L'attente de Marie
Lc 1,26-38
20 décembre
Nous rejoignons Marie à quelques jours de la naissance du Messie.
Son bébé est de plus en plus vivant en elle; mais elle ne connaît pas encore son visage. Elle a hâte du premier face à face, hâte de le voir, différent d'elle et désormais autonome, hâte de l'appeler Jésus pour la première fois et de le voir sourire en entendant son nom. Mais elle a hâte surtout de donner au monde ce Fils que Dieu lui a confié.
Et pour nourrir son attente, Marie fait mémoire de son histoire déjà longue avec le Fils de Dieu: neuf mois où elle a été tout pour lui parce que déjà il était tout pour elle; neuf mois durant lesquels elle a gardé dans son cœur les paroles si mystérieuses de l'Envoyé. Et chaque jour elle a revécu dans sa prière le dialogue de ce jour-là.
² Le jour où Gabriel est venu à Nazareth, Dieu a pris dans la vie de Marie une initiative qui la dépassait totalement; et en même temps qu'il faisait en elle et par elle toutes choses nouvelles, toutes choses "Noël", il lui demandait un consentement jeune et adulte à la fois, aussi frais et aussi fort que la toute première création.
Par cette initiative, par cet envoi du messager, Dieu ce jour-là lui a proposé une mission, mais cette mission inattendue lui a paru paradoxale, car c'était un immense cadeau habillé d'une épreuve. Il lui fallait répondre oui à Dieu qui semblait se dédire, recevoir une maternité du même Dieu qui lui avait demandé de renoncer à l'enfantement; et le oui qu'elle allait dire devait fatalement torturer Joseph qui lui faisait confiance.
Mais l'Ange, comme si souvent dans le passé de l'Alliance, lui avait dit de la part de Dieu: "Ne crains pas!". Car Dieu ne confie jamais une mission sans donner une assurance, c'est-à-dire une certitude appuyée sur lui-même et sa fidélité. L'Ange a même précisé à Marie ce qui devait la rassurer et l'affermir, ce jour-là et tout au long de sa vie: "Tu as trouvé grâce devant Dieu". Le point d'appui de sa confiance, le souvenir qui désormais bannira toute crainte de son amour, c'est qu'elle existe dans le souvenir de Dieu, qu'elle habite la pensée de Dieu, et que le dessein de Dieu l'irradie tout entière.
Enfin, pour sceller l'irruption de Dieu dans sa vie, Marie reçoit un signe; et ce signe qui vient tout droit du cœur de Dieu est à lire au niveau fraternel. Élisabeth, sa cousine, a conçu elle aussi un enfant de l'impossible. Car rien n'est impossible à Dieu dans son amour pour le monde; rien ne reste stérile quand l'Esprit de Dieu fait fleurir le désert.
² À quelques jours de la Nativité, vous aussi fêtez l'initiative que le Seigneur a prise dans votre vie, personnelle et communautaire. Pour vous aussi l'appel de Dieu cachait une part de mystère. Il arrivait bien dans le droit fil de ses premiers dons, mais d'une manière si étrange: le cadeau de la nouveauté au creux d'une grande épreuve, un charisme de liberté à monnayer dans un exode!
Comment cela se fera-t-il? Quel visage concret va prendre cette mission? Quels sentiers prendre pour rejoindre le chemin de Dieu? Ces interrogations vous ont habitées et vous taraudent encore, personnellement et communautairement. Elles réclament chaque jour, de vous comme autrefois de Marie, une réponse fraîche et ardente, où la foi de la jeunesse vient irriguer l'âge mûr.
D'ailleurs à chaque oraison, à chaque eucharistie, à chaque heure de louange, une annonce vous est apportée de nouveau par le Seigneur de votre appel, et l'assurance vous est donnée que vous n'êtes pas seules, que vous ne serez jamais seules, parce que vous vous êtes données à Celui qui sans cesse "ouvre la main" et dont la joie est de faire vivre.
Il vous suffit, de plus, d'ouvrir les yeux pour repérer autour de vous, parfois tout près de vous, dans l'aujourd'hui fraternel, des signes de la puissance très douce de Dieu, le Maître de l'impossible. Il vous suffit de vous mettre en route vers la cousine, vers la sœur de tous les jours, pour découvrir avec action de grâces que le Dieu d'amour a des merveilles pour toutes; et souvent c'est au cours des visitations fraternelles que l'Esprit Saint dévoile la merveille dont chacune est porteuse, à la "louange de gloire" du Dieu qui fait du nouveau dans notre humilité, et qui dépose Noël dans la crèche de notre cœur.
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