"Si tu le veux, tu peux me guérir"
Mt 8,1-4
² Les
lépreux, en Israël comme dans tout le monde antique, étaient bannis de la
communauté des hommes. Ils devaient séjourner à l'extérieur des villes et
pouvaient tout au plus mendier aux portes. Pire encore que cet isolement
social, les lépreux devaient supporter la réprobation des gens, qui les
considéraient comme punis par Dieu et les rendaient en quelque sorte
responsables de leur propre malheur.
Détresse physique, solitude morale, abandon par la
communauté : toute la misère du monde dans la vie d'un même homme.
² Le voilà prosterné devant Jésus:
"Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier !" Tu as pouvoir sur le
malheur et sur le mal: il te suffit de vouloir, et je retrouverai ma joie de
vivre,
ma place dans la cité,
mon honneur d'homme et de croyant.
Jésus étend la main. Il veut toucher l'intouchable, et
faire sauter tous les tabous. Il veut que l'homme sente une main fraternelle
posée sur lui.
Et le lépreux entend ces mots, qu'il avait lui-même
soufflés à Jésus: "Je le veux, sois purifié!" Une seule parole du Christ
suffit pour effacer la souffrance,
pour renouer tous les liens détruits par le malheur.
² Mes sœurs, la parole du Christ, qui
sauve et qui recrée, n'a rien perdu de sa puissance. Aujourd'hui encore Jésus,
s'il le veut, peut nous guérir de nos lèpres,
- lèpres de l'intelligence: tous les slogans, les
ironies, les critiques superficielles, qui entament notre foi et nous ferment
au monde de Dieu;
- lèpres du cœur : les égoïsmes quotidiens, les
rejets, les intolérances, les haines cachées, et aussi toutes ces tristesses
qui nous détruisent et qui chassent la vie autour de nous.
"De tout cela, Seigneur, si tu le veux, tu peux
me guérir!". C'est là notre prière, audacieuse, confiante, les jours où
nous consentons à rencontrer le regard du Christ.
Le Seigneur pourrait nous répondre: "Je le veux ;
mais toi, le veux-tu ?
Es-tu
prête à reprendre ta place parmi les vivantes et celles qui donnent la vie ?
Es-tu
prête à servir à part entière, sans t'appuyer sur la pitié des autres?
Es-tu
prête à ne plus t'identifier à ta misère ?
Veux-tu
vraiment que je te redresse,
que j'illumine tes yeux,
que je guérisse ta mémoire ?
Es-tu
prête au pardon, es-tu prête à construire ?
Et
si tes forces reviennent, donneras-tu à ton Dieu le meilleur de ton temps,
le plus secret de tes joies,
le plus riche de ton cœur ?"
Seigneur, toi tu le sais: tu sais bien que je t'aime.
Seigneur, lave-moi, et je serai blanche plus que la
neige.
Seigneur, donne-moi de vouloir guérir !