L'Esprit et la Parole dans l'Évangile de Jean

 

 

 

Dés que l'on tente d'étudier la théologie de l'Esprit Saint à partir des textes du Nouveau Testament, on se voit contraint d'approfondir tout spécialement le message du quatrième évangile. L'originalité, maintes fois soulignée, de la pneumatologie johannique tient à la fois à la description que donne Jean 14-16 de l'œuvre du Paraclet et à l'articulation réalisée par l'évangéliste entre le Pneuma (Esprit) et la parole révélante de Jésus. C'est sur ce dernier point que nous allons concentrer nos réflexions, car il commande toute une théologie de la prière chrétienne.

 

Les textes à prendre en compte ne sont pas nombreux, mais très denses. Il s'agit d'abord de deux versets du livre des signes : Jn 3,34 et 6,63, puis de deux textes où l'œuvre de Jésus révélateur est représentée par le symbole de l'eau vive : Jn 4, 10-14 et 7,37-39, enfin de trois des logia sur le Paraclet : Jn 14,17 ; 14,26 et 16,13-15.

 

L'Esprit sans mesure (Jean 3, 34)

 

Le premier verset que nous avons à analyser se trouve vers la fin du chapitre 3, au cœur  de la péricope des versets 31-36 qui rend un son assez particulier. Après le dialogue de Jésus avec Nicodème (v.1-21) et l'épisode si personnel où le Baptiste dit sa joie d'être l'ami de l'Époux (v.22-30), les versets 31-36 constituent une sorte de méditation théologique sur l'Envoyé de Dieu et sur la double réaction des hommes à son message. Bien qu'aucun changement de locuteur ne soit noté au verset 31, il s'agit très probablement non pas de réflexions attribuées au Baptiste, mais d'un discours ou d'un fragment de discours de Jésus1 placé ici par l'évangéliste pour interpréter les deux scènes du chapitre 3.

 

31        a            Celui qui vient d'en haut est au-dessus de tous.

            b            Celui qui est de la terre est terrestre et parle en terrestre.

c            Celui qui vient du ciel est au-dessus de tous.

32        a            Ce qu'il a vu et entendu, de cela il témoigne,

            b            et son témoignage, nul ne le reçoit.

33                      Celui qui reçoit son témoignage a ratifié (scellé) que Dieu est vrai,

34        a            car celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu,

            b            car ce n'est pas avec mesure qu'il donne l'Esprit.

 

35                    Le Père aime le Fils, et il a tout donné dans sa main.

36        a            Celui qui croit dans le Fils a la vie éternelle;

b            celui qui récuse le Fils ne verra pas la vie,

c            mais la colère de Dieu demeure sur lui 2 .

 

Cette péricope réunit un premier développement (v.31-34), centré sur le témoignage de Celui qui vient du ciel et englobant les deux «car» du verset 34, et un second ensemble (v. 35-36) où sont opposés l'accueil et le rejet du Fils à qui Dieu a «tout donné en main». C'est surtout le verset 34 qui doit retenir notre attention, puisque le don du Pneuma s'y trouve articulé avec le thème des paroles (rèmata) de Dieu.

Le plus délicat est de bien entendre le stique 34 b. En effet, le texte reçoit une portée théologique assez différente selon le sujet que l'on assigne au verbe didôsin : «il donne». Si c'est Dieu qui donne le Pneuma, il le donne à son Envoyé (34 a), qui est ainsi habilité à révéler les paroles de Dieu. Ainsi ont compris, avec le texte d'Antioche, un grand nombre d'exégètes, et tout récemment la TOB. Si c'est Jésus qui donne le Pneuma, le parallélisme des deux stiques prend toute sa force, car alors c'est le même Envoyé qui à la fois dit les paroles de Dieu et donne l'Esprit sans mesure.

 

Cette deuxième interprétation paraît préférable pour toute une série de raisons:

- C'est le verset suivant (35) qui parle nommément du Père et précise qu'il a tout donné au Fils.

- Dans le contexte, les verbes qui renvoient aux fonctions de Jésus révélateur sont au présent : il parle (31 b), il témoigne (32 a) ; en revanche les verbes qui ont clairement pour sujet Dieu ou le Père sont au passé : il a envoyé (34 a), il a donné (35). Le présent «il donne», au verset 34 b, convient donc plutôt à Jésus l'Envoyé.

- Aucun indice grammatical ne suggère un changement de sujet entre 34 a et 34 b.

- Nulle part, nous ne trouvons dans l'Évangile johannique l'idée que le Pneuma ait dû d'abord être donné au Fils à un moment de sa vie terrestre ou qu'il ait dû d'abord le recevoir pour que soit fondée sa mission de révélateur. La descente du Pneuma sur Jésus, dont le Baptiste témoigne en 1, 32, est destinée à faire reconnaître en Jésus la plénitude du Pneuma qui déjà l'habite; de même, en 3,34 b, c'est à sa propre plénitude que puise l'Envoyé pour donner l'Esprit sans mesure, comme déjà Origène l'avait noté 3.

- Dans l'Évangile de Jean, le Baptême dans l'Esprit Saint est attendu, non pas de Dieu directement, mais de son Élu sur qui l'Esprit demeure (1,33 s).

- C'est aux croyants, et non au Christ, que le Pneuma est donné, afin qu'ils puissent reconnaître en Jésus l'Envoyé de Dieu et en ses paroles les paroles mêmes de Dieu 4.

Une fois admis qu'au verset 34 b c'est le Christ qui donne l'Esprit, la densité théologique du verset apparaît en meilleure lumière, et l'on peut la déployer en trois affirmations.

 

a) Pour l'Envoyé de Dieu, donner le Pneuma sans mesure, c'est identiquement baptiser dans l'Esprit Saint. L'effusion messianique de l'Esprit, que Jean-Baptiste attendait de l'Élu de Dieu manifesté à Israël (1,33 s), se réalise dans la communauté de Jésus, et d'une manière continue (comme l'indique le verbe au présent «il donne», qui rejoint le participe duratif ho baptizôn, «celui qui baptise», de 1,33).

 

b) Deux actions indissociables sont rapportées à l'Envoyé

-         il donne l'Esprit sans mesure,

-         il dit 5 les paroles de Dieu.

Le rôle du Révélateur, décrit ici de manière très large, englobe probablement son activité terrestre et sa prolongation jusqu'à la fin des temps, car à proprement parler ce n'est qu'après Pâques que l'Esprit est donné sans mesure 6.

Il faut souligner le rapport de causalité que le texte établit entre 34 b et 34 a : si Jésus est capable de donner l'Esprit sans mesure, cela prouve qu'il prononce authentiquement les paroles de Dieu. Et même, en remontant la chaîne causale jusqu'au verset 33, par les deux «car» successifs, on peut reconstituer le raisonnement suivant:

- le Christ donne l'Esprit sans mesure (34 b) ;

- par là il atteste que ses paroles sont bien les paroles de Dieu (34 a) ;

- dès lors celui qui reçoit son témoignage accueille réellement la vérité qui vient de Dieu (33).

 

c) Le Père, le Fils et l'Esprit sont à l'œuvre dans le processus de la révélation. À l'origine de la révélation se trouve le Dieu vrai, véridique (alèthès, v. 33). Jésus son envoyé nous transmet en langage d'homme ce qu'il a vu et entendu auprès du Père (v. 32). Le Pneuma fait reconnaître dans ce témoignage de Jésus les paroles de Dieu, et grâce à lui l'homme pose l'acte de foi (v. 34).

  Le même processus d'accession à la foi est décrit aux versets 35-36 en termes d'amour et de vie : le Père aime le Fils et lui a tout confié (v. 35) ; désormais le Fils est dépositaire de la vie éternelle, et l'homme accède à la vie moyennant la foi dans ce Fils envoyé (v. 36 a ; cf. 15 et 16). Dans ces versets 35-36 le rôle du Pneuma n'est pas rappelé, mais celui du Christ révélateur reste central : de même que, venant d'en haut, il est au-dessus de tous, au-dessus de tous ceux qui parlent en terrestres (v. 31), de même il a tout dans sa main, parce que le Père lui a tout donné, une fois pour toutes (v. 35).

Ainsi, d'après les données de Jn 3,34 et du contexte immédiat, parole de Dieu et Pneuma sont impliqués conjointement dans la révélation. Toutefois leur articulation n'est pas encore explicitée.

 

"Les paroles que je vous ai dites" (Jean 6,63)

 

Le deuxième texte qui appelle notre attention, Jn 6,63, est beaucoup plus aisé à situer. La péricope 6,60-71 suit immédiatement le discours sur le Pain de vie dans la synagogue de Capharnaüm et nous rapporte les réactions des auditeurs : beaucoup, trouvant la parole de Jésus «dure» à entendre, cessent de le suivre (v. 60-65), tandis que Pierre, au nom des Douze, redit sa foi en Jésus, le Saint de Dieu (v. 67-71).

Le verset 61 fait état d'un scandale des disciples et de murmures. D'après la teneur du chapitre 6, on pourrait chercher la cause du scandale à deux niveaux, correspondant aux deux parties du discours sur le Pain de vie : l'une, d'allure plus sapientielle (v. 35-50), où l'expression «pain de vie» renvoie à la parole révélatrice dont Jésus est porteur; l'autre, nettement sacramentelle (v. 51-58), où le «pain vivant» n'est autre que la chair du Fils de l'homme.

De fait, à deux reprises, Jésus est interrompu par le mécontentement des auditeurs. Au verset 41, les Juifs murmurent parce qu'il se prétend descendu du ciel, lui qu'on connaît comme le fils de Joseph; et au verset 52, les Juifs discutent : «Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ?»

Au verset 60, qui ouvre notre péricope, à quoi se rapporte la «parole dure» qui révolte les disciples (skandalizei, v. 61) ? Non pas directement à l'enseignement eucharistique7 des versets 51-58, mais aux prétentions émises par Jésus dans la partie sapientielle de son discours où il réclame la foi en lui-même parce qu'il est le révélateur venu du ciel. C'est dans cette ligne de pensée, en effet, que le verset 63 devient intelligible.

 

60         Beaucoup de ses disciples dirent, après l'avoir entendu:

«Cette parole est dure; qui peut l'entendre?»

61        Mais, sachant en lui-même que ses disciples murmuraient à ce sujet,

Jésus leur dit: «Cela vous choque ?

62        Et si vous voyiez le Fils de l'homme monter où il était auparavant ?

63  a     C'est l'esprit qui vivifie,

      b    la chair ne sert de rien.

      c    Les paroles que moi je vous ai dites sont esprit et sont vie».

 

Commençons par le stique 63 b : «la chair (sarx) ne sert de rien». S'il s'agissait de la sarx du Christ, ce stique contredirait 51 b où, au contraire, la chair du Christ est pleinement valorisée, puisqu'elle est donnée «pour la vie du monde». En réalité, la chair qui ne sert de rien, c'est l'homme-chair, l'homme-­bāsār de l'Ancien Testament, l'homme laissé à ses limites et à ses courtes vues (8,15 ; 7,24). Ses capacités d'homme ("charnel", dirait Paul, avec la même nuance) ne lui sont d'aucun secours: il ne peut écouter (60 b), la parole de Jésus lui paraît d'emblée trop dure.

Alors s'éclaire également le stique 63a : «c'est le Pneuma qui vivifie», qui fait vivre, qui rend vivant (zōopoioun). Déjà, en 3, 6, Jésus disait : «Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l'Esprit est esprit» : l'Esprit est le principe divin, donné d'en haut, qui seul peut engendrer à la vie véritable (cf. Rm 8,4 ; Ga 5,16 ; 6,8) ; et de même qu'en 3,13, pour expliquer comment un homme peut être engendré par l'Esprit, Jésus faisait appel à la montée au ciel du Fils de l'homme, de même ici, en 6, 63a, la mention du Pneuma intervient immédiatement après l'allusion à la montée du Fils de l'homme «là où il était auparavant». Car c'est le Fils de l'homme glorifié qui peut seul donner l'Esprit vivifiant.

 

Et nous en venons au stique 63 c, qui est, pour notre propos, l'affirmation essentielle dans ce contexte : «les paroles que moi je vous ai dites sont esprit et sont vie».

 

Ne contournons pas la difficulté que représente cette phrase à la fois si sobre et si dense. Il est bien connu que le mot pneuma est, dans le Nouveau Testament, l'un des plus délicats à traduire. Selon les contextes, il peut signifier, en effet : le souffle matériel (vent, ou souffle de l'homme), l'esprit de l'homme, la sphère du divin, l'Esprit Saint en personne, un don spirituel fait à l'homme, ou encore un esprit mauvais. Même en retenant les deux sens les plus théologiques une difficulté subsiste, pour le stique 63c, car le verbe estin («sont esprit, sont vie») n'établit pas une identité pure et simple entre les paroles de Jésus et le Pneuma-personne ou le Pneuma-sphère du divin.

Il faut comprendre sans doute que les paroles de Jésus sont porteuses du Pneuma, mettent en contact avec le Pneuma, de même qu'elles sont porteuses de vie et branchent l'homme sur la vie, non pas d'une manière automatique et magique, mais dans l'acte même de la foi, comme le précisent les versets 64 et 65.

On peut aller plus loin et affirmer : les paroles de Jésus sont pneuma et vie pour le croyant parce qu'en elles est à l'œuvre le Pneuma vivifiant. En effet, le stique 63c est à comprendre comme un commentaire ou un déploiement de 63 a, dont il reprend les deux idées force : pneuma et vie. En 63c nous apprenons comment se réalise la vivification dont il est question en 63a : elle s'opère à partir des paroles de Jésus et par le moyen de ces paroles. Autrement dit, l'activité vivifiante du Pneuma s'articule sur la parole de Jésus, et les trois termes fonctionnent théologiquement dans l'ordre même que suggère le verset 63c : parole, Pneuma, vie. Il n'y aura d'activité de la parole que par le Pneuma ; seul le Pneuma fait déboucher l'homme dans la vie à partir de la parole ; sans le Pneuma les paroles de Jésus ne seraient pas vie, parce qu'elles ne seraient pas reçues comme les paroles de Dieu.

 

Ainsi apparaît la cohérence de cette péricope des versets 60-65, consacrée à la crise de la foi et à la véritable écoute de la parole de Jésus. Celui-ci s'est présenté comme l'unique médiateur de la révélation d'en haut (v. 35-50), parole qui a semblé dure, impossible à entendre. À ce scandale de nombreux disciples, Jésus répond en précisant les conditions d'accueil de sa parole: tant qu'elle sera reçue, au niveau de la sarx (chair), comme n'importe quelle parole humaine, l'homme-sarx n'en tirera rien; mais si l'auditeur laisse travailler en lui la force vivifiante du Pneuma, la parole de Jésus accueillie dans la foi le fera vivre.

 

Jésus ne propose pas son message sans offrir en même temps le dynamisme du Pneuma. Lorsque cette force vivifiante reste sans effet chez les auditeurs, cela tient seulement à leur refus d'entendre Jésus (v. 60) et de venir à lui (v. 65) qui seul a des paroles de vie éternelle (v. 68). Au contraire, celui qui s'ouvre au don du Père (v. 65 b) qui se laisse «tirer» par le Père vers Jésus, médiateur de la révélation (v. 44), celui qui s'ouvre à l'action du Pneuma 8, celui-là, accédant à la foi, permet à la parole de porter son fruit de vie.

La vie elle-même, telle qu'elle est présentée dans ce passage de tonalité trinitaire, se situe bien dans l'axe des grandes intuitions johanniques : elle consiste essentiellement en une nouvelle relation 9et s'exprime en une nouvelle connaissance. La vivification accomplie par le Pneuma vise une nouvelle relation à Dieu par l'accueil et l'assimilation des paroles de Jésus.

 

Un dernier point pourrait faire difficulté. Jésus déclare au verset 63 c : «Les paroles que je vous ai dites sont pneuma»; or, d'après le quatrième évangile, et surtout 7,39, le Pneuma ne sera donné qu'après l'élévation du Fils de l'homme. Comment, dès lors, les paroles prononcées par Jésus en Galilée ou en Judée peuvent-elles être déjà pneuma, déjà porteuses du Pneuma, alors que Jésus, l'Envoyé de Dieu, n'est pas encore dans la gloire?

On pourrait répondre, avec F. Porsch : «Ce verset caractérise les paroles de Jésus d'après l'expérience que les croyants auront d'elles plus tard»10, c'est-à-dire lorsqu'ils seront intimement éclairés par le Paraclet. Mais cette explication par une simple prolepse est peut-être un peu facilitante, et il est possible de faire droit davantage aux nuances du texte johannique. Une chose est, en effet, l'envoi du Pneuma aux disciples, qui ne sera effectif qu'après l'Heure de la passion glorifiante; et autre chose la présence du Pneuma dans les paroles de Jésus révélateur, préparant l'accueil de ces paroles par les auditeurs. Le Pneuma qui demeure sur Jésus (1,33) authentifie ses paroles et les habite dès qu'il les prononce; dès avant l'Heure les paroles de Jésus sont Pneuma : la pensée, ici, va de Jésus parlant au Pneuma présent et agissant en lui. Après l'Heure, le Pneuma, demeurant dans le croyant, fera entrer celui-ci dans les paroles prononcées par Jésus de son vivant sur terre : la pensée, dans ce contexte qui est celui des logia sur le Paraclet, va du Pneuma reçu et agissant à Jésus qui a parlé. Il n'y a donc, même formellement, aucune contradiction entre 6,63 et l'ensemble du quatrième évangile, en particulier 7,39 et les logia sur le Paraclet.

 

Cette incursion dans la théologie johannique de l'Heure nous introduit, à point nommé, à l'étude des deux textes suivants, l'un tiré de l'épisode de la Samaritaine (Jn 4,10-14), l'autre des paroles prononcées par Jésus dans le cadre de la fête des Huttes (7, 37-39). Bien que distants dans le texte de l'Évangile, ces deux passages gagnent à être abordés ensemble; en effet, comme l'ont bien montré les analyses de Mollat11, Porsch et de la Potterie, dans les deux le symbole de l'eau vive renvoie en même temps à la révélation apportée par Jésus et au don de l'Esprit ; dans les deux la foi est au centre de la perspective; les deux, enfin, distinguent, à propos de la révélation, le temps de Jésus et le temps de l'Esprit.

 

 

"Si tu savais le don de Dieu" (Jean 4,10-14)

 

Repérons d'abord le glissement qui s'opère dans le symbole entre Jn 4,10 et 4,13 s. À la Samaritaine qui s'étonne de voir un Juif lui demander à boire, Jésus répond : ( (v.10)

 

Si tu savais le don de Dieu

et qui est celui qui te dit : donne-moi à boire,

c'est toi-même qui l'en aurais prié,

et il l'aurait donné de l'eau vive.

 

L'eau vive est donc une chose que Jésus est prêt à donner de son vivant sur terre. Conformément à la tradition sapientielle qui fait de l'eau vive un symbole de la sagesse ou des richesses d'enseignement qui débordent de la Loi, cette même eau vive désigne ici la vérité que Jésus peut et veut révéler. Si la femme de Samarie avait su le don fait par Dieu au monde, et partant la véritable identité de l'étranger quémandeur, c'est elle qui eût demandé à Jésus ce que lui, l'Envoyé, pouvait seul donner aux hommes: la vérité de Dieu, l'eau vive pour la foi.

Quelques versets plus loin, la pensée de Jésus se généralise, s'universalise, et Jésus commence à parler au futur (4, 13):

 

Quiconque boira de l'eau que moi je lui donnerai n'aura plus jamais soif:

l'eau que je lui donnerai deviendra en lui

source d'une eau jaillissante pour la vie éternelle.

 

Jésus envisage donc un deuxième temps de la révélation où sa parole, non seulement bue comme une eau vive, mais intériorisée, habitant en l'homme (5,38) et demeurant en lui (2 Jn 2), deviendra source jaillissante. En ce temps le Père sera adoré en Esprit et en vérité (4,24), car l'Esprit, à partir des paroles de Jésus, introduira le croyant dans la vérité tout entière.

 

 

"Des fleuves d'eau vivante" (Jean 7,37-39)

 

La distinction des deux moments de la révélation, le temps de Jésus et le temps de l'Esprit, qui n'est encore que suggérée dans l'épisode de la Samaritaine, ressort plus nettement du texte de Jn 7,37-39.

La fête des Huttes, cette fête d'automne où Israël à la fois demandait la pluie fécondante et commémorait le don de la Loi au Sinaï, était marquée chaque jour par le rite solennel du puisage de l'eau. Les hommes remontaient en dansant de la source de Gihon vers le Temple, par la Porte des Eaux, tenant chacun en mains un cédrat et une touffe de feuillage. L'un des prêtres portait dans un broc d'argent de l'eau de la source, qu'il venait verser au pied de l'autel tandis que les hommes s'avançaient en procession et frappaient l'autel de leur bouquet de feuillage, en chantant le psaume 118 : «Serrez vos cortèges, rameaux en main, jusqu'aux cornes de l'autel».

 

7, 37            Au dernier jour de la fête, le plus solennel, Jésus, debout, lança à pleine voix:

«Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi,

et qu'il boive, (38) celui qui croit en moi.

 

Comme a dit l'Écriture:

Des fleuves d'eau vive couleront de son sein».

  

   39             Il dit cela de l'Esprit

qu'allaient recevoir ceux qui auraient cru en lui.

En effet il n'y avait pas encore d'Esprit,

parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié.

 

On distingue aisément dans ces trois versets : la parole de Jésus invitant à boire, la référence à l'Écriture, et le commentaire de l'évangéliste précisant la portée de la parole de Jésus.

L'appel de Jésus s'adresse bien à ses contemporains, en pleine liesse liturgique: tout homme assoiffé peut venir à Jésus, c'est-à-dire croire en lui, et boire à la source qu'il offre, sa parole de révélation. Mais ce n'est encore là que le premier temps de la foi, celui qui va jusqu'à l'Heure de Jésus. Avec la glorification de Jésus commencera le temps de l'Esprit. Selon l'évangéliste, l'eau vivante qui coulera du sein de Jésus, c'est l'Esprit Saint lui-même. Et de fait, d'après le récit johannique de la Passion, Jésus mourant, inclinant la tête, «transmettra l'Esprit», et de son côté transpercé s'échappera l'eau, symbole de cet Esprit.

La citation du verset 38 participe ainsi des deux moments de la révélation. En parlant de fleuves d'eau vivante, Jésus renvoie d'une part à sa propre activité de prédicateur annonçant la vérité de Dieu, d'autre part à une activité future du Pneuma. Celui-ci, notons-le bien, agira en des hommes qui déjà seront devenus croyants ; son action consistera donc à approfondir et affermir la foi inchoative. Le «pas encore» du verset 39 a comme pendant positif le temps de la foi postpascale, qui aura traversé le scandale de la Croix, le temps où le Pneuma sera jaillissement et surabondance pour ceux qui auront bu à Jésus-source.

 

 

Cette idée-force d'un accomplissement de la révélation par le Pneuma est développée dans trois des cinq logia sur le Paraclet, qu'il nous faut maintenant analyser : Jn 14,17 ; 14,26 et 16,13.

 

 

"Avec vous pour toujours" (Jean 14,17)

 

Le logion de 14,17 est la première promesse de la venue du Paraclet:

 

15    Si vous m'aimez, vous garderez mes commandements,

16    et moi, je prierai le Père,

et il vous donnera un autre Paraclet  

afin qu'il soit avec vous pour toujours,

     17   l'Esprit de la vérité,

que le monde ne peut accueillir

parce qu'il ne le voit ni ne le connaît.

Vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure auprès de vous,

et il sera en vous.

 

Si on lit le futur13 à la fin du verset 17 : «... et il sera en vous», on retrouve le contraste entre le temps de Jésus et le régime postpascal de la révélation, doublé d'une opposition entre le monde (du refus) et les disciples: actuellement le monde n'a aucune connaissance du Pneuma, car il ne discerne pas (ou théôrei) sa présence et son action en Jésus; les disciples, eux, dès maintenant le connaissent, car ils le perçoivent auprès d'eux, présent en Jésus, dans sa parole et ses signes, et plus tard le même Esprit sera en eux (cf. 4,14) pour son œuvre de Paraclet, pour les introduire dans le mystère de la gloire de Jésus, le mystère de son union indicible avec le Père (v.20).

 

 

"Il vous enseignera" (Jean 14,26)

 

Le deuxième logion, Jn 14,26, mentionne explicitement les paroles de Jésus et précise en quoi consistera l'œuvre du Paraclet:

 

25        Je vous ai dit ces choses alors que je demeurais avec vous;

26        mais le Paraclet, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom,

lui vous enseignera tout

et vous rappellera tout ce que moi je vous ai dit.

 

Enseigner et remémorer : ce sont les deux facettes d'une même activité du Paraclet. Il enseignera en remémorant. C'est en remémorant aux disciples les paroles mêmes de Jésus, «tout ce que lui a dit», que le Paraclet leur enseignera tout, au long du temps de l'Église. Rien ne sera enseigné, dévoilé, déployé par le Paraclet, qui ne soit déjà parole de Jésus; mais en même temps l'anamnèse actualisante du Paraclet ouvrira aux disciples la révélation de Jésus à des profondeurs toujours nouvelles. La parole de Jésus, ainsi intériorisée par le Pneuma dans le cœur des disciples, sera ce chrisma, cette "onction" (1 Jn 2,27s) qui demeurera dans les chrétiens et leur enseignera tout.

 

"La vérité tout entière" (Jean 16,12-15)

 

Il est donc nécessaire, dans le plan de Dieu, qu'au temps de Jésus succède le temps de l'Esprit. Jésus y insiste dans son cinquième logion:

 

12                  J'ai encore bien des choses à vous dire,

  mais actuellement (arti) vous ne pouvez les porter.

13    a            Lorsqu'il viendra, lui, l'Esprit de la vérité,

b            il vous guidera vers la vérité tout entière;

c            car il ne parlera pas de son propre chef:

d            il dira tout ce qu'il entendra

e            et il vous annoncera les choses à venir.

 

14    a            Lui me glorifiera,

b            car il recevra de ce qui est à moi

c            et il vous l'annoncera.

      15  a            Tout ce qu'a le Père est à moi ; voilà pourquoi j'ai dit:

b            Il reçoit de ce qui est à moi

c            et il vous l'annoncera.

 

En contraste avec l'impuissance des disciples (v. l2), le verset 13 met en relief la plénitude qu'apportera le Paraclet.

Comment va se réaliser cet achèvement de la révélation accomplie par Jésus ? Sur ce point notre logion est le plus explicite de tous : Le Paraclet dira (lalèsei, v. 13 cd); il sera donc, lui aussi, acteur de la révéla-tion. Le Paraclet annoncera et dévoilera. Le verbe anangellein, qui revient par trois fois dans le texte (13 e, 14 c, 15 c) signifie généralement : annoncer, revenir annoncer, mais parfois, dans la Septante : annoncer solennellement, dévoiler solennellement la volonté de Dieu pour le futur, spécialement les événements escha-tologiques14. D'autres verbes insistent sur l'origine de ce que le Paraclet va ainsi annoncer et dévoiler : « ... il entendra (probablement : de moi), il recevra de ce qui est à moi » (14 b). Ce qui sera dit et annoncé par le Paraclet sera puisé directement dans ce qui est à Jésus, c'est-à-dire dans ce que Jésus a en commun avec le Père (15 ab). Enfin - et ce dernier trait semble encore trop peu valorisé par l'exégèse et la théologie - le Paraclet glorifiera Jésus. Quand il viendra, lui, l'Esprit de la vérité, il introduira bien les hommes dans la vérité tout entière, puisqu'il les mènera au mystère des échanges du Père et du Fils, glorifiant par là même Jésus, le Fils unique, à qui appartient tout ce qui est au Père.

 

*

 

Le survol de ces quelques textes johanniques, où se trouvent jumelés les deux thèmes du Pneuma et de la parole, autorise quelques réflexions de synthèse propres à nourrir notre prière et à relancer notre quête théologique.

- Il va sans dire que la pneumatologie du Nouveau Testament déborde largement les textes johanniques, et doit intégrer en particulier les textes pauliniens et leur thématique particulière. Même à l'intérieur du corpus johannique, il faudrait compléter les présentes analyses par l'étude d'autres thèmes complémentaires : le Pneuma et la vie, le Pneuma et la filiation, le Pneuma et la nouvelle naissance par le sacrement de l'eau, le Pneuma et la remise des péchés, le Pneuma et le témoignage.

- Tous les textes analysés ici nous ramènent à une constante du quatrième évangile, que F. Porsch a caractérisée comme la «concentration christologique» de la théologie du Pneuma. Insistant sur le passage du temps de Jésus au temps de l'Esprit, ces textes montrent que l'un des rôles primordiaux du Pneuma est d'intérioriser la parole de Jésus, de l'actualiser pour le croyant et pour toute l'Église en déployant progressivement toutes ses virtualités de salut.

- L'Esprit, qui dans tout l'Ancien Testament est présenté comme la force efficace de Dieu, intervient ici, à propos de l'œuvre révélatrice de Jésus, comme la force qui ouvre la parole et la rend vivante à l'intime des croyants.

Selon le quatrième évangile, le chrétien ne pourra expérimenter toute la puissance révélante du Pneuma qu'après la glorification de Jésus. Cela pose un problème d'articulation des divers énoncés de saint Jean, et pour rester à l'aise dans sa théologie, il importe à la fois d'entendre ce qu'il dit et de ne pas lui faire dire ce qu'il ne dit pas. Jean ne nie pas qu'une foi inchoative ait été possible du vivant de Jésus, et plusieurs passages la mentionnent explicitement. Or cette première venue à la foi implique déjà l'action du Pneuma, comme Jésus l'explique à Nicodème (3,5ss). Il en résulte que, même avant l'Heure de la Passion glorifiante, le Pneuma était présent et agissant en Jésus et en sa parole, et que déjà les paroles de Jésus étaient pneuma et vie; mais aux yeux de l'évangéliste, l'activité révélatrice de Jésus avant sa Pâque demeure inachevée, en comparaison de ce que réalisera le Paraclet.

- Ce va-et-vient johannique, parfois déroutant pour nous, entre des formules nettes et tout un jeu de nuances qui ressortent du discours, se retrouve à bien des niveaux dans le quatrième évangile. Il s'explique en grande partie par l'importance structurante que Jean accorde au concept de l'Heure. L'Heure de Jésus, qui englobe la passion, la mort, la glorification du Christ, et même, semble-t-il, la transmission de l'Esprit, constitue la ligne de crête du quatrième évangile, et elle répartit sur deux versants toutes les données christologiques: tout ce qui se passe avant l'Heure, quand l'Heure «n'est pas encore venue», demeure provisoire et relatif. Comparée à l'activité de Jésus glorifié, l'œuvre de Jésus terrestre était encore une révélation «en signes et en similitudes» (16,12-25) ; comparée à la gloire que Jésus rejoint à son Heure, celle qu'il manifesta à ses disciples, par exemple à Cana (2,11 ; cf. 1,14), était encore transitoire et livrée en signes; comparée à la foi postpascale, la foi des Galiléens et des Judéens était faible et imparfaite (2,22 ; 12,16 ; 20,8 s). De même, durant l'activité terrestre de Jésus révélateur, la présence active du Pneuma n'était pas donnée aux hommes dans toute sa plénitude.

- Il y a quelques années, le pape Jean-Paul II a esquissé ce qu'il appelait «le profil pneumatologique» du grand jubilé de la Rédemption15. Le troisième millénaire du christianisme a maintenant commencé, dans les épreuves et dans l'espérance, et il peut être tonifiant pour tous les témoins de l'Évangile de mesurer à quel point l'activité du Pneuma remémorant et dévoilant les paroles de Jésus porte et structure toute l'activité de l'Église orante et missionnaire.

Que faisons-nous, en effet, au nom de l'Église, dans le silence de l'oraison, sinon laisser le Paraclet dire en nous ce qu'il reçoit du Christ, nous enseigner ce que jusqu'à maintenant nous n'avons pas pu porter du mystère de sa gloire ? Que serait notre prière communautaire, si elle n'était avant tout écoute de l'Esprit qui dit et qui dévoile, si elle n'était d'abord soumission à l'Esprit-Guide et entrée dans l'anamnèse du Paraclet ?

Et dans l'activité apostolique comme dans la prière nous sommes toujours devancés par l'Esprit qui scrute les profondeurs de Dieu et les profondeurs de l'homme (1 Co 2,12 s). «Lorsque viendra le Paraclet que je vous enverrai d'auprès du Père, disait Jésus, il rendra lui-même témoignage de moi» (Jn 15,26). Ainsi l'Esprit Paraclet ne laisse pas retomber la parole dans le monde, il ne laisse pas mourir le feu allumé par Jésus, et il poursuit l'œuvre révélatrice et sanctifiante du Messie, non seulement par son action intime et insaisissable au fond des cœurs, mais en suscitant le témoignage de la communauté des croyants. C'est pourquoi Jésus dit : «Il rendra lui-même témoignage de moi, et vous aussi vous me rendrez témoignage».

Il s'agit donc pour nous, personnellement et communautairement, d'entrer dans le témoignage de l'Esprit, ou mieux de laisser l'Esprit Paraclet témoigner du Christ à travers nous, à travers notre parole comme à travers notre silence.

 

- Arrêtons-nous en terminant, pour l'admiration et la louange, sur une phrase de Jésus que nous lisions à l'instant dans le dernier logion sur le Paraclet : «Lui me glorifiera, car il recevra de ce qui est à moi et il vous l'annoncera» (16,14).

Ainsi le Paraclet glorifie le Fils en nous lorsqu'il nous dévoile progressivement qui est Jésus, son être de Fils, son unité avec le Père, lorsqu'il nous fait comprendre par le cœur que tous les biens du Père sont aussi à Jésus. L'activité remémorante du Paraclet, cette anamnèse par laquelle il nous annonce et nous dévoile la parole qu'il a reçue de Jésus, glorifie le Fils. Au creux de notre acte de foi, le Paraclet nous rend manifeste la gloire de Jésus, c'est-à-dire la densité et l'éclat de la sainteté qu'il a en commun avec le Père, le mystère indicible de sa communion de Fils avec le Père.

Et nous entrons, pour notre part, pauvrement, joyeusement, dans ce processus de glorification du Fils par le Paraclet : cela se passe en nous, cela passe par nous. Chaque fois que nous recevons de ce qui est à Jésus pour le communiquer, chaque fois que nous accueillons sa parole pour la faire fructifier dans l'Église et en nous-mêmes, nous glorifions Jésus, ou mieux : nous laissons l'Esprit le glorifier en nous.

 

 

C'est le mystère qui s'accomplit dans le silence de l'oraison et qui sous-tend toute notre activité missionnaire. C'est le sens de toute liturgie de la parole, de toute catéchèse, de tout partage d'Évangile. C'était le but de ces quelques instants d'écoute du message johannique que nous venons de vivre ensemble devant Dieu, à la louange de sa gloire.

 

 

NOTES

 

 

1. Ainsi R. Schnackenburg, Das Johannesevangelium, Freiburg,31972, et R.E. Brown, The Gospel according to John, tome 1, N.York, 1966.

2. On notera l'insistance sur huios qui revient trois fois en deux versets.

3. "Il y a eu, certes, des sages qui possédaient Dieu et prononçaient les paroles de Dieu; mais ils n'avaient que partiellement l'Esprit de Dieu. Le Sauveur, au contraire, envoyé précisément pour prononcer les paroles de Dieu, ne donne pas partiellement l'Esprit : ce n'est pas pour l'avoir reçu lui-même qu'il le communique aux autres; lui, qui a été envoyé d'en haut et qui est au-dessus de tous, le donne, parce qu'il en est la source" (Frag. 48; GCS IV, 523, 5-9). On retrouve la même exégèse dans le Commentaire de S. Cyrille d'Alexandrie In Joannem, II; PG 73, 280 : "... (les prophètes) n'avaient reçu l'Esprit que partiellement et par anticipation; ils ne pouvaient le donner aux autres; le Fils, au contraire, le communique à tous, sans mesure, parce qu'il le donne de sa propre plénitude et qu'il le possède totalement en lui-même: cela montre qu'il est Dieu de Dieu; il peut donc aussi prononcer les paroles qui conviennent à Dieu». Cf. M.- J. Lagrange, Évangile selon Saint Jean, Paris, 1936, p. 98-99 ; I.de la Potterie, "Christologie et Pneumatologie dans S. Jean", dans Bible et christologie, éd. H. Cazelles, Paris, 1984, p. 274 s.

4. Cf. F. Porsch, Pneuma und Wort. Ein exegetischer Beitrag zur Pneumatologie des Johannesevangeliums, Frankfurt a.M., 1974, p. 104 s.

5. Lalei : c'est le verbe employé par saint Jean pour le dire révélateur.

6. Voir, dans ce sens, I.de la Potterie, "Parole et Esprit dans saint Jean", in M. de Jonge et al., L'Évangile de Jean. Sources, rédaction, théologie, BETL XLIV, Leuven, 1977, p. 177-201., spécialement p. 183.

7. Plusieurs types d'exégèse sont proposés pour l'expression : «la chair ne sert de rien». Selon certains, l'expression dans ce contexte vise la personne et le rôle de Jésus. Dans ce cas, ou bien aucune allusion n'est faite à l'eucharistie, et l'opposition joue entre Jésus dans sa condition terrestre et Jésus dans sa condition future de Fils de l'homme monté auprès du Père, en d'autres termes : entre Jésus-sarx, qui participe de nos limites humaines, et Jésus glorifié qui communique le Pneuma. Ou bien l'eucharistie est en cause, et la phrase oppose la sarx terrestre de Jésus et sa sarx de Fils de l'homme glorifié, la seconde seule étant en jeu dans la manducation eucharistique. Selon une autre interprétation, retenue ici (cf. Porsch et Brown), l'expression vise la capacité de compréhension des hommes face à la révélation apportée par Jésus: notre verset souligne l'antithèse entre les moyens de connaissance dont l'homme dispose par lui-même et la connaissance que l'Esprit ouvre à l'homme (cf. encore la TOB, p. 307, note x).

8. Monsieur Olier, au XVIIe siècle, conseillait de «se laisser à l'Esprit».

9. Cet aspect semble insuffisamment développé dans l'ouvrage, au demeurant remarquable, de F. Porsch.

10. Op.cit., p.209.

11.  D. Mollat, La révélation de l'Esprit Saint chez saint Jean (dactyl.), Rome, 1971.

12. Lire ainsi le début du verset 37 représente déjà le choix d'une interprétation. En effet, si, avec Origène et la plupart des Pères grecs, on lit : "qu'il vienne à moi et qu'il boive. Celui qui croit en moi (...), des fleuves (...) couleront de son sein", c'est alors le croyant qui voit jaillir de son sein les fleuves d'eau vive. Mais l'interprétation christologique, qui semble préférable pour l'équilibre de la phrase, a aussi ses lettres de noblesse. C'est celle qu'ont proposée Justin et Irénée, Hippolyte, Tertullien, Cyprien, et, chez les Syriens, Aphraate et Éphrem.

13. Retenue par l'édition de Nestle-Aland et appuyée par d'excellents manuscrits, cette lectio difficilior est la moins suspecte d'harmonisation avec les verbes au présent qui précédent.

14.  Le Deutéro-Isaïe marque une centaine prédilection pour ce verbe, et le sens de "dévoiler", est fréquent dans la littérature apocalyptique (en particulier Daniel dans le texte de Théodotion).

15. Lettre encyclique Dominum et vivificaniem, paragraphe 50.

 

 

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