Jésus au Temple (Lc 2,41-52)
Une transition :
Bien que 2,22-40 forme une inclusion presque pfte avec le début EvEnf, et bien que 2,39-40 prépare bien l'arrivée de Jésus venant de Nazareth pour un message de sagesse et de grâce, Lc n'arrête pas avec la Présentation le récit pré-ministère ; mais entre 2,40 et 3,1 il crée une transition : 2,41-52.
Cert. (Laurentin) disent : comme on a deux fois la séquence : annonciation-visitation, on a deux fois naissance-Jésus dans le Temple. Critique Brown : les 2 visitations sont liées intimement aux deux annonciations, mais 2,41-52 n'est pas l'accomplissement de ce qui précède. En fait il y a deux scènes Temple (2,22-40 et 2,41-52) qui offrent des introductions et des conclusions similaires, et qui supposent tous deux un aller-retour Nazareth-Jérusalem.
Le mieux est de reconnaître que 2,41-52, indépendant, ne faisait pas partie du diptyque primitif, et pour que cela ne paraisse pas artificiel, Lc a repris le commencement et la fin de 2,22-40. Beaucoup pensent à un récit-Temple pré-Lc, que Lc a adapté et ajouté.
Arguments : - 12 ans ont passé ; donc 2,41-52 peut difficilement être dans EvEnf, mais fait partie de la vie cachée de Jésus
- le récit ne dépend pas de ce qui précède, et si on le lisait seul, rien ne dirait que Jésus a été conçu surnaturellement et que Joseph n'est pas son père.(Joseph est inclus dans les "parents" de Jésus (v.41.43). Ses parents "ne comprennent pas" (49-50) ; ce n'est pas un simple étonnement (2,33), mais un vrai manque de compréhension (8,10 ; 18,34 ; 24,45), curieux après l'annonce de l'ange (1,26-38), le message des anges (2,1-20) et la prophétie de Siméon (2,21-40).
Brown : Bien qu'il rejette en général l'idée de sources préLc pour 1,5 – 2,40 (sf cantiques), il pense que la thèse a de sérieuses probabilités; toutefois il faut alors penser que Lc a totalement réécrit sa source.
Transition entre la révélation concernant Jésus (anges, Siméon) à la révélation par Jésus (2,41-52 : Jésus parle pour la 1re fois).
En Mt/Lc le moment xlogique a reculé du baptême (Mc) à conception-naissance, dans Jn recul jusque préexistence, ici recul jusque "vie cachée" : Jésus enfant est déjà Fils de Dieu.
Noter que dans beaucoup de cultures l'enfant anticipe la grandeur de l'adulte (p.482). Exemples bibliques : 1 Sm 3,1-18 ; Suz LXX v.45). Dans le récit Lc apparaissent les anticipations de la sagesse et de l'œuvre du Christ, mais la sagesse est la plus marquante (v.46.47 et v.49 où Jésus fait référence à son Père, ce qui est hautement xlogique. La certitude post-résurrection est ainsi affirmée à partir d'un fait d'histoire (Jésus a eu une enfance).
Maintenant le v.52 constitue une transition à "Jésus à 30 ans".
Introduction et cadre (2,41-45)
Aller et retour Nazareth – Jérusalem = cadre géographique. Déjà 1,5 – 2,40 donnaient une magnifique inclusion (homme et femme dans le Temple). Ici Lc garde la scène dans le Temple : l'inclusion 1,5 – 2,40 anticipe la grande inclusion 1,5 – 24,53 : début et fin dans le Temple.
De même l'aller et retour Nazareth – Jérusalem anticipe le "voyage" 9,51 – 19,28 au temps de la Pâque.
La piété du Temple
Déjà soulignée en 1,5-25 et 2,22-40. Le Jésus du ministère se rendra au Temple (19,41ss) pour un témoignage prophétique contre la cité et le sanctuaire ; ici il s'agit d'accomplir les devoirs de la Loi, et les parents sont décrits en termes d'AT, dans la sensibilité du judaïsme. Ils sont le pont avec le temps de Jésus, mais n'articulent rien de ses vues prophétiques et de sa proclamation.
Ressemblances avec 2,22-24
Dans les deux, obligations légales ; dans les deux l'introduction n'affecte pas la ligne du récit :
En 2,22-38 l'accent porte sur le témoignage prophétique de Siméon/Anne, et non sur purif/présent. Ici non plus le motif de la Pâque n'affecte pas le dialogue central Jésus-parents.
Dans les deux la connaissance des rites jfs est toute générale : dans le récit-présentation les rites sont peu connus ; ici "la fête de la Pâque" reste floue : seule occasion où les Jfs devaient aller à Jérusalem chaque année, ou simple pratique des Jfs de Galilée ? ou dépendance de 1 Sm 1,3.21.24 ; 2,19 ?
Dans les deux : introduction générale, puis cadre précis, 2,22-24 suivi de 25-27, et 2,41-42 est suivi de 43-45.
Bien que les chrétiens aient spéculé sur l'étendue de la 1rejournée de marche, sur la question : pourquoi l'absence de l'enfant n'a pas été repérée plus tôt, Lc ne montre pas d'intérêt pour ces détails. Il veut seulement montrer l'angoisse des parents.
"Après trois jours", est-ce une allusion à la résurrection ? (Laurentin)
Critique Brown : on n'a pas ici "le 3me jour", comme en Act 25,1 ; 28,17, sans référence à la résurrection. Il est vrai qu'en Mc 8,31 ; 9,31 ; 10,34 nous avons "après 3 jours" en rapport avec la résurrection, mais dans ses paral. Lc n'a pas "après 3 jours". Il est simplement possible que dans un récit préLc il y ait allusion à la résurrection.
Un curieux parallèle : Jn 2,1-12
C'esr aussi une référence à la "vie cachée" de Jésus. Le miracle se situe en Haute Galilée, avant la venue à Capharnaüm, donc avant le début de la vie publique, et l'on note la présence de la Mère et des frères de Jésus (v.12). Les év.apocryphes insistent sur le caractère merveilleux des actes accomplis en faveur de la famille Il y a de cela ici. Les faits ont lieu "le 3me jour", qui n'est pas non plus pour Jn une réféférence à la résurrection (voir pour les opposer Jn 2,19-22). Mais on ne peut écarter qu'à un stade préJn, il y ait eu allusion à la résurrection, comme dans le stade préLc.
Anticipation du ministère ?
Non seulement Lc illustre la sagesse de Jésus mentionnée v.40 et 52, mais il anticipe le ministère (Lc 4,32 ; 20,26). Toutefois on ne trouve pas ici l'hostilité contre les scribes qui marquera les débats de Jésus, et l'accent est mis plutôt sur la curiosité intellectuelle de Jésus concernant les choses de Dieu.
L'étonnement est partagé par les parents. Dans l'hypothèse d'un récit indépendant préLc, les parents apprenaient tout du Fils de Dieu ; dans la composition actuelle, les révélations ont été données bien avant, et l'étonnement des parents porte seulement sur la manière et la précocité.
Reproche de Marie ?
Dans le dialogue qui suit, nous passons de l'étonnement à un manque de compréhension.
Curieux reproche de Marie (qui se comprendrait mieux si dans un récit préLc Marie apprenait tout), surtout que Lc, durant tout le ministère, tend à éviter tout reproche des disciples à Jésus.
Réponse possible : en v. 51b Lc protège l'image de Marie servante du Seigneur.
La réponse de Jésus
En v.49a, Jésus ne retourne pas le reproche de Marie. Sa question signifie : "pourquoi me connaissez-vous si pauvrement ?", Elle anticipe l'affirmation de v.50, et l'obéissance de Jésus en 51.
La mention de la "maison de Dieu" n'est qu'indirecte. Donc Laurentin a tort :
de voir un paral. dans Jn 2,16, où Jésus réinterprète le Temple.
de faire appel à Sir 24,8-12, où Sagesse=Loi. Ici dans Lc Jésus n'est pas identifié à la Sagesse, mais grandit en sagesse ; de plus Il n'apparaît pas dans le Saint des Saints, mais dans les parvis du Temple, et sa réponse ne pointe pas vers le Temple comme son habitation naturelle.
de rapporter le dei à la passion-résurrection. Certes ce sens d'obligation apparaît plusieurs fois à propos de l'œuvre que le Père a donnée à faire (Lc 4,43 ; 9,22 ; 13,32s ; 17,25 ; 22,37 ; 24,7.26). Mais il ne faut pas prendre la partie pour le tout : la passion/résurrection font partie du dei de la vocation de Jésus, et ici Jésus se réfère à l'ensemble de sa vocation.
Le parallèle des noces de Cana
Nous avons déjà vu qu'il a pu y avoir un récit préJn qui avait trait à "la vie cachée". La parole de Jésus en Jn 2,4 peut n'avoir fait partie de ce récit, en sorte que primitivement Jésus accédait tout de suite au désir de Marie.
Mais un tel récit ne pouvait entrer dans EvJn sans ce correctif que Jésus était à la disposition immédiate seulement du Père. D'où le rejet de Marie pour respecter "l'heure" voulue par le seul Père.
Sa famille humaine venait en second. Dès lors la réponse de Jésus en Jn 2,4 comme en Lc 2,49 anticipe ce qui est dit au cours du ministère Mc 3,31-35.
L'incompréhension des parents
Dans la présente forme de Lc, l'incompréhension porte sur la manière dont s'exprime la filiation divine, le dei du Père qui passe avant toute considération familiale. Lc souligne que des affirmations de Jésus rencontrent durant le ministère la même incompréhension : Lc 4,22. Cf Mc 9,32 et ce qu'ajoute Lc 9,45 ; 18,34.
Deux choses sont apportées par la conclusion :
v.51 : introduction géographique (cf. 41-42),
v.52 : Jésus grandit (cf.40).
Deux sont ajoutées : Jésus obéit – Marie conserve tout.
Jésus obéissant (v.51b)
Surprenant si l'on se rappelle l'intelligence de Jésus, qui étonne tout le monde, et sa référence au Père, qui paraît éliminer tout droit des parents. Mais l'obéissance de Jésus explique :
que, bien que conscient d'être Fils de Dieu, cela n'est apparu que bien des années après, au baptême ;
que les Galiléens n'ont rien soupçonné durant tout ce temps.
Avant tout l'obéissance de Jésus souligne sa piété et son respect de la Loi.
Marie garde dans son cœur tous ces rhèmata (v.51c)
Adoucit le portrait de Marie : elle n'est pas insensible au mystère qui l'entoure ; et son manque de compréhension cessera (Act 1,14). Déjà en 2,19 sunétèrei. Elle est la seule adulte qui fait le lien avec le ministère et la vie de l'Église. La christologie de Jésus-Fils de Dieu ne pouvait être comprise avant la résurrection, mais Elle en avait eu l(intuition longtemps auparavant.
Jésus grandit en sagesse, en maturité, en faveur devant Dieu et devant les hommes (v.52)
Trois fois rapporté, pour JBp et Jésus : 1,80 ; 2,40 ; 2,52. Références à Isaac, Samson, Samuel.
1 Sm 2,21; 2,26. En v.52, plutôt que de reprendre simplement la conclusion précédente (2,39-40), il crée une seconde conclusion qui fait transition avec le ministère. Les deux mentions de la "sagesse" (40 et 52) encadrent un récit qui concerne la conscience xologique.
La 1re nouveauté par rapport à v.40 est "hèlikia", tout à fait approprié pour décrire la passage de l'enfant à l'homme.
La seconde est proékopten. En obéissant Il accomplit Prov 3,1-14, et montre tellement sa "sagesse" que les Galiléens ne soupçonneront rien, jusqu'à ce qu'il montre sa "grâce" des qu'il commencera à parler (Lc 4,22).