Session d'Oka
IV. Les difficultés du discernement communautaire
concernant les sœurs en formation
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Les difficultés du discernement communautaire concernant les jeunes ou les sœurs en formation peuvent tenir à trois choses. Elle peuvent être liées à un manque d'éléments d'appréciation ; elle peuvent tenir à moi, sœur de la communauté; elles peuvent être liées à l'état actuel de la communauté. On pourrait ajouter, mais nous ne traiterons pas ce point, que parfois les difficultés du discernement tiennent à des pressions exercées de l'extérieur.
1° Difficultés liées à un manque d'éléments d'appréciation
Il me manque souvent, à moi, sœur de la communauté, des éléments pour asseoir mon jugement. Par exemple, je ne connais parfois que fort peu d'éléments de l'histoire personnelle, du passé de cette jeune. Il est vrai que certains aspects de son histoire n'ont pas à être répercutés à la communauté. Moi, soeur de la communauté, je n'en sais rien et je n'en saurai jamais rien. Je manque de points de repères concernant, en particulier, l'histoire affective de la jeune et ses motivations lors de l'entrée au monastère.
Concernant le présent, je suis moins démunie, mais je ne connais la jeune que partiellement. Par exemple, je la vois à l'atelier, mais j'ignore ses réactions au noviciat.
Parfois je remarque des choses assez belles dans ses rapports avec les autres sœurs de la communauté; mais je repère que les jeunes peuvent être plus dures vis-à-vis de leur formatrice. C'est normal, parce que cette formatrice est investie d'une autre valeur symbolique que nous, simples sœurs. Et puis je connais mal les contrecoups, sur la jeune, de la vie familiale, de la vie communautaire ou de telle ou telle jalousie au noviciat. Je connais mal son itinéraire de conversion, ses reprises, ses doutes quant à sa vocation, ses moments de fléchissement, ses combats par rapport à la communauté. Tout cela ne se lit pas sur sa figure. Certaines jeunes portent les choses très secrètement. Et moi, humble capitulante, je pourrais avoir, à tort, l'impression que tout va bien.
Je manque aussi d'éléments pour apprécier ce qu'elle a vécu dans le monde et le monde où elle a vécu. Et il pourrait m'arriver de projeter sur cette jeune des craintes qui sont ou qui étaient celles de mon milieu à moi : des peurs, des réticences, ou des exigences, que j'ai connues, moi, dans ma jeunesse, des allergies que j'ai senties dans mon milieu, mais qui sont tout à fait étrangères à cette jeune.
Pour remédier à ce manque d'éléments d'appréciation, certaines communautés prévoient une expression personnelle de chaque jeune, de loin en loin, devant la communauté. Par exemple, avant le début du postulat et avant le début du noviciat; souvent même avant les votes qui la concernent. La jeune est invitée à venir parler d'elle-même à la communauté. Elle se présente et dit ce qu'elle veut. Naturellement elle prépare elle-même son intervention, mais elle en parle d'avance à sa maîtresse des novices, non pas pour que celle-ci exerce une sorte de censure, mais pour éviter parfois à la jeune d'employer une expression malheureuse qui sera mal comprise, ou pour lui épargner d'être dépréciée ou mal appréciée par certaines sœurs de la communauté.
Assez souvent, c'est souvent une expérience très constructive pour les jeunes que d'avoir à parler d'elles-mêmes. Cela fait contrepoids à l'impression qu'elles ont toujours d'être un peu épiées par les sœurs de la communauté. Par exemple, dans sa présentation, la jeune qui va entrer au postulat, précisera certaines choses sur son parcours d'études, sur la famille où elle a vécu. Ou bien elle parlera de son rôle dans l'aumônerie d'étudiantes qu'elle a animée, etc. Dans certaines communautés où la dynamique fraternelle est bonne, on voit même des jeunes sœurs dire : "Depuis que je suis ici, voilà ce qui m'a plu dans la communauté; voilà ce qui m'a un petit peu étonnée; voilà ce que j'ai découvert. Je me suis découverte moi-même avec tel ou tel défaut que je ne connaissais pas en moi". En somme, des choses toutes simples, mais qui la mettent à l'aise par rapport à la communauté.
2° D'autres difficultés du discernement tiennent à moi-même, sœur capitulante
Qu'est-ce que je dois discerner ? Les chemins de Dieu en cette sœur, donc sa destinée spirituelle, qui est irréductible à toute autre, le nom, le nom irremplaçable qui est inscrit sur son caillou blanc, comme dit l'Apocalypse. Je dois aussi discerner, son chemin à elle vers Dieu, ce que Dieu lui demande, ce que Dieu attend d'elle, le rythme que l'Esprit Saint choisit pour elle. J'ai à discerner cela à partir de ce que je vois et de ce que j'entends.
Mais c'est moi-même, quelquefois, qui me crée des difficultés pour le discernement. En effet, j'ai ma vision personnelle de notre Ordre et de la fidélité. J'aurai toujours tendance à réagir, face à cette jeune, selon mes propres critères de jugement, selon mon propre senti et
mon propre vécu dans l'Ordre ou dans la communauté. Je serai toujours tentée de transposer tels quels sur la jeune les problèmes de "mon" noviciat, donc les difficultés d'une autre période. Je serai toujours prompte à lui conseiller les moyens qui m'ont réussi ou même les moyens que l'on m'a imposés à l'époque: "Elle n'a qu'à ...Elle n'a qu'à faire comme moi; elle n'a qu'à faire comme on nous disait !".
Cette tendance à réagir selon mon propre senti vaut aussi bien pour l'admiration que pour l'agacement.
Pour l'admiration : par exemple, je retrouve dans cette jeune certains traits de mon tempé-rament, certaines réactions que j'ai eues ou que j'ai encore, et que je trouve, bien entendu, fort intelligentes et judicieuses. Ou bien, je découvre une sensibilité qui rejoint la mienne, une approche des situations et des problèmes qui est aussi la mienne. Cette sœur, cette jeune, aime les chants que j'aime : c'est une bonne religieuse ! Elle est faite pour nous !
Pour l'agacement, ou tout au moins pour l'impatience. Je vais interpréter certaines lenteurs de la jeune comme un manque de foi ou un manque d'esprit surnaturel ... ce qui serait vrai si c'était moi ! Certaines inaptitudes à telle ou telle tâche me paraîtront importantes, parce que, dans cette tâche, je me suis investie beaucoup personnellement. Je suis une brodeuse hors pair dans la communauté; or cette fille sait à peine tenir une aiguille : c'est, selon moi, un signe de non vocation ! Comment pourrait-on avoir la vocation et savoir si peu de choses sur un ourlet ou un surjet?
J'aurai du mal à comprendre que son rythme d'évolution soit différent de ce qu'a été le mien. Je dirai : "Quand même ! au bout de trois mois de noviciat, nous, il y avait belle lurette que nous faisions ceci, que nous portions cela !" Oui , c'était nous, et non pas elle.
J'aurai tendance, aussi, à taxer de laxisme la patience des formatrices, parce que je ne vois que l'endroit de la tapisserie : tout de suite je vois les défauts. La maîtresse des novices, elle, de par sa fonction, est un peu comme le Seigneur: elle voit, non seulement l'endroit, mais l'envers de 1a tapisserie. Elle sait tous les nœuds qui s'enchevêtrent par derrière. Les forma-trices ont tendance à aller très doucement, ce qui étonne les sœurs de la communauté: "Enfin! Au bout de six mois de noviciat, la jeune en est encore là ?" - Oui, mais ce qui n'est pas marqué sur sa figure, c'est que peut-être, à ce même moment, elle est en train de vivre une période de conversion extrêmement onéreuse, ou en train de pardonner à une personne qu'elle repoussait depuis quinze ans, ou en train de faire la vérité sur son propre cœur. Donc je puis être très injuste par rapport aux jeunes en plaquant sur elles des jugements qui viennent sim-plement de mon propre senti.
Parfois aussi, je m'identifie à la sœur, et je n'ose pas relever chez elle des traits qui m'accuseraient ou me condamneraient moi-même.
Ou bien c'est mon histoire personnelle et ma place actuelle dans la communauté qui colorent ou déforment mon jugement. Par exemple, je vais revendiquer pour la novice ce que je revendique pour moi, ou ce que j'ai vainement réclamé pendant des années. Sans m'en apercevoir, je revendique encore par novice interposée.
Ou bien je peux redouter pour la novice un chemin de vérité que j'appréhende pour moi ou que j'ai moi-même toujours refusé.
Ou bien encore je suis gênée par mon impréparation pour aborder certains points du discernement, entre autres l'histoire affective. Si je n'ai pas reçu un minimum de formation psychologique, je vais plafonner très vite dans l'exploration de l'histoire affective ou de la vie affective actuelle de 1a sœur. Je pourrai aussi me sentir un peu démunie pour juger de l'impact de telle ou telle fragilité physique ou psychique.
3° Difficultés de discernement liées à l'état actuel de la communauté
Il nous faut aborder ici des attitudes parfois étonnantes ou regrettables.
La jeune ou les jeunes peuvent être l'enjeu de conflits de tendances au sein de la communauté. Conflits de tendances ouverts ou latents, anciens ou nouvellement réveillés. Par exemple, des groupes plus ou moins antagonistes de la communauté envisagent la formation dans des sens différents, mettent l'accent sur des points différents, situent autrement les priorités ou retiennent d'autres critères de discernement.
La tendance sera alors d'annexer, plus ou moins consciemment, plus ou moins ouvertement, la jeune à tel ou tel courant de pensée reçu dans la communauté. Sans le savoir, la jeune se trouvera au milieu du champ clos où s'affrontent des groupes ou des sous-groupes. Parfois même les jeunes deviendront l'enjeu d'une véritable épreuve de force: épreuve de force entre les formatrices, supérieure et maîtresse des novices, entre le groupe des formatrices et la communauté, entre diverses fractions de la communauté.
Lorsqu'une jeune se sent ainsi l'otage de divers clans, cela lui ôte une partie de sa liberté et de sa joie, et cela fausse par ailleurs le discernement sur son aptitude à la vie communautaire. En effet, elle peut fort bien être à la fois tout à fait apte à la vie fraternelle et incapable d'entrer dans ce combat des chefs.
Autre difficulté venant de la communauté : vu la rareté des vocations, la communauté peut être tentée de minimiser, avant l'entrée de la postulante, les difficultés pourtant réelles que l'on évoque à son sujet.
La communauté pourra également avoir tendance à brûler les étapes ou à les raccourcir indûment, imprudemment En particulier, trop facilement on abrège la période de maturation de la vocation dans le monde; on court-circuite le test de la vie ecclésiale.
La communauté doit se garder aussi de majorer le fait des services rendus. Nous craignions de manquer de bras, et voilà qu'il nous arrive une infirmière :"Merci, mon Dieu !" L'infirmière, de fait, commence rapidement à rendre des services, mais si elle devient trop vite indispensable dès la période de sa formation religieuse, cela risque de peser sur le discernement. Parce que les sœurs de la communauté auront tendance à dire : " On ne va quand même pas se priver d'une telle infirmière ! On peut bien lui passer certaines petites choses, puisque par ailleurs elle rend tant de services !"
Dernière difficulté, qui n'est pas illusoire: connaissant ma communauté et certains risques d'affrontements, je puis craindre d'apporter sereinement mon avis, parce que je redoute d'être, au moment du discernement, contrée par d'autres sœurs, accusée de partialité, ou seule de mon avis.
Il faut souligner que les jeunes ont droit, un droit strict, à un débat de qualité entre les capitulantes. La responsable à le devoir d'y veiller fermement. Dans certains cas ou dans certaines circonstances, ce pourrait être pour une sœur une faute importante que de torpiller ou de fausser un dialogue communautaire de discernement concernant une nouvelle arrivée ou une candidate à la profession. On ne peut pas faire n'importe quoi, ni vivre un discernement communautaire comme un moment où l'on va éclater ou émettre des jugements passionnels.
Dénaturer le discernement communautaire pourrait avoir de graves conséquences sur le reste de la formation, sur l'équilibre affectif de la sœur novice ou son équilibre relationnel dans la communauté, des conséquences également sur l'orientation de sa vie et sur l'engagement de ses forces dans l'Église.
De temps en temps, dans certaines communautés, les supérieures sont amenées à redire les enjeux, et même parfois à intervenir au cours d'un discernement pour que les débats restent bien à un niveau évangélique, le seul qui convienne à un discernement spirituel. Dans certains cas aussi, le silence serait coupable.
On doit aborder ces discernements en se souvenant de la consigne du Seigneur : " Que votre parole soit oui, si c'est oui ; non, si c'est non". Et Jésus d'ajouter: "Tout le reste vient du Mauvais ". Bien évidemment - et c'est là l'objet majeur du discernement - chaque sœur sera souvent amenée à dire pourquoi son oui est oui, pourquoi son non est non. II faut donc que dans la prière elle demande au Seigneur de rejoindre ce niveau d'authenticité évangélique.
Abordons maintenant le discernement communautaire sous l'angle positif.
Quelques facteurs qui assurent un bon discernement par la communauté
Ces facteurs sont valables quel que soit le niveau du discernement, qu'il s'agisse d'un problème de communauté, d'un problème de personne ou d'une question matérielle. Je les énumère d'abord, pour les reprendre ensuite dans l'ordre.
1. Une information suffisante, précise, objective ;.
2 . Une préparation honnête par chaque sœur ;
3 . Une animation discrète et efficace du débat de la communauté ;
4. Une participation fraternelle et constructive ;
1. Une information suffisante, précise et objective
L'information de la communauté au sujet des jeunes qui arrivent est généralement laissée à la diligence des responsables : supérieure ou maîtresse des novices..
Il faut que le but du discernement soit bien clarifié, ce qui amène à diversifier les réunions de communauté. On ne va pas traiter, dans une même réunion, des questions de personnes et des questions purement matérielles et techniques, sinon on aura passé tout le temps à parler de la nouvelle tondeuse ou de la future tondeuse, et l'on n'aura plus qu'un quart d'heure à consacrer à la jeune novice. Il y a aura donc: - des réunions centrées sur une personne (par exemple une postulante, ou une sœur en transfert); - des réunions centrées sur des problèmes matériels ou techniques, - et des réunions centrées sur la communauté elle-même, ses progrès, son bonheur, sa mission.
S'agissant des candidates à la vie religieuse, parfois un choix s'impose dans les informations à communiquer. L'une des tâches les plus délicates qui incombent aux formatrices est de recueillir des renseignements et des témoignages dignes de foi concernant ces candidates, et cela tout en sauvegardant la discrétion qui est due aux jeunes comme aux moins jeunes.
II est plus délicat encore de déterminer ce que l'on doit et ce que l'on peut répercuter à la communauté. Le problème ne se pose pas, nous le disions hier, pour les confidences reçues des jeunes qui postulent. Ces confidences ne peuvent en aucun cas être répercutées: c'est de loi naturelle. Mais certains apports de l'extérieur, certains faits touchant l'histoire personnelle ou familiale, bien que connus de quelques personnes de l'entourage, ne peuvent pas non plus, sans discernement, être répercutés tels quels en réunion de chapitre. Il est des choses connues dans la ville où habite cette jeune ou que ses anciennes éducatrices connaissent, et que peut-être on ne pourra pas répercuter telles quelles à la communauté. Dans bien des cas, seule la prière ouvrira aux responsables un chemin de vérité qui leur permettra d'avertir ou d'alerter la communauté sans trahir les personnes.
Bien évidemment, s'il s'agit de choses connues au for externe, le conseil de la communauté pourra plus facilement être tenu au courant, si du moins la responsable peut être sûre de la discrétion de toutes les conseillères.
Il faut aussi prendre le temps de vérifier les informations avant de les diffuser, même avec la discrétion requise.
Il est nécessaire que l'information à la communauté soit bien ventilée. On privilégie, bien sûr, la maîtresse des novices et le conseil, mais pour le reste de la communauté il est préférable qu'il n'y ait pas, à ce propos, trop de disparité entre les sœurs. Souvent des capitulantes ressentent comme un signe de servitude le fait de ne pas savoir ce que d'autres savent, alors qu'elles sont, elles aussi, capables de discrétion
L'information sera aussi ventilée à temps. Les votes gagnent à être prévus et annoncés suffisamment tôt pour que les sœurs puissent prier et réfléchir devant Dieu. Une saine dynamique communautaire exige que l'on évite les décisions brusques en ce qui concerne les professions et que l'on se garde de mettre la communauté devant un fait accompli. On évite aussi les réunions précipitées où les sœurs ne pourraient pas toutes s'exprimer. Parfois, pour des questions délicates ou importantes, on recommande à chaque sœur de préparer par écrit son intervention.
2. Une préparation honnête par chaque sœur.
Préparation dans la prière et dans la réflexion:
Chaque soeur, dans la prière, demande à Dieu d'aborder la réunion de discernement avec un cœur évangélique.
Quant à la réflexion, elle portera sur deux niveaux : les faits et l'interprétation des faits.
Les faits
Il faut les prendre tels qu'ils sont: positifs ou négatifs. Il faut les prendre tous. Je n'ai pas à opérer mon petit tri personnel entre les choses qui m'intéressent (savoir si elle chante juste, si elle a fait de l'espagnol, etc.) et des choses qui ne m 'intéressent pas et qui pourtant peuvent être importantes, au niveau de la vie affective en particulier.
Ces faits, que je retiens, sont-ils isolés ou répétitifs ? Là je dois éviter deux écueils. Le premier serait de gonfler l'importance d'un fait isolé, le second consisterait à négliger un fait qui peut être symptomatique. Un symptôme est un symptôme, et c'est une des croix des formatrices que de devoir se le répéter. Toute chose qui nous frappe ou qui nous étonne doit être gardée en mémoire. Il faut à la fois garder la mémoire en éveil et développer notre capacité de compréhension.
L'interprétation des faits
C'est le plus délicat, et c'est là que se révèlent les qualités de jugement d'une sœur. Je dois me dire que je puis rarement juger de l'intention d'une sœur. La maîtresse de novices le peut un peu mieux que moi, parce qu'elle reçoit les confidences de la jeune, mais bien des nuances lui échappent à elle aussi.
Dans l'interprétation des faits, il faut bien séparer misère et culpabilité, bien distinguer impuissance et mauvaise volonté. Une tendance assez courante autrefois dans les milieux religieux était de tout ramener au niveau de la culpabilité. Il est sain que la culpabilité ait sa place; mais pas plus que sa place. Souvent, dans les problèmes qu'apporte une jeune et qu'elle présente comme son péché ou ses péchés, il faut considérer deux niveaux. Il se peut très bien qu'il y ait effectivement du péché ; elle en prend conscience et en demande pardon au Seigneur dans le sacrement de réconciliation. Ceci fait, ayant reconnu sa culpabilité, elle peut se poser une autre question et on peut l'aider à se la poser : "Qu'est-ce que cela veut dire ? que veut dire pour moi ce qui m'est arrivé là ?" Prenons un exemple tout banal. Une sœur novice est jalouse. Cela la trouble, la peine, la travaille. Elle s'en est accusée en confession, et elle vient en parler à sa formatrice, et va pouvoir porter dans 1a durée cette nouvelle question qui l'habite: "Qu'est-ce que cela veut dire pour moi", jeune carmélite ou jeune clarisse ou jeune bénédictine, de me découvrir tout à coup jalouse, terriblement jalouse ? Je ne me reconnais pas! Je ne me souviens pas d'avoir éprouvé une pareille jalousie, ni dans mon enfance dans ma famille, ni au collège." C'est en dialogue avec sa maîtresse des novices qu'elle va pouvoir resituer cette jalousie dans le cadre de son histoire affective et dans l'axe de sa recherche spirituelle.
3° Une animation discrète et efficace du débat de fa communauté
De grands progrès ont été accomplis à ce sujet, depuis vingt ans surtout, dans les monastères.
L'animation du débat de la communauté est souvent assurée par la responsable; mais éventuellement, au moins dans certains types de communauté, elle peut être prise en charge par une autre sœur Je connais des communautés où un bon tiers des sœurs assument à tour de rôle cette responsabilité d'animatrice et se mettent au service de la parole des autres. On ne leur demande pas d'entrer dans le débat, mais de faciliter l'écoute réciproque dans la communauté, ce qui amènera des discernements plus nuancés et des décisions plus justes.
L'animatrice, quand il s'agit, par exemple, du discernement d'une vocation, veille à distinguer le temps de l'expression de chaque sœur et le temps de la discussion. Souvent on perd du temps en communauté parce qu'on mélange les deux : on commence à discuter après chaque intervention, et l'on n'en finit pas.
Le temps de l'expression, c'est 1e temps du tour de table, que l'on prenne les sœurs dans l'ordre de la table ou que chacune s'exprime spontanément. Lors de ce tour de table, on écoute celle qui apporte son avis, et on ne pose des questions que pour éclairer ce que vient de dire la sœur ou pour lui faire préciser ce qu'elle veut dire.
Vient ensuite le temps de la discussion, ou l'on va peser et nuancer les principaux points.
Aucune animation de groupe de communauté ne peut réussir si les règles du jeu, les règles du dialogue, ne sont pas
claires,
pertinentes,
acceptées.
Quelles sont ces règles du jeu dans le débat communautaire ?
- C'est l'animatrice qui donne la parole et qui fait signe.
- Chacune s'efforce de ne pas trop s'étendre, surtout si la communauté est un peu nombreuse. D'où la nécessité, pour chacune, de préparer son intervention, et parfois par écrit. On demande alors aux sœurs de lire ce qu'elles ont préparé, sans commenter chacune de leurs phrases.
- On n'interrompt pas une sœur qui s'exprime; mais l'animatrice peut lui demander d'abréger et même, parfois, doit le lui demander, avec gentillesse et fermeté.
- Chaque sœur accepte qu'on lui fasse signe d'abréger. Dans ce domaine, il n'y a pas de passe-droits, pas de privilèges. Même si une soueur a beaucoup d'ancienneté ou beaucoup d'expérience, quand l'animatrice lui fera signe d'abréger, elle aura à cœur de ne pas prolonger.
- Chacune s'efforce de s'exprimer sans agressivité, d'où parfois l'utilité d'un petit papier sur lequel on a préparé sa phrase pour limer un peu les mots ou pour choisir les expressions.
- On accepte le rôle de l'animatrice, et même on le fui facilite.
- Personne ne s'exclut de son propre chef. Il n'y a aucune raison valable pour qu'une sœur de la communauté se dispense ou s'exclue d'un débat communautaire, spécialement pour un vote d'admission. Un discernement communautaire n'est facultatif pour personne, parce que l'Esprit Saint veut s'en servir pour le bien de la communauté et pour le bien de l'Église.
- Chacune s'efforce de donner aux autres autant de droits qu'à elle-même.
- Et enfin, même si toutes ne sont pas égales en responsabilités, chacune est responsable de la qualité de ce qu'elle apporte.
Une fois admises et rappelées ces règles de l'animation, il est possible de tisser des liens de compréhension entre sœurs. On entendra, par exemple, des choses comme ceci: " Je rejoins tout à fait ce qu'à dit sœur Une Telle sur ce point", (ou bien) "Je partage la crainte exprimée par plusieurs sœurs ; (ou bien) "Le souci de sœur X, je le fais mien aussi; la seule chose que j'ajouterais, c'est ..." Des liens se tissent lorsqu'on fait ainsi appel à ce qu'on a déjà entendu. Souvent, d'ailleurs, il ne faut pas craindre de redire, brièvement, ce qui a déjà été dit, même par plusieurs sœurs, parce que cette convergence des avis entre dans le discernement de la communauté.
Autre règle, si importante et si mal observée: fini ou pas fini, on arrête à l'heure prévue. Cela vaut d'ailleurs pour toutes les réunions communautaires. Si on laisse les réunions s'effilocher au-delà de l'heure, on lasse vite et l'on démobilise la communauté.
On arrête à l'heure prévue, quitte à programmer une réunion supplémentaire. La responsa-ble de communauté doit toujours avoir en tête une date éventuelle de réunion supplémentaire. Si l'on dépasse l'heure prévue, c'est la qualité des échanges qui va en souffrir, et bien des sœurs ne tiendront plus en place: la cuisinière, parce que 1a soupe est en train de bouillir, l'infirmière, parce qu'une sœur attend un remède, etc.
Les soeurs viennent aux réunions communautaires beaucoup plus volontiers et beaucoup plus détendues, quand elles savent que l'horaire sera respecté.
4° Une participation vraiment fraternelle et constructive
Je dois me redire, moi, sœur de la communauté, que nous faisons ensemble un travail sacré, qui doit rester digne de Dieu et digne de l'Église. Ce n'est pas le moment de régler des comptes personnels ou des contentieux communautaires, et surtout pas aux dépens des novices pour lesquelles on vote. On tournerait le dos au travail de l'Esprit en formant des clans, pour ou contre l'admission d'une novice, parce qu'on se veut " pour ou contre " 1a sœur maîtresse.
En vue d'une participation vraiment constructive, quand on prend la parole, on commence, le plus possible, par présenter les aspects positifs, même si d'autres déjà les ont signalés. C'est l'indice d'une intelligence à la fois ouverte et évangélique que d'essayer toujours de trouver la part de vérité qui se trouve dans un texte ou dans une intervention.
Je dois aussi tenir compte, pour chaque point que j'affirme, de mon degré de certitude ou d'incertitude. Il est des choses que je peux affirmer, et beaucoup sur lesquelles je m'interroge. Un discernement communautaire tiendra compte à la fois des affirmations des sœurs et des questions qui sont restées en suspens.
Enfin, si je suis tentée de me taire, je vérifierai devant le Seigneur si c'est pour un motif fraternel, parce qu'on peut garder le silence pour bien des raisons. Je peux me taire, parce qu'une sœur plus brillante a parlé avant moi; ou parce que je viens d'un pays très lointain et que j'ai peur de mon accent étranger; ou parce que l'animatrice m'a demandé d'attendre mon tour; ou encore pour bien des motifs qui n'ont rien d'évangélique.
J'aimerais conclure ce que nous avons dit sur ce problème du discernement communautaire en énonçant
quelques principes, quelques réflexes, quelques certitudes,
valables pour la maîtresse des novices comme pour chaque sœur de la communauté.
1. Je ne détiens pas à moi seule la vérité. Mes sœurs sont porteuses, elles aussi, d'une part de la vérité que nous cherchons ensemble. Ce qui veut dire que mon écoute des sœurs doit être réelle et non pas simple condescendance. Ce qui veut dire aussi que ce sera sagesse pour moi d'apporter mes observations et mes interprétations avec modestie et avec prudence : j'apporte un avis parmi d'autres.
2. Il est important que l'apport de l'une ou de l'autre ne soit pas perçu à faux ni déformé au départ. C'est pourquoi, comme nous le disions à l'instant, il est souvent utile de dire d'abord les points d'accord et d'apporter seulement ensuite les nuances. C'est surtout nécessaire pour les personnes plus intuitives et plus spontanées, qui imaginent parfois que les autres ont perçu ce qu'elles n'ont pas dit. En particulier il est des aspects positifs qu'elles ne nient absolument pas, mais dont elles ne parlent pas pour aller tout de suite à la nuance qu'elles veulent apporter.
3. Une personne ne se comprend vraiment que dans son histoire, sur la toile de fond de son histoire.
C'est pourquoi il serait dangereux survaloriser certaines approches psychologiques qui remettent tout à plat, qui enferment la personne dans des casiers, des étiquettes, dans des catégories préparées à l'avance;
Prenons l'exemple de la graphologie: l'étude des tempéraments et des caractères par l'écriture. C'est une véritable science, qui a ses lettres de noblesse. Cependant, même si j'ai fait quinze ans de graphologie avant d'entrer au monastère, je ne vais pas baser mon discernement, à propos d'une sœur novice, uniquement ni avant tout sur une étude de son écriture. Je m'en défendrai parce que la graphologie me donne, au mieux, un instantané de ce qu'est 1a sœur actuellement, ou un reflet de ses tendances. Cela ne me dit rien de son histoire, ni de la manière dont elle peut dépasser, par amour de son Seigneur, les conditionnements psychologiques
Je ne vais pas non plus me contenter, pour le discernement, de ce qu'on appelait autrefois la physiognomonie : l'étude des caractères d'après la forme du visage ou la forme du corps. Ce serait une approche beaucoup trop statique.
Toutes proportions gardées, on dira la même chose de la grille fournie par l'ennéagramme, qui fait fureur en Europe dans certaines communautés.
4. Une personne a toujours besoin de son passé pour se comprendre, et pourtant tout n'est pas dans le passé d'une personne. La personne n'est pas "que" dans son passé; elle est aussi dans sa tension vers le but qu'elle se fixe.
J'ai trouvé chez le philosophe Paul Ricoeur un couple de termes qui m'a paru tout à fait éclairant de ce point de vue. Dans un ouvrage qu'il a écrit en 1964 sur l'œuvre de Freud, et qui s'intitule: " De l'interprétation ", il aborde en philosophe bien des problèmes de psychologie. Il explique, dans son langage très créatif, que la personne ne tient pas tout entière dans son archéologie mais doit faire appel aussi à sa téléologie. Dans "archéologie", vous avez le mot grec " archè", qui signifie "commencement" , dans "téléologie" le mot " télos", qui veut dire : fin, but. Une personne a toujours avantage à se comprendre à partir de son passé, donc à rejoindre ses racines, son archéologie, dirait Paul Ricœur. Mais toute la personne n'est pas là. Certaines personnes passent des années à creuser toujours plus loin, plus profond, dans leur archéologie, et finalement, quelquefois, passent à côté de la vie. Une archéologie bien menée éclaire beaucoup les racines affectives de la personne, mais il lui faut aussi valoriser sa téléologie, son télos, son but, ce qu'elle veut faire de sa vie, ce pourquoi elle mobilise ses forces.
5. Je ne suis jamais totalement transparente à moi-même. Donc mes motivations m'échappent toujours en partie, à plus forte raison les motivations des autres. C'est pourquoi il est si important, dans la vie religieuse, d'avancer, les années passant, vers la bonté. Ce qui restera de nous, mes sœurs, quand tout aura brûlé au service du Seigneur, c'est simplement le sillage de bonté que nous aurons laissé derrière nous pendant quelques années dans le monastère où nous aurons vécu. C'est la bonté qui traverse la mort.
6. Aller avec quelqu'un jusqu'au bout de la vérité, c'est souvent prendre la route d'une charité forte.
En effet, aimer une sœur, jeune ou moins jeune, en Jésus Christ, c'est vouloir son vrai bien, si possible dans le sens où elle l'envisage elle-même, mais parfois par des chemins ou des moyens qu'elle-même ignore, méprise ou rejette. Peut-être telle jeune envisagera-t-elle son bien sous la forme d' une entrée définitive dans notre vie monastique. Il se peut que vous soyons amenées à lui dire : "Tout bien pesé avec toi, nous pensons que ce n'est pas ton vrai bien, et que ton vrai bien est dans une voie que tu ignores encore, que peut-être tu écartes, parce que tu n'as pas encore écouté tes vrais désirs. Essaie de discerner avec nous ce qu'est ton vrai désir. Peut-être ton vrai bien n'est-il pas là où tu crois devoir le placer.
7. Je suis moi-même un être en mouvement, un être en transformation, et donc un être qui a besoin de miséricorde.
* * * * *
Annexe:
le confesseur et le prêtre conseiller
Nous avons abordé plusieurs fois la question des interventions du prêtre dans le discernement, et cela vaut la peine peut-être d'en dire un mot.
On est souvent amené à dissocier le confesseur et le prêtre conseiller. Cette dissociation est parfois source de difficultés et de tensions intérieures.
Il est bon que les sœurs les jeunes sœurs en particulier, soient au clair en ce qui concerne le sacrement de fa réconciliation. La communauté ne peut pas toujours choisir à 100% ses confesseurs. Nous avons à vivre de ce sacrement qui nous donne la grâce du Christ, quel que soit le prêtre qui nous entend en confession. C'est le prêtre qui entend sur la terre; mais c'est Dieu -Trinité qui pardonne; c'est le prêtre qui prononce la parole du pardon, mais c'est le Christ qui sanctifie.
On se heurte parfois, même chez les jeunes, mais surtout dans la vie des moniales déjà plus anciennes, à une sorte de lassitude par rapport au sacrement de réconciliation, parce qu' une moniale est amenée de loin en loin à accuser les mêmes misères avec les mêmes mots. Là encore il faut garder la paix, car dans ce sacrement ce qui est important, c'est ce que le Christ, Lui, nous apporte. Notre démarche à nous est nécessaire, mais elle est toujours pauvre; tandis que la démarche du Christ est toujours riche et porteuse de vie. L'essentiel n'est pas notre démarche vers le Christ, qui sera toujours indigente; mais l'initiative du Christ, qui est toujours acte de salut.
L'essentiel donc, et je pense que c'est important de le faire comprendre à nos jeunes, c'est que le sacrement de réconciliation, c'est la rencontre où nous fêtons le pardon de Jésus. C'est une fête, même si le prêtre ne nous rejoint pas vraiment.
Il est possible aussi, même après de longues années de vie monastique, de rénover ce que l'on appelait autrefois l'examen de conscience. Vous savez que, d'après la théologie sacramentaire, nous ne sommes obligés d'accuser en confession que les péchés graves ; or, que je sache, on ne tue pas sa prieure tous les jours, ni même toutes les semaines ! Il est donc possible et parfois souhaitable, à certains moments, à certaines heures, à certains jours, de "centrer" notre accusation ; et là l'Écriture Sainte peut prendre toute son importance. Qu'est-ce qui empêche une moniale de venir se confesser en centrant son accusation sur " une " parole de l'Évangile. Par exemple je relis les Béatitudes et j'en retiens une : "Bienheureux les doux, car ils posséderont la terre ". Voilà ce que je vais apporter en confession : non pas cette béatitude, mais ce que cette béatitude fait apparaître comme ombre dans ma vie et dans mon cœur. Comment suis-je douce avec mes compagnes ? Suis-je douce envers moi-même, si je ne me supporte pas, si je me fâche contre mes limites ? Comment suis-je douce avec le Seigneur, face à son silence, à ses lenteurs, face à mes propres souffrances.? J'aurai peut-être trois choses à dire. Cela suffira, car ce que je dirai viendra en écho de la Parole de Dieu et exprimera vraiment des aspects de mon être pécheur, de ma fermeture à la lumière ou de la pesanteur de mes désirs.
Bien des moniales arrivent, pour se confesser, avec leur Nouveau Testament, et commencent en l'ouvrant, pour relire devant le Seigneur un, deux, ou trois versets. Ensuite, elles passent à l'aveu de leurs fautes en parlant directement au Seigneur.
Rappelons-nous aussi que l'acte de contrition peut être celui que nous avons appris au catéchisme ou tout autre acte de contrition : un fragment de psaume de pénitence, ou toute autre formule que nous avons forgée pour nous-mêmes.
Une question qui se pose souvent avec des jeunes, et qu'elles posent elles-mêmes: faut-il avoir ou ne pas avoir un prêtre conseiller? De ce point de vue, le vécu auquel les jeunes se réfèrent se présente sous des formes très diverses. Certaines ont profité dès leur jeunesse d'un accompagnement sacerdotal et s'en sont trouvé bien. Parfois, c'est le même aumônier de jeunes, d'étudiantes, qu'elles ont eu au lycée, en faculté, en paroisse, et qui les a aidées ensuite dans leur discernement de vocation.
Parfois le besoin d'une aide sacerdotale s'est fait sentir plus tard, ou beaucoup plus tard, au moment d'une conversion, ou pour dépasser une crise de foi, d'espérance ou un tournant difficile dans l'engagement chrétien.
D'autres n'ont jamais demandé l'aide d'un prêtre lorsqu'elles étaient dans le monde. C'est pour elles une expérience nouvelle qui leur est offerte dans la vie religieuse; expérience libérante, mais parfois pas très commode au début.
D'autres encore ont cherché et n'ont pas trouvé. Elles se sont contentées de l'aide apportée de loin en loin à l'occasion du sacrement de réconciliation ou en lien avec ce sacrement.
Certaines ont cru trouver et ont été déçues.
D'autres n'ont pas cherché parce qu'elles n'en ressentaient pas le besoin : leur environnement d'Église leur fournissait suffisamment d'occasions de faire le point avec des personnes de confiance : une religieuse, une amie d'expérience, etc.
D'autres enfin, qui ont bien profité d'une aide sacerdotale à peu près régulière au début de leur vie consacrée, sont heureuses de pouvoir faire le point de temps à autre avec le même prêtre, spécialement lors de tournants importants de leur vie religieuse, sans éprouver le besoin d'une aide vraiment suivie..
On pourrait, également citer le cas de sœurs qui aimeraient pouvoir dialoguer des voies du Seigneur avec un prêtre, mais qui en sont empêchées par des barrières ou des contraintes intérieures s'enracinant dans leur passé et touchant, par exemple, l'image paternelle. Il peut arriver aussi, qu'une moniale ait vraiment profité d'une aide sacerdotale, par exemple l'aide d'un prêtre du diocèse, avant l'entrée et même durant quelques mois; et ensuite, une meilleure connaissance de la spécificité de l'Ordre où elles sont entrées fait naître chez elles l'impression de n'être plus bien comprises, en tout cas plus aussi bien qu'auparavant. Ce peut très bien être le cas, lorsque le prêtre dit (beaucoup l'avouent d'ailleurs) qu'il ne comprend pas bien la vie des moniales. Il n'est donc jamais interdit de reprendre sa liberté.
D'ailleurs une sœur est toujours libre par rapport à n'importe quel prêtre. Dans ce domaine, il est important d'avancer avec liberté de cœur, sans rien forcer et surtout sans se pousser dans le dos pour venir retrouver un prêtre. L'aide sacerdotale, au niveau du conseil, est souvent bénéfique, mais elle est rarement tout à fait indispensable : on peut vivre sans dialogue sacerdotal, mais on ne peut pas vivre authentiquement sans dialogue spirituel. Si on cherche encore, il faut prier l'Esprit Saint qui mène à la vérité tout entière. Si on ne cherche pas de dialogue spirituel avec un prêtre alors qu'on est moniale, ce peut être pour d'excellentes raisons; mais il est bon, alors, de clarifier ces raisons, de les objectiver dans un autre type de dialogue spirituel.
Si le Seigneur Jésus, comme ce fut le cas à certaines époques pour certaines saintes, se fait, Lui seul, le guide d'une moniale, il lui faut rester dans l'humilité et à l'affût de toute lumière sur elle-même et sur sa manière de chercher Dieu.
En tous cas - il faut dire et le rappeler -, cela fait partie de la loyauté pastorale du prêtre que de savoir s'effacer aussi souvent qu'il est nécessaire et de savoir moduler son service en fonction des besoins réels. Il est tout à fait normal qu'un prêtre s'entende dire : " Mon Père, j'ai l'impression que je n'ai plus tellement besoin de vous ".
Il n'est que " l'ami de l'Époux "; " il faut qu'il diminue et que le Seigneur croisse "
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