Lc 1,26-38
² Gabriel est venu au village...
"Ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre la force; ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l'on méprise, voilà ce que Dieu a choisi: ce qui n'est pas, pour réduire à néant ce qui est"(1 Co 1,27s). Nulle part cette disproportion entre Dieu et les moyens qu'il choisit n'éclate mieux que dans le cas de la Vierge Marie.
En Galilée tout le monde plaisantait sur Nazareth: "De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon?" (Jn 2,45); et c'est Nazareth que Dieu choisit comme charnière de l'histoire du monde!
Marie envisageait de rester vierge, affrontant d'avance le mépris qu'à l'époque on vouait aux femmes stériles; et c'est à elle que Dieu envoie Gabriel pour lui dire: "l'être saint qui naîtra de toi sera appelé Fils du Très-Haut".
Dieu fait du nouveau, du surprenant, de l'inouï; et le plus admirable, dans l'attitude de Marie, c'est qu'elle rejoigne si vite le plan de Dieu, sans se laisser écraser par sa pauvreté. Elle s'étonne, certes, de s'entendre appeler "pleine de grâce, plus bénie que toutes les autres femmes"; mais il lui suffit que l'Ange lui dise: "tu as trouvé grâce auprès de Dieu" pour que toutes ses craintes s'évanouissent: elle a reconnu le programme de toute sa vie!
Que cherchait-elle, en effet, jeune fille inconnue d'une bourgade méprisée? - simplement à rester disponible de cœur et de corps pour attendre l'heure de Dieu. Sa grande force, sa seule force, c'est que d'avance elle s'apprêtait à laisser faire Dieu; "car à lui rien n'est impossible". Vienne le dénuement de Bethléhem, vienne la Croix de Jésus, la certitude du premier jour la soutiendra: "Ne crains pas, Marie: tu as trouvé grâce auprès de Dieu."
² Aux heures de joie comme aux jours sombres, Marie n'a jamais cessé de compter sur Dieu; et le secret de son espérance, elle le livre dans le Magnificat, en une formule qui résume à la fois l'Ancienne Alliance et les découvertes spirituelles de sa jeunesse fervente: "Il se souvient de son amour".
Dieu sait, Dieu se souvient, Dieu aime: cela suffit au bonheur de Marie et à sa paix. Dieu s'est tellement souvenu de la Mère de Jésus qu'il a fait d'elle une servante-reine, comme un vivant rappel de son choix, qui est de faire des merveilles dans notre pauvreté. Et désormais les grâces de salut pour le monde entier passent par le cœur de cette femme de chez nous.
Mais plus Dieu la veut reine, plus elle se veut servante; et c'est pourquoi Marie ne s'impose dans la vie de personne: elle est là, discrète et efficace, au ciel comme à Cana, sans quitter l'ombre de l'Esprit, prête à répondre à tous les humbles qui l'appellent, prête à louer Dieu avec tous ceux qui l'invoquent, et redisant à tous ceux qui souffrent le secret de sa mission, si consonant au secret de sa vie: "Je suis la Mère de la sainte espérance".
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