commence à incorporer beaucoup de ce qui était associè au Temple.
Aux derniers jours les Gentils devaient affluer vers la montagne du Temple pour y apprendre les voies du Seigneur (Is 2,2_3; Mi 4,1). Maintenant dans ce Temple Jésus est proclamé comme le salut "préparé à la vue de tous les peuples" (Lc 2,31-32).
La gloire de Dieu demeurait dans le sanctuaire (1 Rg 8,10-11; Ez 44,4), et maintenant Siméon, devant le Temple Jésus comme gloire d'Israël, peuple de Dieu.
Donc Loi+Esprit des Prophètes+Temple, pour saluer la grandeur de Jésus.
La paraklèsis d'Israël
Écho de II et III Is". Juste avant "la voix" (Is 40,3) nous lisons dans la LXX de Is 40,1 :"Parakaleite, parakaleite ton laon mou"; et Is 66,12-13 nous fait lire :"ta paidia autôn … épi gonatôn paraklèthèsontai ; ôs ei tina mètèr parakalèsei, outôs kai egô parakalèsô humas, kai en Ierusalèm paraklèthèsesthé". Et en gardant en mémoire la scène d'Anne (lutrôsis, Lc 2,38), nous lisons en Is 52,9 TM :"Y réconforte son peuple, il rachète Jérusalem".
Appelons-les : ND (Nunc dimittis), v.29-32, Cantique
IO (Idou outos), v.34c-35, Prédiction
Ce n'est pas le même redoublement que dans les Cantiques, par exemple la louange d'Élisabeth (1,42b-45) suivie par le Magnificat (Cant.,1,46-55), en 2,10 proclamation angélique de l'identité de Jésus suivie du Gloria (Cant.). Les Cantiques ont été ajoutés à Lc original. Ici c'est l'inverse : le Cant. vient en 1er.
Arguments : - Même introduction en v.28 et v.34ab, le v.33 étant une transition, réaction stéréotypée.
- La transition est aisée de 27 à 34 (à vrai dire la transition 27-28 est aisée aussi).
- Le ND est un Cant.; or les autres Cant.ont été ajoutés. Il y a des parallèles ND/Benedictus ; tous les Cant.précédents sont introduits aussi par le thème bénir/louer Dieu (1,46s; 1,68; 2,13s); leur contenu déborde conception/naissance et a concerné antérieurement toute l'activité salvifique : de même ND pourrait tout aussi bien avoir été dit après mort/résurrection.
- IO est différent de tous les autres Cant.Lc., et ressemble à la louange-Elisabeth avant le Magnificat ; il se rapporte au futur, et est tout à fait approprié à une prophétie sur une carrière qui n'a pas commencé.
- Il y a plus de lucanismes dans les textes qui sont plus originaux.
Objection :
- Si Lc avait ajouté le ND, il l'aurait mis après. Réponse : Lc suit l'ordre de l'histoire du salut. Voir déjà l'insertion v.76s dans le Benedictus, qui crée une séquence : bénédiction du Dieu d'Israël (v.68-75) + destinée de l'Enfant (v.76-77). De plus ND parle de tous les peuples, IO spécifie : Israël et les Gentils.
3. Le Nunc dimittis
Résignation paisible et joyeuse à un appel de Dieu qui exige séparation. A pu servir comme réponse chrétienne à la mort d'un croyant, quand le retour du Christ était pensé comme imminent.
La brièveté fait qu'on ne se pose pas la question du découpage. Trois bicola, le 3e avec parallèlisme synonymique.
Deux thèmes : le veilleur (joie et accomplissement) et l'homme âgé/mourant (Gn 15,15). Ces deux thèmes déjà en Gn 46,30 (mort de Jacob).
Achèvement, cf. dans le judaïsme au temps de Jésus, Ps Sal 17,50; Lc 10,23s.
Paix : cf. Ps 72,7; Za 8,12; Is 9,5s; Lc 2,14 : Siméon, sur la terre, en est favorisé.
Le vocabulaire du ND rappelle II et III Isaïe :
Is 52,9s : "Exultez, acclamez ensemble, ruines de Jérusalem,
car Y réconforte son peuple, il rachète Jérusalem. /
Y a découvert le bras de sa sainteté aux yeux e toutes les nations,
et tous les confins de la terre verront le salut de notre Dieu."
Is 49,6 : "C'est peu que tu sois pour moi un serviteur,
en relevant les tribus de Jacob
et en ramenant ceux d'Israël qui ont été préservés ;
je te destine à être la lumière des nations,
pour que mon salut paraisse jusqu'à l'extrémité de la terre."
Is 46,13 : "J'ai fait approcher ma justice, elle ne restera pas loin
et mon salut ne tardera pas.
J'accorderai mon salut dans Sion et ma gloire à Israël."
Is 42,6 : "Moi, Y, je t'ai appelé, en vertu de la justice
je t'ai saisi par la main, je t'ai formé et je t'ai destiné
à être l'alliance du peuple, à être la lumière des nations."
Is 40,5 : "La gloire de Y se révèlera et toute chair à la fois verra,
car la bouche de Y a parlé."
Thèmes communs : voir le salut, la vue de tous les peuples, la lumière pour les Gentils, la gloire pour Israël. Ils se retrouvent en Ps 98,3; Bar 4,24; 1QM 1,5; CD 20,20;34.
L'universalisme encore centralisé peut avoir marqué le texte préLc du ND. Mais Lc 1,31 réinterprète Is 52,10 : les Gentils aussi sont du peuple de Dieu ; et ND dépasse Lc 1,68, et Za 2,10s est accompli.
Cette ouverture aux Gentils, attirés par la lumière du Fils de Dieu, se retrouve dans les Mages. Cela annonce ce qui sera dit des grands héros, Pierre et Paul : Act 15,14 (réinterprétant Det 14,2; Ex 19,5), et Act 28,28.
Siméon termine sa vie alors que le Messie commence la sienne.
Ce v.d'Act convient d'autant mieux que Paul vient d'être rejeté par les Juifs (28,26). Ainsi IO concerne la chute de beaucoup en Israël et le signe de contradiction. Dramatique et prophétique : le rejet sera une catastrophe. Et IO est adressé d'abord à la Mère, qui a été la première à recevoir la bonne nouvelle.
"Idou" marque le changement de ton. Le ND a parlé de paix, mais la paix selon le Christ implique un choix, une "division" (Lc 12,51-53).
Jésus n'est pas seulement l'occasion de ce jugement (v.34c) : "keitai". Les deux, chute et relèvement, ne sont pas consécutifs (Mi 7,8), mais il y a 2 groupes : ceux qui chutent et ceux qui se relèvent. Exemple de la pierre d'achoppement", si souvent employée pour la chute d'Israël (Is 8,14), sur laquelle on bâtit (Ps 118,22; Is 28,16). Cf. les 2 thèmes en Lc 20,17s. Sur la chute d'Israël, cf. Rm 9,30ss; 1 P 2,8.
Ton pessimiste renforcé en v.34d, où Jésus est un "signe". En Is 7,14, le signe (de la 'almah) est donné par Dieu (cf. Is 8,14 pour la "pierre"). Le signe est plutôt négatif dans le reste d'Is 7. De même Lc v.34d ne mentionne que antilegomenon. La prophétie de Siméon, anticipant le rejet de Jésus durant son ministère et sa passion et le rejet de la mission chrétienne, rejoint les "méy meribah" de Hb 20,13; Dt 32,51. Mt 3 parle déjà de l'hostilité des gp et des scribes. Lc 11,29-32 (Mt 12,38-42) parlera aussi du Fils de l'homme comme signe.
Le glaive
Quelques interprétations improbables :
- Origène : Marie a douté. Réponse : Lc a une vue positive de Marie, disciple modèle (8,21, Act 1,14).
- Épiphane : Marie est morte de mort violente.
- Mater dolorosa (dans la ligne de Ps 22, 21(20). Réponse : Marie était debout, et Lc ne dit pas qu'elle était présente.
- Marie a tout partagé avec son Fils. Réponse : présent peut-être en Apoc 12,4.6.17, ce thème est absent chez Lc. De plus le glaive n'a pas traversé le cœur de Jésus, qui au contraire a apporté le glaive de la division (Mt 10,34).
- On a contesté la légitimité de la conception de Jésus. Réponse : motif absent de Lc
- Marie a vu la chute d'Israël et Jésus rejeté par soin peuple.
- Ambroise : glaive = parole de Dieu.
- Référence à Gn 3,15, femme x serpent. Réponse : cela présuppose une lecture mess. de Gn 3,15, pas attestée ni en Lc ni en préLc; de plus cela ne fait pas justice à la menace v.35a, où Marie n'est pas une figure positive opposée à une négative, mais où la division semble apportée dans son propre cœur.
Revenir à une interprétation appuyée sur Luc (EvAct).
Le parallèle AT le plus net est Ez 14,17, rappelé et adapté dans OrSyb III,316 pour décrire l'invasion de l'Égypte par Antiochus Épiphane (environ 170 av.Jésus Christ. Épée discriminant, et non simple punition (Ez 5,1-2; 6,8-9; 12,14-16). Donc totalement en harmonie, ici avec 2,34c, et plus loin avec Lc 12,51-53 (tiré de Q, où Mt a "le glaive").
Dans ces textes il y a discrimination au sein d'une même famille. Ailleurs il y a discrimination entre famille humaine et famille des croyants. Mc 3,1-35 oppose les deux familles ; Lc 5,10-21 fait de la famille humaine une part de la famille des croyants ; la famille humaine a "passé le test", ce qui veut dire que la discrimination peut avoir lieu aussi dans la famille humaine. Marie était l'une des croyantes (Act 1,12-15), avait passé le test et reconnu le signe. L'une de ses souffrances était de reconnaître que Jésus Fils de Dieu dépassait tous les attachements humains, leçon qu'elle apprendra dans la scène svte (2,48-50).
La discrimination dont parle Siméon concerne aussi Marie, comme israélite et comme membre de la famille humaine. Ni l'un ni l'autre ne garantissent de participer au salut apporté par Jésus. Ce qui est différent de la thèse "Marie personnifiant Israël", "Marie fille de Sion". Marie est bien plutôt une part d'Israël, et elle aussi est testée.
Bien voir que v.35a est une parenthèse (on ne peut comprendre : le glaive va traverser le cœur de Marie pour que, de sorte que les dialogismoi hostiles soient révélés !). Il faut donc continuer 34d-35b :
34c : l'Enfant est donné pour la chute et le relèvement de beaucoup en Israël ;
34d : mais pour la majorité il sera un signe contredit ;
35b : et ainsi face à lui sera révélée l'hostilité des "dialogismoi kardiôn", comme Jésus dira des pensées hostiles des Pharisiens (Lc 12,1s).
Marie ne peut rester en dehors du test, mais Lc sait qu'elle répondra positivement.
D. Anne salue l'Enfant (2,36-38)
Une 'anaw
Le récit de l'Enfance ne va pas se terminer sur cette note négative. Siméon a quand même reconnu la consolation d'Israël (2,25), Anne à son tour parle de l'Enfant. Donc Marie n'est pas toute seule à accueillir le signe.
Anne se tait, mais ses prières et son jeûne parlent pour elle, et la prédisposent à l'Esprit de prophétie. Ambiance des 'Anawim qui la rapproche de la communauté de Jérusalem des Actes, anticipe la Pentecôte (Act 2,17), et répète le couple Zacharie-Élisabeth.
Il est difficile de savoir si Lc s'exprimait littéralement en décrivant la piété d'Anne. Il est douteux que des femmes aient vécu dans le Temple, mais Lc parle peut-être en hyperbole des visites fréquentes qu'elle y faisait, et la même expression "adorer nuit et jour" se retrouve en Act 26,7 pour les 12 tribus.
Lc mentionne les veuves plus que tous les Evtes ensemble.
Pour les communautés chrétiennes, se référer à Act 6,1 et 9,39.41; 1 Tm 5,3-16.
Il est possible que cette tradition des veuves soit venue aux chrétiens par les 'anawim jfs.
Voir Judith 15,5s (IIs av.), spécialement 8,1-8; 15,14 – 16,15 et 16,23 où ses 105 ans peuvent annoncer Anne (12 environ + 7 + 84 = 103 environ), si elle a été mariée vers 12 ans.
D. Conclusion (2,9-40)
Influence de 1 Sm
Double conclusion : v.39, conclusion de l'épisode ; v.40, conclusion de EvEnf.
Dans la première conclusion, deux mêmes motifs qu'en 1 Sm 2,20 et Mt 2,23.
Dans la deuxième : 2,40 rappelle 1,80 (JnBp). Lc 1,80 rappelle Gn 21,8 et Jg 13,24 LXX. Lc 2,40 rappelle 1 Sm 2,21 et 2,26.
Cette conclusion prépare le ministère
JnBp croît "en esprit", mais pas Jésus ! Accidentel ou volontaire (Jésus a été conçu déjà par l'Esprit Saint). En tout cas, grandir "en sophia" n'est pas loin de grandir "en esprit" ; Is 11,2 (l'Esprit du Seigneur est "Esprit de sagesse". Jésus (en Lc plus que dans les autres év.) est la sagesse de Dieu (Lc 11,49) partageable par les croyants (21,15).
"Kharis théou" , cf. déjà Lc 1,30; voir 4,22 au début du ministère.
Ainsi la présente conclusion prépare géographiquement et biographiquement l'apparition de Jésus de Nazareth, venant de Galilée et prêchant un message rempli de sagesse et montrant la grâce de Dieu.