D'où lui viennent cette sagesse et ces miracles ?
Mt 13,54-58
² Jésus lui aussi a connu ce que du point de vue humain
nous appellerions l'échec.
Il
était pourtant préparé, divinement préparé, à sa mission ; il n'était porteur
que d'un message de paix et de confiance, et sa parole était accréditée comme
parole de Dieu par les miracles.
² Mais Jésus ne pouvait ni ne voulait contraindre les
gens à croire en lui et à l'aimer, car cela, Dieu ne le fait jamais. Il nous
laisse la responsabilité de notre oui ; il nous laisse libres de notre amour,
sans jamais cesser de nous proposer le sien ; et il dépend de nous de boire
l'eau vive du bout des lèvres ou de nous y rafraîchir en abondance. À vrai
dire, il n'y a pas d'échec du Christ, mais des échecs de notre amour. Dieu
offre ; ses enfants refusent. Dieu veut le bonheur pour son peuple, et le
peuple préfère ses misères et ses pesanteurs. Et ce mystère de l'endurcissement
du peuple fait de tout prophète de Dieu un homme exposé à l'échec, comme on le
voit dans la vocation d'Ézéchiel.
Ce qui retenait les gens de Nazareth et des environs,
face au message libérateur de Jésus, c'est qu'ils connaissaient Jésus de longue
date. Il avait été leur compagnon de jeu ; il avait appris à lire la Torah sur
les mêmes rouleaux de la synagogue ; et on le voyait passer depuis quinze ans
dans les rues, quelques planches sur le dos ou des outils à la main.
On ne pouvait imaginer que la parole de Dieu, la force
de Dieu, étaient à demeure chez cet artisan Jésus, "reconnu en tout pour
un homme". Et puis, s'il avait fréquenté les écoles, ça se saurait ! Or on
connaissait bien ses cousines et ses cousins, Jacques, Simon, José, Jude : chez
eux, pas d'intellectuels. Sa mère Marie, elle aussi, était une femme toute
simple.
Bref, on n'imaginait pas que Dieu pût faire des
merveilles dans cette famille-là !
² Au fond,
cette difficulté qu'éprouvaient les gens de Nazareth, c'est celle que nous
rencontrons lorsque nous prenons conscience du mystère inouï de l'incarnation.
Jésus a tout pris pur tout sanctifier, notre chair
d'hommes, notre parole d'hommes, nos images d'hommes, et notre temps humain. Et
il nous arrive, à nous aussi, de ne pas reconnaître la visite ou l'invitation
de Jésus, parce qu'elles se présentent à nous à travers les paroles et les
gestes de l'Église, à travers des relais humains de Jésus, des instruments trop
visibles, trop connus, trop quotidiens.
Les Galiléens n'imaginaient pas que la sagesse et la
puissance de Dieu fussent présentes en Jésus de Nazareth et nous n'imaginons
pas que Jésus ressuscité puisse travailler puissamment et parler authentiquement
par son Église d'aujourd'hui, à travers des voix, des visages, des volontés,
que nous connaissons trop.
² Cette Église de Jésus, "d'où lui viennent cette
sagesse et ces miracles ?" Comment peut-elle revendiquer la lumière et la
force pour guider les hommes jusqu'à la vérité ? Comment peut-elle affirmer
l'autorité qui fait d'elle la gardienne de l'unité ?
Et de proche en proche la faiblesse de notre foi gêne
notre perception des sacrements de l'Église : d'où viennent à ces paroles et à
ces gestes, à ces symboles bien de chez nous, la lumière qui libère le cœur et
la force qui sanctifie ?
L'Eucharistie se
dévalue à nos yeux et dans nos cœurs. Bien qu'elle soit, comme tous les sacrements,
le salut en visibilité elle demeure en partie opaque. Entre les signes et la
réalité divine qu'ils annoncent, entre les sacrements et la grâce qu'ils
apportent, un espace reste, à franchir par la foi. L'étonnement des Galiléens
de Nazareth devant la sagesse et la puissance de Jésus rejoint notre étonnement
et notre adoration devant le mystère de l'Eucharistie ; et nous sommes amenés à
dire au Seigneur qui vient à nous : "Ce que je vois, ce que je touche, ce
que je goûte, rien de tout cela n'a prise sur ton mystère.
"Visus, tactus, gustus in te
fallitur,
sed
auditu solo tuto creditur"
La foi ne peut vraiment s'appuyer que sur la parole qu'elle entend :"Ceci
est mon corps ; ceci est mon sang".
"Credo quidquid dixit Dei
Filius.
Nil hoc veritatis verbo verius."
Je
crois ce que tu as dit, toi, le Fils de Dieu. Rien de plus vrai que ta parole
de vérité, rien de plus vrai que toi, Jésus de Nazareth.