Vieux habits et vin nouveau
Mt 091617
² Les choses vieillissent plus ou moins bien, et la
sagesse, souvent, consiste à s'en accommoder. C'est cette sagesse que
Jésus ressaisit et transpose, dans ses
deux paraboles, pour ouvrir le cœur des disciples à la nouveauté de son
Évangile.
² Les vêtements vieillissent mal. Même si l'on en prend
soin, vient le moment où ils se lustrent, se trouent, puis s'effilochent. On ne
peut que les repriser plusieurs fois, puis quand on les a usés raisonnablement,
on en change, veste pour veste, pull pour pull, sans faire de détail; Il serait
désastreux de tailler des pièces dans un vêtement neuf pour les recoudre sur un
vieux : à la première lessive, les déchirures seraient irrémédiables.
² C'est pourquoi ni Jésus ni sa
communauté n'ont tenté de découper des morceaux d'Évangile pour rajeunir et
sauver des interprétations de la Loi totalement incompatibles avec l'Alliance
nouvelle.
De même il ne peut être question,
dans les communautés chrétiennes, de sacrifier des forces de renouveau pour
prolonger artificiellement des expériences qui ont fait leur temps ou des
formes d'action que la vie a désertées ; sinon les communautés iront de
tensions en déchirures, et l'on aura hypothéqué gravement l'avenir de la
mission.
² La même sagesse spirituelle doit prévaloir dans la vie
spirituelle de chacun/e. Il faut savoir jeter, éliminer, remplacer, des
réflexes qui nous sclérosent, des options qui nous fixent sur la médiocrité,
des structures mentales qui nous détournent de l'Évangile, car dans ces
domaines, les compromis arrachent toujours le tissu de la fidélité.
² Le vin, lui, vieillit bien,
s'il est de qualité. Plus il est vieux, meilleur il est. On sait toujours quoi
faire du vin vieux, et le conserver n'est pas un problème. Les problèmes
apparaissent, au contraire, tous les ans, avec le vin nouveau. Les vieilles
outres ne résisteraient pas à la pression : si l'on veut garder du vin nouveau,
il faut investir dans des outres nouvelles. Et quand on a à la fois vin nouveau
et outres neuves, on n'a encore qu'une espérance de bon vin, car c'est le vin
vieux qui est bon, et il y faut du temps, de la patience et de l'amour.
² Une double sagesse est donc
requise du vigneron : ne pas minimiser la force du vin nouveau, et savoir
attendre qu'il tienne ses promesses. Quant à nous, qui recueillons directement
de Jésus le vin nouveau de l'Évangile, un discernement plus délicat encore nous
est demandé. Quelles outres allons-nous présenter au Seigneur ? Si les outres
de nos vendanges passées ont pris de l'âge, n'est-ce pas lui seul qui pourra
nous fournir des outres nouvelles, dignes de son vin ?
Et maintenant que le Christ nous donne à la fois son
Évangile et un cœur nouveau, rajeuni par sa miséricorde, saurons-nous, comme
Dieu, travailler avec le temps ? Certes l'Évangile, depuis le premier jour, est
"force de salut pour tout croyant", mais le bon vin, au goût de Dieu,
c'est l'Évangile qui a vieilli dans un
cœur .