Session d'Oka
III. La maîtresse des novices à l'œuvre
1. Sa relation à Dieu
2. Sa relation aux sœurs en formation
3. Sa relation à la responsable de communauté
4. Sa relation à la communauté
5. Sa relation à elle-même
[ Session d'Oka, sommaire ]
1. Sa relation à Dieu
C'est dans sa relation à Dieu que la sœur formatrice se trouve vraiment elle-même. C'est dans le regard de son Dieu qu'elle est vraiment elle-même, et c'est vrai pour chacun de nous. Nous ne sommes pas ce que nous renvoient le miroir ou les miroirs de la communauté; nous ne sommes pas même ce que nous sommes à nos propres yeux, car nous pouvons nous faire illusion. Nous sommes ce que nous sommes dans le regard de Dieu; là se trouve notre auttenticité, et le vieux sage de l'Imitation disait à ce sujet : "Tu n'es pas meilleur quand tu es loué; tu n'es pas pire quand tu es blâmé; tu es ce que tu es Deo teste, devant Dieu comme témoin".
Voilà où est la moniale : dans le regard de Dieu! Il faut donc commencer par parler de sa relation à Dieu, car la maîtresse des novices, pour accomplir sa mission dans la durée, devra la replacer chaque jour dans l'axe de son propre appel et de sa réponse personnelle à Dieu Trinité.
Elle rend grâce d'être appelée à entrer dans l'œuvre du Père
L'œuvre du Père, c'est de faire vivre; car aimer, c'est faire vivre, et c'est comme cela que Dieu nous aime: en nous faisant vivre par la présence de son amour. Aimer, c'est faire vivre, et pour cette maternité spirituelle la maîtresse des novices s'en remet à Celui de qui tout lignage tire son nom (Ep 3,14).
Le Père pose chacune de ses filles dans son être de femme et la rend semblable, en tant que femme, à l'image du Bien-Aimé, à l'image de l'Unique. Le Père la promeut dans sa liberté filiale, dans sa différence, dans sa responsabilité. Le regard de Dieu Père rend adulte chacune de ses filles, et c'est dans ce regard de Dieu le Père que la maîtresse des novices va inscrire le sien. Pour accomplir sa mission, elle va placer son regard dans le regard que le Père a pour chacune des novices.
Elle rend grâce d'être appelée à participer au travail de Jésus Pasteur
Comme lui, et en dépendance de lui, la maîtresse des novices va connaître chaque brebis par son nom, par son visage irremplaçable, par son histoire - car une vie, c'est toujours une histoire -, et elle va offrir à chacune un chemin de liberté et de responsabilité. C'est ce que Jésus dit dans l'apologue du Bon Pasteur : "Les brebis sortiront et entreront." Elles sortiront pour chercher leur pâture, elles entreront pour trouver la sécurité. "Sortir", "entrer", dans le langage biblique, c'est le symbole de la liberté. Comme le Christ pasteur, la maîtresse des novices ne se lassera jamais d'aller chercher celle qui s'éloigne dans la fausse solitude qu'est l'isolement ou dans la tristesse. À bien des reprises, le Christ lui donnera part à son œuvre de médecin, afin qu'elle puisse assumer un lent travail de guérison, en recevant de lui, "rien que pour aujourd'hui", lumière, douceur et fermeté. Elle aura part à ses réflexes de médecin, ce qui veut dire qu'elle ne devra pas avoir peur des plaies.
La maîtresse des novices accompagne humblement la pédagogie du Christ, qui modèle en chacune sa propre ressemblance, et d'une manière à chaque fois inimitable.
La maîtresse des novices va avoir en charge, également, l'unité de son troupeau. Elle devra faire grandir en chacune des sœurs le réflexe de solidarité et le sentiment d'appartenance dont nous parlions à l'instant.
La maîtresse des novices connaîtra de plus en plus la liberté de cœur et la belle solitude de Jésus, envoyé de Dieu, capable de porter sans se faire porter. Souvent, elle aura à redire: "Je ne suis pas seule, car Celui qui m'a envoyée est avec moi." Il est vrai que la discrétion qu'elle devra garder, au service des novices, amènera nécessairement des moments de grande solitude humaine. La confiance que Jésus lui fait et qu'elle fait à Jésus, le courage qu'elle devra montrer pour ne pas fuir sa responsabilité, ni devant les jeunes, ni devant la communauté, la pauvreté de cœur qui lui fera écarter tout retour sur elle-même et tout désir de ramener à elle-même une part de l'affection des sœurs, tout cela fera grandir en elle les réflexes du Précurseur. Épouse du Seigneur en ce qui la concerne, dans son rôle de maîtresse des novices elle agira de plus en plus en amie de l'Époux.
Sa fonction dans le dessein de Dieu la ramènera sans cesse à l'ombre de l'Esprit
Seul l'Esprit engendre à la vie de Dieu. Seul l'Esprit de sainteté verse dans le cœur l'amour de Dieu, c'est-à-dire, d'après le texte de Rm 5,5 : l'amour que Dieu a pour chacune. C'est l'Esprit de vérité qui permet à la sœur de reconnaître l'œuvre de Dieu en elle. C'est encore saint Paul qui nous le dit: "l'Esprit nous a été donné pour reconnaître les dons que Dieu nous a faits" (1 Co 2,12). L'Esprit nous est donné pour sentir la sève qui passe dans le sarment. Et c'est lui seul, l'Esprit Paraclet, qui peut rendre vivante, attirante et puissante, la Parole de Jésus dans le cœur des jeunes. Tout le soin de la maîtresse des novices sera de ne pas devancer l'Esprit Saint mais d'accompagner sa pédagogie qui est toute de douceur et de force.
Nous savons que, dans l'Église de Jésus, tout témoignage s'inscrit dans le témoignage premier du Paraclet. Tout discernement s'appuie sur la présence de l'Esprit qui sonde les profondeurs de Dieu et les profondeurs de l'être humain. Toute pédagogie de conversion et de renouveau intérieur suit les chemins de l'Esprit, qui fait en chacune toutes choses nouvelles et qui "achève toute sanctification", comme nous le disons souvent à la messe.
C'est l'Esprit Saint qui va aider la maîtresse des novices à "prier selon Dieu", à demander selon Dieu; c'est lui qui "viendra en aide à sa faiblesse" comme aussi à la faiblesse des plus jeunes (Rm 8,26s). Rappelons-nous toujours que le premier maître de formation, c'est l'Esprit. La maîtresse des novices ne sait pas tout, et elle est à l'écoute, elle aussi, en même temps que la novice.
Enfin, beaucoup de formatrices, dans les incertitudes et les difficultés de leur charge, se tournent d'instinct vers la Vierge Marie, vers la Servante de Dieu dont l'Évangile de Jean nous dit simplement, dans le récit de Cana: "La mère de Jésus était là." Voilà tout le secret des maîtresses des novices : être là, être là vraiment, d'une présence qui, comme celle de Marie à Cana, devine, accompagne, compatit. Pour toute formatrice, Marie est le modèle de la femme silencieuse et intuitive, de la femme intensément présente à tous parce que présente à Dieu; elle est le modèle de la femme qui vient au-devant des besoins tout en s'effaçant personnellement derrière le Christ. Marie, ce jour-là, était simplement là pour comprendre deux jeunes et pour aider l'entourage à les entourer.
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2° Sa relation aux sœurs en formation
Abordons maintenant une deuxième relation, essentielle également, la relation de la maîtresse des novices aux sœurs en formation.
Plusieurs principes de base peuvent l'aider à trouver sa vraie place et à jouer son vrai rôle, jour après jour
1. Elle n'est pas, avec la novice, en situation de réciprocité.
Certes, une vraie confiance et une grande simplicité peuvent exister entre la maîtresse des novices et la jeune, mais elle n'ont pas à vivre une amitié qui supposerait une égalité dans leur position réciproque et une réciprocité dans les confidences. Elles vivent une vie fraternelle, évidemment, mais pas une amitié au sens fort du terme.
Le rôle de la maîtresse des novices crée une dénivellation. La maîtresse des novices n'est pas forcément plus douée, ni plus cultivée, ni plus brillante. Il ne s'agit pas de supériorité d'une femme sur l'autre; mais de la fonction qui lui est dévolue. Elle reçoit de l'Église, et donc de Jésus, une fonction de responsabilité. La novice est peut-être plus intelligente, mais c'est la maîtresse des novices qui discerne pour la novice et avec la novice, et pas l'inverse. Quelquefois on voit des novices qui commencent à faire la psychanalyse de la maîtresse des novices et qui entreprennent sa conversion. La maîtresse des novices peut fort bien reconnaître un tort qu'elle a eu, mais non pas se laisser mettre en position de disciple par rapport à sa novice. Il n'y a pas situation de réciprocité. Les confidences, c'est la jeune qui les fait, et non pas la maîtresse des novices, sinon on fausse tout. Je me souviens d'une jeune professe qui me disait : "Ah! que voulez-vous! ma maîtresse des novices, à chaque fois qu'on venait la trouver, nous racontait sa vie !" La relation était faussée ! Les confidences allaient de la maîtresse aux novices. À la limite, la maîtresse des novices doit être une femme sans passé. Je veux dire par là que, moins elle parle d'elle-même et de ses propres expériences, mieux cela vaut. Elle n'a pas à dire à une novice: "Ah, tu passes par telle épreuve ? tu n'as qu'à faire comme moi! Quand j'étais novice, etc..." La maîtresse des novices n'a pas à faire état de sa propre expérience; elle s'en sert, mais elle ne doit pas l'induire dans la jeune, de quelque manière que ce soit. Elle n'a pas de passé ! En tout cas, moins elle l'évoquera, mieux elle fera son travail de formatrice. Elles se retrouveront ensuite, plusieurs années après, comme sœur et sœur dans la même communauté. Peut-être qu'une fois déchargée de cette responsabilité de maîtresse des novices, la sœur pourra vivre un certain niveau d'amitié avec son ancienne novice; mais souvent le fait d'avoir été maîtresse des novices a créé une situation toute particulière et finalement quasi irréversible, parce que la maîtresse des novices a emporté dans le silence de sa prière une foule de choses qu'elle a entendues, et il est bon que son ancienne novice sache que, désormais, la maîtresse des novices fait silence en elle-même sur tout cela.
2. La maîtresse des novices est amenée à accepter lucidement cette situation inconfortable, très inconfortable, situation que beaucoup de novices, inconsciemment, essaieront de contourner pour amener la maîtresse des novices, si peu que ce soit, dans les filets de leur affection. La maîtresse des novices assumera en même temps la solitude inhérente à son rôle, et il est indéniable que, pour le cœur de la formatrice, cela représente une vraie ascèse que d'être "une femme sans passé".
3. La maîtresse des novices se trouve au cœur des remous affectifs qui accompagnent l'évolution de la novice.
Je ne fais là qu'énoncer des choses que vous savez depuis longtemps. Elle va être au cœur des remous parce que sa fonction même la met en position de substitut maternel. Son rôle de maîtresse des novices lui confère une sorte de place symbolique qui est fortement ressentie par la novice, jeune ou moins jeune. Car c'est par rapport à la maîtresse des novices et en relation avec elle que la jeune va vivre ou revivre beaucoup de moments forts de sa jeunesse ou même de son enfance, des mouvements affectifs qu'elle n'a pas vécus ou qu'elle a mal vécus autrefois, et qui l'envahissent avec d'autant plus de force. Les maîtresses des novices apprennent vite que l'on peut s'attendre à tout et que tout peut arriver. Il faut que la maîtresse des novices gère ces moments avec sagesse et sans raideur, qu'elle ait suffisamment son assise dans l'amour de Jésus Christ pour traiter cela à la manière de l'Esprit Saint, avec douceur et avec force.
4. La maîtresse des novices ne forme pas des sœurs à son image.
Les novices ne seront pas des clones de la maîtresse des novices. Elle les réfère toutes au Christ, qui va prendre toute leur vie et tout leur cœur. Elle les réfère toutes aussi au charisme de l'Ordre tel qu'il est transmis par la tradition vivante à partir des gestes fondateurs, à partir des textes fondateurs, tel qu'il est interprété et vécu aujourd'hui, par l'Ordre, au sein de l'Église tout entière orante et missionnaire.
Elle ne forme pas des sœurs à son image, c'est-à-dire qu'elle ne va pas se donner comme norme et qu'elle n'attend des sœurs aucun mimétisme.
5. La maîtresse des novices doit vivre en cohérence avec le message qu'elle transmet, en cohérence avec le charisme de l'Ordre dont elle est porteuse et garante.
En termes plus ordinaires, on dirait: elle doit passer devant, elle doit montrer l'exemple. À quoi bon parler aux novices de ponctualité, si la maîtresse des novices arrive toujours en ôtant son tablier et cinq minutes en retard ! À quoi bon parler du silence contemplatif, si la maîtresse des novices est sans cesse en train de bavarder ! Les femmes, jeunes ou adultes, qui entrent au monastère, attendent de leur formatrice ce minimum de cohérence. Elle doit passer devant pour la fidélité à l'œuvre de prière, quelle que ce soit la forme que prend cette prière dans les divers Ordres. Elle doit passer devant pour la vie fraternelle, spécialement pour les travaux humbles. Elle passe devant pour la ponctualité, pour la bonté envers les malades, pour la maîtrise de sa langue, pour l'authenticité de sa parole, car on attend de la maîtresse des novices que son "oui" soit "oui". Elle passe devant pour la construction communautaire, et le noviciat; bien qu'autonome, n'est pas un "ailleurs" dans la communauté; il n'est pas une sorte d'entité parallèle constituée autour de la maîtresse des novices et toute dévouée à son service.
6. Chaque novice est reçue et traitée comme une femme adulte.
Quand bien même sa personnalité ne serait pas encore totalement affirmée ou équilibrée, on la considère et on la reçoit comme une femme adulte. Ce qui veut dire que la maîtresse des novices va respecter, avec beaucoup de soin et de naturel, les points suivants :
- Elle va d'abord respecter, dans les dialogues avec la novice, le rythme de son anamnèse. Son anamnèse, c'est la remémoration qu'elle fait des moments de sa vie, de son évolution, de sa vie familiale, de sa vie affective, etc. Cette anamnèse est si importante que sans elle on ne pourrait pas parler d'un noviciat. Il est certain que ce qui nous libère, c'est ce qui passe par notre parole. Nous le savons par expérience, mais au noviciat les choses viennent en leur temps, parfois par bribes, parfois en rafales sur quelques jours, et puis plus rien de marquant pendant deux mois... C'est la novice qui sent ce qu'elle peut dire et ce qui n'est pas encore assez mûr en elle pour passer par sa parole. Il lui faut parfois de longs mois de prière et d'écoute de la Parole pour être enfin de plain-pied avec une confidence décisive. Il faut parfois plusieurs mois à une jeune moniale pour arriver à dire : "Mon père était alcoolique", ou bien : "Ma mère avait une liaison." Ce ne sont pas des choses qui viennent tout de suite, même si la jeune désirait, dès l'entrée au monastère, se libérer de ce poids. C'est elle qui sentira quand elle peut le faire.
- La maîtresse des novices respectera la liberté de ses confidences. Le cœur de cette jeune femme appartient à elle seule, et il est le temple de Dieu. La maîtresse des novices ne va pas forcer les portes, ni exiger des confidences, ni les hâter par curiosité. Souvent il reste des "blancs" dans l'anamnèse d'une jeune, et il faut lui laisser le temps d'assumer et de dire.
- On va respectera la liberté de sa recherche spirituelle. Le but n'est pas qu'elle devienne moniale à tout prix, qu'elle devienne bénédictine chez nous, ou clarisse, ou carmélite à tout prix, mais qu'elle aille jusqu'au bout de sa vocation personnelle, jusqu'au bout de la recherche de sa place dans l'Église de Jésus. Sous cet angle la maîtresse des novices doit travailler en totale gratuité, même si elle sent sur elle la pression de la communauté qui manque de sujets nouveaux. Oui, on manque de jeunes, mais ce n'est pas pour cela qu'on hâtera les choses !
- La maîtresse des novices respectera la manière dont la novice pense sa vie, son itinéraire, ses évolutions. Par exemple, la maîtresse des novices ne va pas imposer à une jeune un vocabulaire ou des théories concernant la personnalité, les progrès de la personnalité et les prises de conscience, même si ces théories ont fait leurs preuves et sont, par ailleurs, tout à fait consonantes au message chrétien. La maîtresse des novices peut avoir ses propres grilles de lecture psychologique, et c'est souvent utile, nécessaire; mais elle n'a pas à en faire part et encore moins à faire de la réclame auprès d'une novice pour telle école ou tel auteur. Elle évitera surtout tout ce qui pourrait apparaître comme une classification, une étiquette, même si c'est une étiquette qu'on a présentée parmi quinze étiquettes possibles. Parce qu'une étiquette, psychologique par exemple, est statique par définition, et peut être désespérante pour une jeune. Une personne humaine ne peut jamais être ramenée à un type connu, à une catégorie connue. Une personne, c'est une histoire, forcément unique, et l'on peut décevoir durablement une jeune en passant à côté de son histoire pour la ranger dans une catégorie prédéfinie, pour la ramener à un type d'habitudes ou de comportements.
- On assurera à la novice une discrétion absolue; je dis bien: absolue. Peut-être ce que je vais dire là tranche-t-il par rapport à ce qui se vivait il y a trente ou quarante ans dans les noviciats de nos Ordres religieux, mais une confidence est une confidence. Une confidence ne doit jamais être redite à qui que ce soit. Nous verrons plus loin les incidences de cela sur les relations de la maîtresse des novices avec la responsable de 1a communauté.
Les confidences d'une jeune restent sa propriété. Il est clair aussi que la maîtresse des novices veillera à ne pas utiliser ses confidences pour lui faire ensuite des reproches. Il faut même être très prudente dans les allusions que l'on pourrait faire, en dialogue avec la jeune, à des confidences antérieures. Souvent, mais pas toujours, il est bon d'attendre que la jeune revienne d'elle-même sur les faits, sur les événements, afin de ne pas lui donner l'impression que vous majorez les incidents, que vous avez été déstabilisée par sa confidence, ou que vous l'enfermez déjà dans un de ses souvenirs.
C'est ici le lieu de parler de la "supervision". La maîtresse des novices ne peut pas toujours s'ouvrir à la responsable de communauté des problèmes qu'elle rencontre dans ses dialogues avec les jeunes, parce que cela impliquerait qu'elle rompe le secret qu'elle leur doit. Elle peut donc rechercher, en dehors du monastère, un lieu de dialogue personnel et de supervision de son travail de maîtresse des novices. Il faudra, pour cela, trouver une personne compétente, d'une discrétion à toute épreuve, et qui sera liée par le secret professionnel. De plus en plus les responsables de communauté encouragent cette démarche.
- Souvent la maîtresse des novices devra laisser place au jugement moral de la novice. Par exemple, quand la novice remarque chez une sœur de la communauté un comportement déplacé ou qui la scandalise, surtout un comportement répétitif. Il est bon que la novice, aidée au besoin par la formatrice, puisse nommer cette attitude marginale ou répréhensible Il est sain et constructif que la jeune puisse, avec la maîtresse des novices, qualifier cette attitude, objectivement, sous l'angle de l'Évangile et sous l'angle du charisme de l'Ordre. Il est souhaitable que la formatrice puisse dire à une novice: "Tu te scandalises ? tu n'as pas tort de te scandaliser. Nommons ensemble ce que tu as vu; essayons de voir ce qui se cache derrière cette attitude de la sœur; ensuite, fais comme nous : entre dans la miséricorde". Il est important, pour la formation du jugement moral de la jeune moniale, qu'elle puisse ainsi, non pas condamner la personne, mais situer une attitude. L'espace est alors libéré, dans la vérité, pour un effort d'indulgence, et la sœur pourra plus librement entrer dans la patience évangélique de la communauté qui porte, depuis longtemps peut-être, telle ou telle sœur difficile sans la rejeter ni l'isoler.
7. La maîtresse des novices rappellera et prouvera concrètement à la jeune qu'elle est ouvrière de son propre discernement:
a) Il est souvent possible d'utiliser le discernement que cette jeune a déjà opéré autrefois sur une période ou sur certains événements de sa vie. Et ce discernement qu'elle a déjà fait peut être révélateur de sa lucidité sur elle-même, de sa capacité de se remettre en question, de son objectivité sur les faits, sur les paroles ou les actions d'autrui. Ce regard de la novice sur son passé manifeste le jugement moral qu'elle est capable de porter et les critères que déjà, spontanément, elle met en œuvre.
Parfois l'on est amené à se méfier de ce discernement réalisé dans le passé ou à le remettre en question. Dans ce cas, ou bien la sœur se montre disciple et accepte de redresser ses approches et les discernements qu'elle a déjà opérés, ou bien elle s'obstine tant soit peu dans son erreur, et cela éveille, bien sûr, une question sur son jugement.
b) Dans toute la mesure du possible, la maîtresse des novices va motiver les efforts qu'elle lui demande. En effet, comme nous disions tout à l'heure, hériter d'une tradition spirituelle ou ascétique ne suffit plus, il faut que la novice s'approprie personnellement cet héritage qui lui est proposé.
La formatrice ne pourra pas toujours dire jusqu'au fond pour quels motifs elle demande tel ou tel effort, mais il est bon qu'elle s'en explique suffisamment, puisqu'elle a affaire à des femmes adultes et qu'elle considère comme des adultes.
c) La maîtresse des novices va mettre au clair avec la jeune tout ce qui va lui servir de repères.
Par exemple, la différence, si importante, entre "for interne" et "for externe". Le "for interne", dira la maîtresse des novices, c'est ce que je peux savoir uniquement si tu me le dis, toi; et c'est couvert par un secret qui est absolu. Le "for externe", c'est tout ce qui peut être perçu de toi en te voyant vivre ou en t'écoutant parler.
On clarifiera aussi, avec elle, très vite, la différence entre le rôle de la responsable de communauté et celui de la maîtresse des novices: "Dans quelle situation vas-tu te référer à la responsable de communauté ? Qu'est-ce qui, au contraire, relève de la maîtresse des novices?"
On mettra au point aussi les responsabilités déléguées à certaines sœurs, par exemple pour l'économat, la liturgie, l'infirmerie. Il se peut que l'infirmière ait des habitudes qui sont à repenser ! En particulier, au niveau de la discrétion. Il n'y a pas tellement longtemps encore, j'entendais une sœur d'une quarantaine d'années dire combien elle était gênée de n'être jamais seule avec le docteur. On dira : c'est pourtant élémentaire ! Mais ce n'était pas évident pour l'infirmière de ce monastère. Il faut que les novices sachent clairement quelles sont les tâches précises confiées à certaines sœurs, parce que, comme vous le savez, on constate dans les monastères bien des mouvements de féodalité. On voit émerger, tout d'un coup ou peu à peu, la duchesse de l'hôtellerie, la comtesse du poulailler, la baronne de la lingerie, et bien d'autres seigneuries féodales qui sont autant de pouvoirs parallèles à celui de l'abbesse. Ces féodalités manifestent des volontés de puissance, et l'on demande aux malheureuses novices "d'obéir" non seulement à la maîtresse des novices et à la responsable de communauté, ce qui va de soi, mais aussi à l'économe, à la jardinière, à la liturgiste, à l'infirmière. Or, en rigueur de terme, on ne peut pas parler d'obéissance à 1a liturgiste ni à l'économe, il y a simplement des conventions communautaires, fraternelles, éventuellement le respect normal que l'on doit à une ancienne, mais il ne s'agit pas de l'obéissance proprement dite.
D'ailleurs, l'arrivée de postulantes ou la présence de novices peut être l'occasion, pour la responsable de communauté, de remettre un peu les choses au point et les pendules à l'heure, comme on dit; l'occasion de remédier aux féodalités qui s'installent dans les services, ou d'empêcher certaines mainmises d'une première d'office sur des sœurs plus jeunes. Parce qu'il faut savoir au nom de quoi on impose ceci ou cela à des sœurs. Si c'est au nom de l'Évangile, parfait ! Si c'est au nom de la vraie, de la sainte tradition de l'Ordre, parfait ! Mais si c'est simplement au nom des habitudes ou des marottes de telle ou telle sœur, vieille ou non, cela n'a aucune valeur pour la formation.
Un exemple réellement vécu: il y a quelque cinq ans, une toute jeune professe solennelle me dit: "L'autre jour, nous avions une cérémonie de profession au monastère et, naturellement, il fallait préparer la table des hôtes de manière agréable. La mère prieure m'a dit: "Voudrais-tu mettre les serviettes comme pour une table de fête ?" Je l'ai fait comme je faisais chez moi; c'était joli ! Arrive l'ancienne, qui me dit: "Ici, ce n'est pas comme cela qu'on présente les serviettes; regarde comme je les plie." La jeune professe, qui est une sainte religieuse, a tout recommencé. Je lui ai dit: "C'est exactement ce que vous aviez à faire pour entrer dans l'humilité de Jésus serviteur. Mais cette ancienne n'avait pas à vous l'imposer." Cette ancienne, effectivement, a des comptes à rendre. Il faut qu'elle prenne conscience qu'elle a empiété indûment sur l'espace normal de créativité de la jeune sœur. Et au nom de quoi ? Ni l'Évangile, ni les Constitutions, ni la vraie tradition de l'Ordre n'exigent une manière de plier les serviettes !
La maîtresse des novices mettra aussi la jeune à l'aise à propos du rôle éventuel du prêtre conseiller. Il est bon de ne rien brusquer, mais les choses, là aussi, doivent être précisées suffisamment tôt. C'est la maîtresse des novices qui demeure la première responsable du discernement. Il convient que ce soit clair pour les prêtres, et il faut parfois le faire comprendre avec douceur et humilité au prêtre qui est amené à rendre service, car il faut le plus possible éviter les interférences. Concernant le prêtre qui a guidé déjà 1a sœur dans le monde, il vaut mieux, en général, qu'il vienne plutôt rarement. Par contre, son écoute et son intervention peuvent être parfois très pertinentes et très utiles. Par exemple, pour permettre de débloquer une situation, pour aider la sœur à objectiver une difficulté. Parfois aussi, l'aide sacerdotale facilite le recours à une aide psychologique ou un retour provisoire dans le monde, parce que ce prêtre, qui a bien connu la jeune autrefois, s'inscrit dans la continuité des efforts qu'elle a faits, ou dans la continuité de ses épreuves.
8. Si la maîtresse des novices est bien la partenaire privilégiée de la novice durant le temps de la formation, elle n'est pas la partenaire unique, et elle doit se garder de vouloir tout faire et de tout faire par elle-même.
Spécialement dans les monastères où la jeune est unique au noviciat, il est souhaitable que la maîtresse des novices ne soit pas hyperprésente, ni étouffante par sa sollicitude. La novice a besoin d'un espace suffisant pour respirer, pour être simplement elle-même; d'un espace où elle puisse apporter librement sa contribution à la vie commune; d'un espace où elle puisse se sentir utile, partager ses richesses et bénéficier d'une créativité de bon aloi. De bon aloi, car il ne serait pas bon qu'une novice devienne irremplaçable dans un secteur du monastère dès le noviciat. Cela refléterait probablement un déséquilibre dans la dynamique communautaire.
Par ailleurs, d'autres sœurs sont appelés à collaborer pour la formation, qui refléteront, elles aussi, le charisme de l'Ordre par leur présence, par leur différence, par leur exemple, par leurs apports théoriques ou pratiques.
D'autres lieux sont utiles aussi, de temps à autre. Par exemple, des sessions de formation destinées aux moniales; en particulier les sessions que chaque Ordre organise en fonction de son charisme, de ses lois et de ses habitudes. Dans les sessions de ce type, les jeunes sœurs entendent un enseignement nouveau, découvrent des approches nouvelles, de nouvelles méthodes de travail. Elles vivent des expériences inédites de fraternité, d'échange, de rencontre, de dynamique de groupe, qui renseignent chacune sur son autonomie réelle, sur sa quête affective, sur ses réactions dans un groupe nouveau, etc. Là, les soeurs peuvent aborder, avec des intervenant(e)s spécialisé(e)s, soit des problèmes qu'elles n'ont pas su formuler, soit des sujets que les conférenciers ou conférencières ont traités et qui les rejoignent dans leurs questions ou leurs préoccupations. Souvent on voit de jeunes sœurs, revenant d'une session, aborder enfin, avec la maîtresse des novices, tel problème affectif, tel secteur ou telle période de leur vie passée que, jusqu'alors, elles n'avaient pas pu aborder, qu'elles n'avaient pas su repérer ou exprimer. Quelquefois, les sessions donnent aux sœurs "les mots pour le dire". Elles peuvent, par exemple, repartir de telle phrase, de tel développement du conférencier ou de la conférencière, pour dire à la maîtresse des novices: "J'ai senti que c'était pour moi, et il est grand temps que je t'en parle."
Évidemment, comme nous le disions hier en réponse à des questions, on va apporter un soin tout particulier au choix des sessions, des types de sessions et à la sélection des intervenants, pour éviter de déstabiliser les sœurs par des apports contradictoires ou par des systématisations trop aventureuses. Je vous ai dit qu'il nous est arrivé, en Europe, plusieurs fois, de décommander, juste à temps, tel ou tel intervenant ou intervenante qui nous avait été pourtant recommandés. On évitera en particulier les pédagogies trop racoleuses qui sont surtout à base de contestations et qui multiplient les questionnements sans apporter aux jeunes un début de solution, ou au moins une lumière pour rechercher les solutions.
9. La maîtresse des novices ose demander des efforts qui vont dans le sens du vrai bien de la moniale.
Après la période du postulat où l'on veille attentivement sur la progressivité des découvertes et des efforts demandés, le noviciat doit permettre certains apprentissages élémentaires qui conditionnent plus tard la vie fraternelle et le coude à coude quotidien.
Par exemple, dans le domaine de la culture, surtout de la culture théologique: il faut parfois insister pour qu'une sœur s'en tienne courageusement au programme arrêté avec elle, spécialement lorsqu'elle n'a pas d'habitudes intellectuelles ou qu'elle répugne à tout travail intellectuel, même modeste et tout à fait adapté. À l'inverse, avec des sœurs qui ont un passé intellectuel, il faut parfois freiner une boulimie de lectures ou une trop grande dispersion dans le travail. On est amené aussi à rééquilibrer des lectures trop concentrées sur une seule matière ou sur un seul auteur. Il arrive fréquemment que la novice dépasse largement sa formatrice au niveau culturel; cela n'a pas d'importance, et dans beaucoup de cas il est souhaitable que la novice soit partie prenante de la programmation de ses lectures ou de ses travaux. Telle jeune qui est arrivée au noviciat a déjà l'habitude d'organiser son travail; elle a dû le faire chaque année pour les examens qu'elle a passés ou les concours qu'elle a préparés. Elle sait travailler et comment s'y prendre. Il faut donc qu'elle ait son mot à dire à propos des méthodes et du planning. C'est à la maîtresse des novices de savoir ce qui doit être étudié, par exemple telle ou telle œuvre majeure de l'histoire spirituelle de l'Ordre, mais c'est peut-être la novice qui saura comment l'aborder d'une manière neuve, tout à fait adaptée à sa propre culture. Cependant, même lorsque la novice sera ainsi partie prenante de la programmation, il est nécessaire qu'elle dialogue à ce sujet avec la maîtresse des novices. Même si c'est finalement la programmation de la novice qui va être retenue, il faut qu'elle en parle avec sa maîtresse des novices. Même si celle-ci connaît le sujet moins qu'elle, il faut que la novice ait ou qu'elle acquière ce réflexe de passer par la maîtresse de formation. Plus une femme est douée intellectuellement et riche culturellement, plus elle doit d'elle-même, spontanément, parler de ses choix et de ses besoins. C'est souvent, d'ailleurs, l'indice d'une véritable maîtrise de 1a culture, qu'une femme, arrivant avec des diplômes et tout un passé culturel, ait la simplicité de s'ouvrir à sa maîtresse des novices de toutes ses lectures et de son programme.
Des efforts seront demandés aussi dans le domaine des vertus communautaires et du savoir-vivre. Cela demande beaucoup de tact et de fermeté à la fois, car sur ce point les personnes sont parfois restées hypersensibles. Certaines ne veulent pas qu'on remette en cause des manières ou des habitudes qui viennent de leur éducation première. Pourquoi? Parce qu'alors l'image de leur famille est très impliquée. Exemple vécu: une maîtresse des novices se décide un jour à dire à sa novice: "As-tu vu la manière dont tu utilises ton mouchoir ?" - Réponse: "Tu méprises mes parents !" Tout de suite, le lien a été fait. Une petite remarque d'ordre culturel touchant le savoir-vivre a évoqué immédiatement 1e vécu familial; le rapport a été établi entre l'éducation reçue ou pas reçue et tel geste élémentaire de savoir-vivre qu'on demande et qu'on doit demander à la sœur. Il faut que la maîtresse des novices ait le courage de le faire, parce que, dix ans, quinze ans après, on dira, parlant de la sœur : "Mais enfin, qu'a-t-elle appris au noviciat ?" Peut-être aura-t-on raison de le dire. Il faut quelquefois que la maîtresse des novices enfile cinq paires de gants pour arriver à dire ces choses. Au témoignage des formatrices, il semble que, même à de jeunes femmes du XXIe siècle, on soit parfois amenée à rappeler quelques réflexes élémentaires d'hygiène, de maintien ou de civilité; il faut que ce soit fait. Je ne sais si c'est du jour au lendemain qu'on pourra y parvenir Peut-être qu'une religieuse plus âgée, une de ces sages de la communauté à qui on peut tout dire et envers qui les jeunes ont une sorte de confiance spontanée, pourra se permettre de dire des choses délicates. De toute façon il faut que ces points soient abordés, sinon on sera passé à côté du vrai bien de cette jeune femme qui toute sa vie sera en porte-à-faux, étonnera les gens au parloir et parlera à Monseigneur comme elle parlerait au jardinier.
Une des difficultés vient du fait que plusieurs générations cohabitent dans la communauté, avec des sensibilités très différentes et des manières très différentes de situer les urgences. Il faut donc éviter de présenter les efforts à faire comme des concessions aux usages d'une classe sociale. Mieux vaut faire comprendre que le pluralisme est sain dans ce domaine, mais sur la base de conventions fraternelles. Il est normal qu'il y ait diverses manières de faire dans la communauté, mais il existe quand même des conventions; quelques points plus importants ou significatifs sur lesquels tout le monde s'est mis d'accord. La vie fraternelle réclame que ces choses-là soient à la fois pertinentes, claires et acceptées.
S'agissant des vertus communautaires et du savoir-vivre, le temps qui passe n'arrange rien à lui seul, et les responsables de communauté regrettent souvent que les formatrices, il y a vingt ou trente ans, n'aient pas eu le courage évangélique de parler. Je termine ce sujet en vous citant un exemple pas très ancien. Une jeune devait arriver dans un monastère pour un stage de trois semaines. Très vite une question pratique a été posée, qui avait trait au réfectoire: devant qui fallait-il ne pas la placer ?... Il y avait, en effet, des sœurs un peu perdues et en déphasage culturel, qui pouvaient dégoûter à tout jamais la novice la mieux trempée et la stagiaire la mieux disposée.
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3° Sa relation à la responsable de la communauté
Touchant la relation de la maîtresse des novices à l'abbesse, à la prieure, bref à la supérieure du monastère, nous allons aborder cinq points.
1. La bonne entente entre la maîtresse des novices et la responsable est sans doute la première condition pour la réussite de la formation au monastère.
Ces deux femmes peuvent être très différentes par leur histoire, leurs capacités, leurs charismes; elles peuvent même avoir des grilles de lecture et des auteurs de référence très différents; cela n'a pas d'importance. Dans certains cas, elles peuvent même ressentir très différemment l'itinéraire de telle sœur ou le progrès de telle autre. Cela les amène toutes deux à affiner leur jugement et à des concessions mutuelles. Je me souviens d'avoir entendu une responsable de monastère dire à la maîtresse des novices: "Pendant trois mois, je me suis étonnée que tu réagisses comme cela, et je sentais très différemment de toi l'itinéraire de la sœur. Maintenant, je pense que c'est toi qui avais raison." Voilà une vraie communication, une vraie collaboration.
2. Les deux rôles doivent rester différents
Il n'est jamais heureux et toujours anormal que la responsable de communauté soit chargée aussi de la formation. Ceci dit, il peut se présenter des cas d'espèce, des cas de force majeure; mais il est toujours préférable que les deux rôles soient distingués. Les deux rôles, j'allais dire: les deux pôles de la formation. En effet il existe une analogie lointaine entre la formation donnée au monastère et l'éducation assurée par la famille, où le pôle paternel et 1e pôle maternel se complètent harmonieusement. Sur ce point, quelles que soient leurs relations et leurs personnalités, les deux formatrices doivent se mettre sur 1a même longueur d'onde, et en cas de changement de responsable de communauté ou de maîtresse des novices, il peut être bon de redire les choses, afin qu'elle soient claires pour les deux. Les deux, en toutes circonstances, doivent respecter les règles du jeu et surtout la complémentarité des rôles. La maîtresse des novices renvoie à la responsable pour tout ce qui relève d'elle: les sorties, les absences, le fonctionnement dans la communauté, les services rendus hors du noviciat, la participation de 1a novice à une œuvre, une fête, une manifestation de la communauté, bref, tout ce qui concerne directement la responsable de communauté. À l'inverse, la responsable de communauté ne passe jamais par-dessus la tête de la maîtresse des novices en tout ce qui relève du discernement, du dialogue d'aide, et en tout ce qui concerne la vie interne du noviciat.
3 Il est très important que la novice ou les novices perçoivent que le tandem fonctionne bien, que les deux se font confiance et qu'il est impossible de les diviser.
Une jeune aura, presque instinctivement, tendance à jouer des divisions entre la maîtresse des novices et la responsable. Parfois, elle cherchera à s'insérer entre les deux comme un coin dans un tronc d'arbre, et il deviendra très difficile de déloger ce coin.
La maîtresse des novices doit valoriser 1e rôle de la responsable, et la responsable de communauté doit donner tout son relief au rôle de la maîtresse de formation. Concrètement 1a difficulté principale réside dans la discrétion que la maîtresse des novices doit absolument à la jeune. C'est vrai certainement au for interne; encore une fois: une confidence est une confidence. C'est vrai aussi parfois au for externe. La maîtresse des novices voit beaucoup de choses, beaucoup de réactions. Il n'est pas toujours opportun de tout répercuter. Elle peut choisir de redire ou non ce qu'elle a vu elle-même au for externe.
Les dialogues en toute discrétion sont facilités entre responsable et maîtresse des novices lorsqu'elles deux ont échangé au préalable sur les critères de vocation qu'elles retiennent, lorsque toutes deux ont participé à des groupes de formation, qu'elles ont l'esprit éveillé au fonctionnement du dialogue et qu'elles peuvent se comprendre à demi-mot au sujet des problèmes psychologiques et affectifs des jeunes. Il faut noter que la responsable, de par sa position dans la communauté, de par l'écho qu'elle reçoit des sœurs de la communauté, peut apporter au discernement beaucoup d'éléments (du for externe) qui sont échangeables entre responsable et maîtresse des novices.
Un dernier point, concernant la discrétion. Il peut arriver que la novice confie à sa formatrice un fait important ou grave que la responsable de communauté doit absolument connaître. Dans ce cas aussi la confidence reste une confidence, et pourtant 1a responsable doit être mise au courant. La maîtresse des novices pourra dire à la jeune quelque chose comme ceci: "Tu te rends compte que ce que tu viens de me confier est de grande importance. La responsable de 1a communauté, qui a charge d'appeler les sœurs à faire profession, ne peut pas ignorer ce que tu viens de me dire avec courage. C'est ton secret, et il ne m'appartient pas de le répercuter. Mais toi, tu as le devoir de t'en ouvrir à la responsable de la communauté." Si la jeune, par la suite, dit à sa formatrice: "Tu viendras avec moi trouver la mère abbesse !", la réponse sera: "Je veux bien, mais c'est toi qui parleras."
4. Tout cela suppose que la responsable de communauté ait confiance dans le travail et le discernement de la maîtresse des novices.
L'absence de confiance envers la maîtresse des novices est à l'origine de graves dysfonctionnements dans la formation, et cela peut être suicidaire pour le monastère. Dans beaucoup de cas il revient à la supérieure de nommer la maîtresse des novices. Si la supérieure n'a pas vraiment confiance en une sœur, qu'elle ne la nomme pas. Qu'elle prenne elle-même la responsabilité, même s'il est toujours anormal qu'une supérieure se charge aussi du noviciat. C'est toujours un pis aller qu'elle fasse les deux, mais cela vaut encore mieux que de mettre en responsabilité une moniale qui ne serait qu'un paravent commode ou qui serait regardée avec condescendance. Il serait très difficile à une novice d'accepter dans la foi une maîtresse des novices qui ne serait pas prise au sérieux par la responsable du monastère, et donc aussi par toute une partie du monastère. Dans ces conditions, les rencontres de la jeune avec la maîtresse des novices seraient rapidement vidées de leur contenu et le noviciat ne serait plus un lieu de service de l'Église. La charge de la formation est trop essentielle pour qu'on se contente d'approximations ou d'expédients. En particulier, le rôle de maîtresse des novices n'est pas une sorte de faveur que l'on fera à une sœur ; ce n'est pas, passez-moi l'expression, un os qu'on lui donne à ronger pour qu'elle soit un peu moins gênante ou un peu moins désagréable. On désigne une moniale qui est capable de faire le travail.
5. La confiance envers la maîtresse des novices ne dispense pas la responsable de vérifier que le noviciat, effectivement, fonctionne bien.
Et cela pour plusieurs raisons. Parce que, par exemple, la maîtresse des novices, qui mérite par ailleurs toute confiance, est toute nouvelle dans sa charge. Dans ce cas il peut être bon d'aller parfois au-devant d'elle, pour qu'elle puisse mieux analyser ce qu'elle est amenée à vivre et mieux comprendre la complémentarité entre responsable et maîtresse des novices. Par ailleurs, même pour une maîtresse des novices tout à fait apte à sa charge, des moments de fatigue ou des difficultés peuvent se présenter, qui lui échappent en partie. Ou bien encore on se trouve en présence de dissimulations de la part d'une novice, accompagnées parfois d'entreprises de dénigrement de 1a maîtresse des novices auprès des autres sœurs. Vous le savez, une novice qui se plaint de sa maîtresse trouvera toujours, malheureusement, au moins quelques oreilles attentives dans la communauté. Il faut donc que la responsable reste vigilante.
De plus, au noviciat, il n'y a pas que les dialogues de discernement, mais aussi toute l'organisation matérielle, les activités diverses, le travail, les services communautaires, toutes choses sur lesquelles la maîtresse des novices parfois ne garde qu'un regard lointain. Pourquoi? Parce qu'elle fait confiance, elle aussi. Avoir confiance n'équivaut pas à ne pas regarder ce qui se passe. Il doit y avoir des échanges un peu réguliers entre responsable et maîtresse des novices à propos de la programmation du noviciat, du contenu des interventions qu'on va réserver à la maîtresse des novices ou demander à telle ou telle sœur de la communauté, sur l'histoire de l'Ordre, sur le droit canon, sur la liturgie, sur la Bible, etc. Des échanges réguliers, également, sur l'ambiance du noviciat, sur les relations noviciat - communauté. À elles deux, elles peuvent mettre en place une instance d'évaluation qui sera de première importance pour la qualité de la formation donnée au monastère.
En cas de difficultés entre 1a maîtresse des novices et une jeune, c'est la responsable de communauté qui est le recours naturel et pas une autre. Ce n'est pas obligatoirement l'ancienne maîtresse des novices qui va être appelée en renfort, ni non plus telle autre sœur qui est ressentie comme étant plus "dans le vent" de la modernité : le recours normal c'est la responsable de communauté. Mais justement, elle ne pourra être un vrai recours que si, jusque là, elle est bien restée dans son rôle de responsable et n'a pas empiété immodérément sur le rôle de la formatrice.
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4° Sa relation avec la communauté
1. La communauté a des devoirs élémentaires vis-à-vis de la maîtresse des novices.
Ceci est parfois loin d'être compris dans nos communautés monastiques. La communauté doit prier pour celle qui a en charge la formation. Elle doit la soutenir efficacement par sa confiance et par le respect de son travail.
2. La maîtresse des novices, de son côté, a des devoirs envers la communauté.
Elle forme de nouvelles sœurs qui vont vivre dans cette communauté. Elle doit accueillir avec un a priori favorable les apports des sœurs capitulantes.
3. Sous l'angle négatif, il arrive que la maîtresse des novices soit critiquée en son absence, et même parfois devant des novices.
Il arrive aussi que telle ou telle sœur de la communauté prenne des initiatives de dialogue avec des sœurs novices ou postulantes, sans mandat de la responsable, et donc, évidemment, sans grâce d'état pour ce faire. Parfois même certaines paroles des capitulantes, prononcées lors des réunions de discernement, sont rapportées aux novices.
4. Tous ces comportements, parfois assez passionnels, entament le crédit de la communauté auprès des jeunes en même temps que le crédit de la maîtresse des novices.
Ces attitudes irresponsables compromettent plus ou moins gravement le travail des formatrices et l'unité communautaire. Ce sont des survivances du passé et d'un passé qui devrait être maintenant révolu, au début du troisième millénaire. Une réflexion fraternelle et l'amour de la communauté peuvent éliminer ces survivances rapidement. Dans quelques cas, il devient urgent que la responsable de la communauté y mette bon ordre une fois pour toutes, avec fermeté.
5. Dans certains cas, il se peut que des sœurs de la communauté estiment que la maîtresse des novices fait fausse route.
La solution alors, si une solution s'impose, ne réside pas dans la constitution d'un groupe de pression contre la maîtresse des novices, ni non plus un dénigrement de la maîtresse des novices et de son travail, mais une ouverture très constructive et très saine à la responsable de communauté. On va voir l'abbesse ou la prieure, pour lui parler franchement de la situation.
Parfois la communauté doit apprendre à peser ou à modérer ses reproches. On entend souvent dans les communautés cette critique, concernant la maîtresse des novices: "elle prend toujours la défense de ses novices!" Il se peut, effectivement, que ce soit devenu chez elle un réflexe un peu possessif: "mes petits sont mignons", comme le disait le poète. Mais c'est parfois une nécessité que 1a maîtresse de formation prenne un peu la défense de ses novices pour que celles-ci ne se sentent pas trop épiées et jugées. Certaines sœurs, qui manquent un peu de jugement ou de perspicacité, ont besoin, de temps en temps, d'être gentiment remises face à leur devoir, sinon, avec leur spontanéité et leur manque de nuances, elles pourraient faire et défaire dans la communauté la réputation des novices.
6. De doute façon, lors des votes communautaires, une sœur devra toujours se décider en fonction de sa conviction profonde, après avoir pris le temps de prier et de réfléchir sans passion, même si elle se sent seule de son avis.
7. Souvent, il suffit de clarifier les rôles de la maîtresse des novices et de la communauté, pour que tout se passe à un vrai niveau fraternel et au mieux pour les sœurs en formation.
- Lors des réunions de discernement
Sous l'angle précis du discernement concernant les vocations, ce qui est demandé aux sœurs de la communauté, c'est d'apporter leur avis, à partir de ce qu'elles ont constaté, entendu, perçu, entrevu. Cet apport des sœurs de la communauté est essentiel et irremplaçable : il est toujours partiel.
Il est partiel, et les sœurs de la communauté doivent accepter qu'il en soit ainsi. Bien des sœurs, qui ont un certain charisme psychologique ou spirituel, aimeraient pouvoir faire tout le discernement par rapport à une novice. Ce qui va leur être demandé, c'est d'apporter leur avis, pas moins et pas plus: un discernement complémentaire de celui mené par la maîtresse des novices;
Mais l'apport des sœurs de communauté est essentiel, justement parce que c'est un avis qui va reposer uniquement sur des faits objectifs. L'Esprit Saint veut se servir de cette gerbe de discernements partiels. Ces discernements, même partiels, seront parfois très pertinents. Certaines remarques faites par des sœurs toutes simples, mais douées d'un grand bon sens et en même temps remplies de miséricorde, font parfois progresser beaucoup l'évaluation et viennent corroborer utilement le discernement opéré par la prieure et la maîtresse des novices.
C'est un discernement irremplaçable que celui des soeurs de communauté, parce que beaucoup de secteurs échappent à la maîtresse des novices. L'ardeur au travail et le jugement pratique, la collaboration avec les autres sœurs les heurts, les allergies, les rivalités, les services spontanés : bien des choses restent ignorées de la maîtresse des novices, justement si elle veut laisser à la novice son espace de liberté. Or une personne se révèle surtout lorsqu'elle n'éprouve pas le besoin de se surveiller. Quand elle est en présence de la maîtresse de formation, la novice peut garder des réflexes salutaires ; mais quand elle se retrouve dans un autre secteur du monastère ou face à une autre novice, les réflexes ne sont peut-être pas toujours aussi évangéliques.
- Hors des réunions de discernement
Il est très souhaitable que les sœurs de la communauté puissent aborder en toute confiance la maîtresse des novices pour lui dire : " J'ai remarqué ceci, qui me semble se répéter dans la vie de notre jeune sœur; j'ai été témoin, une fois, plusieurs fois, de telle scène, de tel comportement. Je te dis cela parce que tu es maîtresse des novices; tu en feras ce que tu jugeras bon. À toi de voir".
La maîtresse des novices essaiera de toujours accueillir favorablement de telles démarches, si elles ne sont pas trop répétitives, bien sûr. Même si le tempérament de la sœur capitulante colore ou, éventuellement, fausse un peu ce qu'elle croit devoir apporter, la maîtresse de formation essaiera toujours de recevoir avec gratitude ce qui lui est apporté ainsi: " Je te remercie vraiment ; ce que tu m'apportes là sera précieux pour le discernement." Mais (et cela est si important !) la sœur qui fait la démarche ne doit pas s'attendre à une réciprocité de la part de la maîtresse des novices. La maîtresse de formation n'a pas du tout à abonder dans le sens de ce qui lui est apporté: elle n'a pas de confidences à faire à une autre religieuse sur sa novice, encore moins sur les conclusions auxquelles elle est arrivée dans son discernement.
Évidemment, la maîtresse des novices n'ira pas répercuter auprès de la novice la chose qu'on lui a confiée, ni par citation directe, ni non plus par allusion, ce qui serait pire que tout.
Seules les formatrices ont grâce d'état pour mener avec 1a jeune des dialogues qui engagent celle-ci profondément, surtout quant à son passé, quant à ses expériences et quant à ses souffrances présentes au monastère. Si une sœur en formation, d'elle-même, en conversation privée, aborde avec une sœur des points qui touchent de près ou de loin au discernement de sa vocation ou de son vécu communautaire, il est bon, sans la brusquer, mais avec des paroles nettes, de la renvoyer à sa maîtresse des novices.
Parfois des jeunes, de manière imprévisible, se déchargent d'une souffrance en la confiant, avec larmes ou sans larmes, à une aînée. Comment gérer cela ? Là encore, une confidence est une confidence. Ce qui est sorti du cœur de la jeune en désarroi est à traiter, en règle générale, comme une confidence. La sœur de communauté pourra avertir la maîtresse des novices en disant, par exemple: "La jeune novice, en étendant le linge, tout d'un coup est partie à pleurer; elle m'a sorti un tas de choses. Naturellement je ne te redis pas ce que j'ai entendu, mais je tiens à te dire qu'elle a pleuré longuement". Là, tout est en place. La sœur de communauté a répercuté le fait que la jeune novice s'est laissée aller à des confidences, mais elle n'a pas trahi ces confidences. Bien évidemment, la jeune novice va revoir cela avec sa maîtresse, mais elle sera heureuse de constater que ce qui lui a échappé dans un moment de désarroi est resté secret, que cela été bien perçu comme une confidence involontaire. Elle sera profondément reconnaissante à cette sœur aînée d'être restée discrète, absolument discrète.
Dans bien des cas, donc, il est bon, sans brusquer une jeune, mais sans tergiverser, de la renvoyer à sa maîtresse des novices, quitte à motiver spirituellement l'effort qui lui est demandé: "Tu sais, le Seigneur ne pourrait bénir un échange que nous aurions maintenant. La lumière ne peut te venir qu'en dialogue avec ta responsable."
Ceci est vrai en particulier, pour les sœurs qui apportent leur concours à la marche du noviciat. Au cours, par exemple, d'une petite causerie au noviciat, elles auront à répondre à beaucoup de questions des jeunes. Mais quand les incidences des questions deviennent trop personnelles, sans panique et sans raideur elles doivent réorienter 1a jeune vers celle qui a mission de la former : " Je peux te répondre sur l'aspect historique ou l'aspect théologique; au-delà, pour ce qui peut te concerner toi-même personnellement, je te renvoie à ta maîtresse des novices." De telles mises au point peuvent s'avérer très constructives pour les jeunes sœurs, parce qu'elles se rendent compte que le respect des rôles fonctionne bien dans la communauté.
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5° Sa relation à elle-même
Il nous faut regarder, en terminant, la maîtresse des novices face à elle-même, face au grand désir qui l'anime ou à l'image d'elle-même que la vie lui renvoie.
Dresser le portrait idéal de la formatrice serait à la fois désolant et stérile. Mieux vaut la rejoindre dans le quotidien de sa tâche, confrontée à des équilibres parfois difficiles à trouver et à garder, mais pleinement vouée au Christ Seigneur dans le service d'Église qui lui est demandé
Une aventure spirituelle
Quand elle reçoit la charge, la maîtresse des novices ne peut qu'être heureuse de la confiance qui lui est faite par la prieure et la communauté; mais elle prend conscience, plus encore, de commencer une nouvelle aventure spirituelle et d'aborder, les mains vides, une œuvre qui la dépasse. Elle va, en effet, collaborer avec Dieu Père, qui veut faire de ses filles moniales des femmes adultes, des baptisées convaincues, des consacrées heureuses. Elle laisse grandir en elle les réflexes de Jésus Pasteur, qui connaît par son nom chacune de celles qui le suivent. Elle va s'imprégner des lenteurs et des hâtes de l'Esprit, qui renouvelle chacune avec force et douceur.
Cette certitude d'entrer dans l'œuvre de Dieu Trinité et d'être appelée, dans son travail et par son travail de formatrice, à une amitié toute nouvelle avec le Christ, s'accompagne souvent d'une crainte : celle de n'être pas à la hauteur de la mission, de ne pas savoir comprendre les jeunes et gérer leurs attentes et leurs crises. Il est vrai qu'aucune sœur n'est jamais totalement préparée à cette tâche et que des aptitudes seulement intellectuelles n'y suffiraient pas. Le service de la formation réclame en plus des qualités d'écoute, d'empathie et d'objectivité, qui pourront s'affiner avec l'expérience, mais que l'on doit avoir déjà discernées chez celle qui commence. De cela, certes, la maîtresse des novices ne peut être juge pour elle-même, mais elle peut raisonnablement faire confiance à celles qui la connaissent et qui l'ont estimée apte.
"Le poids du jour" (Mt 20,13)
La maîtresse des novices nouvellement promue ressent très vite la nécessité de s'en remettre pour tout à la force et à la fidélité du Seigneur qui l'envoie, car il lui faut porter en même temps des responsabilités de plusieurs niveaux qui souvent vont la dépasser. En effet ce sont les novices, et non pas elle-même, qui détiendront la clef de leurs problèmes et de leur évolution.
1. La maîtresse des novices doit déjà assumer sans timidité ni complexe le rôle qui lui est confié et qui la situe dès le premier jour autrement dans la communauté, à côté d'autres sœurs parfois très compétentes dans leur spécialité, ou en relation avec d'autres formatrices dans les groupes d'internoviciat. Elle se retrouve, surtout, en dialogue avec de jeunes femmes qui peuvent lui être supérieures dans un domaine ou un autre : intellectuel, culturel, manuel ou artistique. Il lui faudra rester simplement elle-même, sans occulter ses lacunes humaines, sans les majorer ni les ramener sans cesse au premier plan, mais sans rien abdiquer ni brader de ce qui relève de sa charge.
Parfois c'est la responsable de communauté qui oubliera la complémentarité indispensable des rôles et qui interviendra maladroitement ou abusivement, court-circuitant le travail de la formatrice. À d'autres moments, ce sont les capitulantes qui s'immisceront sans mandat dans la vie ou la gestion du noviciat. Ou bien encore certaines novices, cessant de vivre dans la foi la relation que l'Église leur offre avec cette formatrice, voudront recréer leur propre environnement et exclure celle qui a mission de les entendre.
Dans tous les cas semblables la maîtresse des novices devra garder le cap, humblement et fermement, sans se laisser déposséder ni marginaliser, parce que la dynamique communautaire et l'authenticité même de la formation réclament une saine autonomie de la formatrice.
2. La maîtresse des novices est amenée également porter et à gérer l'affectivité des sœurs en formation. La tâche est facilité si les sœurs sont suffisamment claires avec elles-mêmes et droites dans leur parole lorsqu'elles abordent leur histoire affective. Mais même la novice la plus ouverte vit des moments ou des périodes où les souvenirs oppressent, où les mots manquent pour dire la souffrance, où les révélations deviennent douloureuses. Parfois une novice hésite longtemps à livrer une confidence qu'elle sait nécessaire, mais dont elle pressent l'importance pour le discernement de sa vocation. D'autres s'en tiennent à un demi-mutisme, soit parce qu'elles ont fonctionné ainsi depuis longtemps, soit, inconsciemment, pour contraindre la maîtresse des novices à un investissement supplémentaire dans le dialogue.
Certaines novices s'attendent à vivre simplement une amitié avec la formatrice et s'étonnent que celle-ci ne se laisse pas aller à la réciprocité dans les confidences. D'autres fois c'est la maîtresse des novices qui, se sentant en affinité avec la novice, risque d'oublier que son rôle crée nécessairement, non pas une distance, mais une dénivellation, et que le dialogue est toujours orienté vers le discernement, et vers la vérité que la novice doit faire sur elle-même. La formatrice fausserait tout si elle racontait sa vie, si elle se disait au lieu de rester à l'écoute.
Plus difficile à discerner et à canaliser est l'affectivité que la novice reporte ou fixe sur sa maîtresse de formation. Celle-ci a beau savoir que c'est une réaction en partie inévitable, elle peut se sentir déstabilisée par la force de ces sentiments de la novice, par leurs manifestations parfois imprévisibles, et par la violence des jalousies qui naissent chez la novice et parmi ses compagnes. Les progrès d'une novice en maturité affective ne se décrètent pas par des consignes et ne s'effectuent pas uniquement à coups de volonté. Même quand la générosité est évidente, l'équilibre peut se faire attendre plusieurs mois, et la communauté peut mal comprendre et s'impatienter. Quand la situation perdure en dépit des mises au point, la maîtresse des novices doit puiser sa force dans le Seigneur, qui ne juge pas selon les apparences et ne rejette pas les cœurs brisés. Car sa fermeté doit rester douce et son exigence compréhensive.
À d'autres moments, au contraire, la formatrice subit l'agressivité de la novice, qui l'accuse d'incompétence, de partialité, ou d'incohérence personnelle avec ce qu'elle enseigne. La novice peut se sentir frustrée de n'être pas l'unique, mécontente de devoir cheminer au milieu d'un groupe forcément très divers, déçue de ne pouvoir plier la maîtresse des novices à ses vues et à ses désirs. Dans un monastère où les vocations se font rares, la novice peut aussi être tentée de faire chanter la maîtresse de formation par des menaces de départ, qui retentissent nécessairement dans la communauté, et donc sur le crédit qui est fait à la maîtresse des novices. Même les meilleures formatrices peuvent être ainsi critiquées par les sœurs du noviciat. La maîtresse des novices doit pouvoir remettre ces mouvements d'humeur dans leur contexte et demeurer paisible, remettant au Christ Pasteur toute image d'elle-même. C'est avec la même sérénité qu'elle pourra, éventuellement, faire des excuses ou demander pardon s'il lui est arrivé de se montrer injuste ou de s'emporter.
3. Très vite la maîtresse des novices prend la mesure de la complexité du cœur humain et de l'effort que représente pour les jeunes leur cheminement spirituel. En dialogue avec les novices, elle est témoin des "grandes choses" (Lc 1,49) accomplies par l'Esprit, et bien souvent elle rend grâces des conversions inespérées auxquelles consentent les sœurs, à mesure qu'elles deviennent vulnérables à la parole de Jésus. Pourtant il arrive que des pesanteurs persistent, que des blocages demeurent dans la vie fraternelle, et que la spontanéité dans l'obéissance tarde à venir. En dépit de son amour du Christ et de sa volonté d'entrer dans son œuvre, la novice peut rester engluée dans des difficultés affectives, elle peut être reprise par des revendications d'autonomie ou ralentie douloureusement dans sa marche vers une chasteté adulte. Tout cela, en elle, est vrai à la fois, l'admirable et le regrettable, et la formatrice, prenant en compte sans étonnement excessif ce mélange du bon grain et de l'ivraie, doit rejoindre les longues patiences de Dieu. C'est cette écoute de la vie et ce respect des rythmes personnels qui lui donneront lucidité et assurance pour parler sans détour, pour avertir à temps, et pour apporter son évaluation à l'approche des échéances du noviciat.
4. Confrontée de la sorte à la lenteur des évolutions, la formatrice doit aussi assumer toutes les incertitudes du discernement, car, encore une fois, c'est la novice, et non pas sa maîtresse, qui détient les clefs de son monde intérieur. Les découvertes, les prises de conscience et les conversions ne sont jamais programmables, et la formatrice ne peut mieux faire que d'accompagner en cela le travail de l'Esprit, sans toujours savoir sur quoi déboucheront les efforts de vérité que la jeune consent avec courage.
Porter dans la durée des interrogations sans pouvoir hâter le moment de la lumière, c'est un des aspects les plus éprouvants du rôle de la formatrice. Et c'est aussi à elle surtout qu'il revient de prévoir de nouveaux délais quand une novice ne semble pas encore suffisamment paisible et heureuse pour prononcer ses engagements. Or elle sait que sa décision va susciter la chagrin chez la jeune, l'inquiétude chez la prieure, et souvent l'incompréhension d'une partie de la communauté. Il lui est bon, alors, de se rappeler qu'elle n'est pas chargée de réussir à tout coup et à tout prix, mais de faire auprès d'une jeune le travail du Seigneur.
5. La confiance que les jeunes, avec un bel esprit de foi, font à la formatrice constitue pour celle-ci une aide indispensable, mais aussi un réconfort et un encouragement dans la relative solitude que sa charge lui impose. Mais cette ouverture même peut s'avérer onéreuse pour la formatrice, car les confidences sont parfois lourdes à porter. Tant que les novices retracent le chemin de Dieu dans leur vie, il est facile de rendre grâces avec elles; mais elles peuvent aussi apporter des tranches de vie ou des expériences qui vont rendre plus malaisé le discernement de leur appel; et il leur arrive d'évoquer des troubles que la maîtresse des novices n'a pas connus, ou au contraire des souffrances qui ont laissé en elle aussi des cicatrices mal fermées. La maîtresse des novices doit pouvoir tout entendre sans se départir de son calme et de sa bienveillance; mais bien des fois il lui faudra emporter dans le silence et reprendre dans la prière des faits, des perceptions et des interrogations qu'elle aura besoin de clarifier, de vérifier, ou tout simplement de pouvoir accueillir. Car la discrétion absolue qu'elle doit aux jeunes l'empêchera de faire écho, même lointainement, aux données qui lui sont parvenues par le for interne.
Seule une supervision de son travail de formatrice avec une personne compétente étrangère au monastère lui permettra, de loin en loin, d'améliorer ses réflexes et d'affiner son discernement.
6. Pèse également sur la maîtresse des novices la nécessité de montrer l'exemple dans tous les secteurs, spécialement en ce qui touche la prière, la vie fraternelle, le dévouement à la communauté et la maîtrise de la parole. Le crédit de la formatrice auprès des jeunes passe par ces fidélités élémentaires, et dans tous ces domaines la maîtresse des novices peut se sentir tout aussi démunie et vulnérable que n'importe quelle sœur. Les efforts qu'elle va maintenir à longueur de semaines, s'ajoutant aux tensions et à l'insécurité inhérentes à sa charge, amèneront quasi fatalement des périodes de plus grande fatigue, qu'elle devra gérer sans complexe, en dialogue avec la responsable de communauté. La sagesse lui conseillera de casser à temps cette fatigue, et l'un des premiers exemples qu'elle aura à donner est celui d'une femme adulte, capable de reconnaître ses limites, de gérer intelligemment sa santé, et d'éviter dans sa générosité le piège de l'absolu.
Tissée de son passé
L'une des évidences qui s'imposent très vite à la maîtresse des novices, c'est que sa mission la renvoie à sa propre histoire.
Et en premier lieu à son histoire affective.
Elle ne peut guider de jeunes femmes dans cette refonte évangélique du cœur que constitue le noviciat si elle-même ne se connaît pas ou ne se comprend pas suffisamment, si elle n'est pas réconciliée avec son propre passé, si elle n'est pas encore capable de s'aimer, comme adulte et comme femme, telle qu'elle est, telle que la vie l'a faite.
Heureusement, de plus en plus l'habitude se prend, dans les monastères, avant de confier à une moniale la responsabilité de la formation, de lui offrir, pendant quelque temps, la possibilité d'une anamnèse de sa vie, en dialogue avec une personne formée pour cela. Rien ne la prépare mieux à l'écoute que d'avoir trouvé elle-même les mots pour dire l'histoire, les joies, les remous et les souffrances de son propre cœur , et d'avoir fait elle-même un parcours de vérité concernant ses désirs, les réussites engrangées et les frustrations qui demeurent. Pour comprendre de l'intérieur les difficultés ou les révoltes de ses sœurs, il est nécessaire qu'elle ait revisité objectivement, hors de tout climat de culpabilité, ses relations avec ses parents et la manière dont elle vécu au sein de sa fratrie, mais aussi ses découvertes progressives de l'amitié ou de l'amour, de la collaboration et de la rivalité, et les étapes majeures de sa formation intellectuelle, professionnelle ou artistique.
Elle saura ainsi par expérience que la connaissance de soi n'est pas une opération qui se fait sans reste et que la lumière totale sur soi-même serait un leurre. Elle aura pris conscience que devenir adulte, ce n'est pas réussir à éliminer toute angoisse, mais apprendre à vivre paisible et heureuse même avec un fond d'angoisse résiduelle.
Connaissant mieux ses limites, mais aussi accueillant mieux son désir de vivre et de faire vivre, elle ne sera pas tentée d'identifier de jeunes chrétiennes à leurs misères ni à une période de leur vie. Elle travaillera, au contraire, à les convaincre qu'aucune fatalité ne pèse sur une femme résolue, qui puise sa force dans le Seigneur et qui garde sous les yeux ce qu'elle peut et veut librement devenir.
Grandir en liberté intérieure, cela suppose en effet à la fois une capacité d'anamnèse et une capacité de prospective, et à chaque moment de son parcours humain et spirituel la novice aura besoin d'aide pour consentir en même temps à revenir à ses sources et à se projeter dans l'avenir.
Avant d'assumer sa mission, la maîtresse des novices a été amenée également à objectiver son histoire spirituelle.
Dans l'action de grâces elle a pu parcourir de nouveau, comme un chemin de bonheur, les étapes de sa vie avec le Seigneur de son baptême. Les grâces de lumière, les moments de certitude, l'expérience de la présence du Christ et de sa miséricorde, les joies de la prière et les alternances de fidélités et de conversions, tout cela, au long des années, a fortifié en elle le tissu de l'Alliance. Aux jours de retraite, mais aussi à des tournants imprévus de la vie quotidienne, elle se surprend à improviser un cantique à la louange de Dieu Père, pour tout ce dont il l'a protégée, sauvée et guérie. L'Esprit a su inverser dans le sens de la vie des forces qui pouvaient la mener au malheur, et il peut mettre maintenant au service du Royaume des moments du passé qu'elle a vécus sous le signe de l'épreuve, mais qui ont fait grandir en elle sa puissance de compassion. Si bien que le Christ Sauveur peut lui demander à présent de donner même ce qu'elle n'a pas reçu, car il transforme pour elle en charité active ce qui lui a manqué d'écoute, de compréhension et de tendresse.
À aucun moment la maîtresse des novices ne voudra s'appuyer sur ce passé de grâce pour se permettre la moindre suffisance, car elle reste bien consciente que son salut n'a pas été son œuvre, même si, généreusement, elle y a collaboré. Elle sait aussi que demeurent en elle bien des zones de fragilité, bien des inachèvements et des tentations de lassitude, et ses dialogues au noviciat lui montrent très vite que sa propre expérience spirituelle ne peut devenir normative pour les jeunes qu'elle a mission de former. Moins elle fait état de son vécu, mieux cela vaut. Cela coupe court, chez certaines novices, à toute tentation de mimétisme, et à d'autres cela évite l'impression désagréable d'être "ramenée au cas" de la formatrice.
De toute façon l'histoire spirituelle de la maîtresse des novices se poursuit, dans l'aujourd'hui de l'Église et de sa communauté, et la tâche qui lui est confiée requiert d'elle chaque jour une nouvelle transparence au regard du Pasteur et une nouvelle vulnérabilité à sa parole.
Dans bien des cas une maîtresse des novices qui vient d'être désignée à ce poste sent la nécessité de revenir sur son histoire monastique, afin de mieux se situer et de mieux cibler ses efforts.
Car elle a dû, elle aussi, s'accoutumer progressivement à la vie conventuelle, parfois à travers des révoltes intérieures et des turbulences affectives. De plus le travail qu'elle assume auprès des novices lui révèle rétrospectivement des manques de liberté dont elle a souffert à son insu. Mieux éclairée maintenant, il lui faut trouver le courage de ratifier ses engagements lorsqu'elle découvre que ses motivations ont pu être imprécises ou même partiellement immatures.
Parce qu'elle a besoin de travailler dans la paix, elle va tenter, dans la communauté, de restaurer autour d'elle la confiance, pour autant que c'est en son pouvoir (Rm 12,18), et elle se préparera, dans la prière, à de nouveaux pas de réconciliation, spécialement avec les compagnes de sa jeunesse religieuse, que sa nomination a pu surprendre ou attrister. La place nouvelle qu'elle occupe dans la communauté et les responsabilités qu'elle a vis-à-vis des plus jeunes l'amèneront aussi à quitter, sans faiblesse ni brusquerie, des situations de compromis ou de facilité dont elle a pu s'accommoder auparavant.
Mais c'est avec la responsable de communauté que les dialogues seront à la fois les plus nécessaires, les plus féconds et les plus onéreux. Car elle ne pourra se résigner, dans ce domaine, au flou ou au non-dit. Les rôles respectifs doivent être précisés, et s'il le faut réévalués, dans la franchise, et cela réclame beaucoup de courage et de liberté intérieure à une maîtresse des novices, qu'elle soit commençante ou chevronnée. Souvent seules la prière et l'union à Jésus Pasteur lui permettront d'unir harmonieusement l'obéissance et la nécessaire autonomie, la droiture et le tact, le souci de vérité et la confiance. Dans leurs différences, les deux moniales responsables peuvent vivre, ensemble, un très beau service de l'Église et une très solide amitié; mais il faut qu'elles consentent à y mettre le prix.
L'équilibre dans le mouvement
Affermie sur ses bases humaines par l'anamnèse de son passé, fortifiée par "la vérité qui rend libre" (Jn 8,36), la maîtresse des novices peut aborder plus sereinement la mission qu'elle reçoit de son Seigneur par la médiation de l'Église.
Mission nécessairement évolutive, en ce début de millénaire où les femmes sont en quête d'une vraie reconnaissance et de nouveaux équilibres. Dès aujourd'hui les jeunes femmes qui aspirent à la vie du Carmel y apportent les interrogations d'une société déstabilisée et d'une Église en pleine recherche. Quand elles commencent le discernement de leur vocation elles manifestent déjà des différences importantes par rapport même aux plus jeunes de leurs aînées, tant du point de vue culturel que dans le domaine relationnel et affectif. Les formatrices doivent se dire, avec courage, que ces mutations sont pour la plupart irréversibles, et qu'il ne peut être question d'exhumer du passé un âge d'or de la femme consacrée, car cet âge d'or est à venir, et donc à préparer avec ardeur et réalisme. Les jeunes femmes du nouveau millénaire surprendront souvent leurs formatrices par leurs réflexes quotidiens ou leurs approches de la foi; mais tout autant que leurs aînées elles sont des filles de Dieu immensément aimées, et créées, en tant que femme, à son image.
Dans le domaine du discernement et de la formation, rien n'est jamais écrit d'avance, aucun modèle n'est figé ni purement réitérable, et l'art de la maîtresse des novices consiste à trouver, à la lumière de l'Évangile, l'équilibre dans le mouvement.
Au long des mois elle garde intacte sa patience, mais donne toute sa densité au temps qui passe, en précisant les objectifs et en veillant aux nécessaires évaluations.
Elle fait place à la progressivité, mais elle a le courage de parler à temps quand des dérives risquent de s'installer.
Elle planifie, mais avec souplesse, écartant à la fois la trop grande rigueur et la fantaisie.
Elle aide les jeunes à ressaisir leur passé, mais tout autant à penser leur avenir en termes de fidélité et à vivre dans l'aujourd'hui la solidarité et l'alliance fraternelle.
Elle accepte, parce que tel est son rôle, de tout garder en mémoire, mais ne ferme jamais pour une novice l'horizon de l'espérance.
Capable de donner sans lassitude son écoute et sa bienveillance, elle sait aussi se garder de tout attachement captatif et de toute mainmise indiscrète ou étouffante.
Pleinement investie dans sa tâche, elle s'efforce de demeurer libre à l'égard des résultats, sachant que la vérité, même douloureuse, ouvre toujours un chemin de vie, et que rien ne sera perdu de ce qui donné avec amour.
Enfin elle consent à manger chaque jour à la table des pauvres, et à recevoir la lumière et la force du seul Seigneur qu'elle invoque dans sa prière :
Jésus Pasteur, qui nous conduis toutes aux sources de l'eau vive,
à moi, ta servante, ton amie, qui épouse ton destin et ton œuvre,
tu as confié une part de ton troupeau
pour guider vers toi mes sœurs que tu appelles par leur nom.
Assure-moi chaque jour le réconfort de ta présence
pour que je puisse, en ton nom, réconforter
celles qui peinent sur le chemin de vérité (2 Co 1,3s).
Donne-moi, par ton Esprit, "une bouche et une sagesse" (Lc 21,15),
les mots pour dire la vie et le tact pour apaiser et convaincre.
Donne-moi ton regard, ton écoute, ta soif de faire vivre,
la force et la douceur de tes mains qui guérissent.
Aide-moi à te livrer ma vie,
à donner sans compter mon temps, ma fatigue, mes alarmes,
à entrer dans ton œuvre "rien que pour aujourd'hui",
sans rechercher pour moi ni réputation ni privilège,
ni gratitude ni affection.
En dépit de mes limites et de mes maladresses
fais vivre, toi, mes sœurs, selon ta parole (Ps 119,25)
et fais-moi vivre pour la servir (Ps 119,154).
Accorde-moi d'assumer cette tâche comme une preuve de mon amour,
sans lassitude ni doute ni tristesse,
sur le chemin d'alliance
où tu me renouvelles chaque jour ton amitié.
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