A droite et à gauche
Mt 20,2131
² C'est la maman qui a fait la démarche, mais on peut
soupçonner les deux frères d'avoir eu, les premiers, des rêves de grandeur.
Pensez donc ! la droite et la gauche du Seigneur dans le Royaume à venir, quel
honneur pour la famille et quelle assurance pour le lendemain !
Réponse de Jésus : cela dépend du
Père, et de toute façon le partage de la gloire de Jésus suppose le partage de
tout son destin, y compris le baptême des souffrances, qui a commencé pour
Jésus
Le projet de préséance des deux
frères a, bien sûr, fait gronder les dix autres, comme toute volonté de
puissance dans une communauté humaine, mais Jésus en a pris prétexte pour une
catéchèse sur la vraie grandeur. Le premier réflexe du disciple de Jésus doit
être, non pas d'être servi et de faire sentir aux autres la moindre miette de
pouvoir, mais de servir et de livrer sa vie. D'un seul coup sont balayées
toutes les prétentions des deux frères ; mais surtout nous sommes ramenés au
quotidien de nos vies et à notre échelle des valeurs. Notre existence vaudra,
non par les charges que nous aurons occupées ou par les travaux que nous aurons
menés à bien, mais par la bonté que nous aurons semée et l'amour que nous
aurons "mis en œuvres", dans des conditions parfois paradoxales ou
apparemment révoltantes.
² Et cela va très loin dans notre vie et très profond
dans notre cœur. Jésus nous demande de dire adieu à tout réflexe de supériorité,
à tout désir d'autoréalisation comme à toute stratégie de puissance, et chacune
de nos journées doit se mesurer non pas au nombre de points gagnés dans la
communauté, mais au poids des occasions saisies de nous oublier pour le bonheur
des autres.
Aux disciples qui voulaient des
places spéciales parmi leur confrères, Jésus a rappelé avec douceur qu'il y a
des places à prendre tout près de lui pour le baptême des souffrances et pour
les services les plus humbles. À ceux qui voulaient jouer auprès de lui les premiers
rôles il a redit que la seule grandeur chrétienne est de se vouloir esclave,
par amour et pour aimer. Il a lui-même donné l'exemple, et s'est laissé clouer
sur une croix.
Notons quand même la réponse
extraordinaire des deux frères : Jésus leur a demandé :"Pouvez-vous boire
la coupe que je vais boire ?" Et sans hésiter un instant ils ont répondu
:"Nous le pouvons !", sachant bien qu'il s'agirait de souffrir avec
le Christ. Jésus n'a pas contesté ni récusé leur audace, qui était une belle
preuve de leur amour. Et de fait Jacques sera le premier à donner sa vie, puisque
le roi Agrippa I le fera martyriser dès l'année 44.
² C'est à un retournement complet, à une véritable métanoia qu'il nous appelle, et jusqu'à
la grande rencontre, la chose importante pour nous sera, non pas de remplir un
programme, mais de trouver du temps pour le bonheur des autres. À toutes nos revendications,
bien compréhensibles, mais encore trop humaines, Jésus répond ce qui s'est
gravé dans le cœur des disciples :"Parmi vous, il ne doit pas en être
ainsi".
Voilà le sens eucharistique de toute
existence consacrée : tout devient "offrande agréable", parce que
tout est ramené à cet amour du Seigneur et à la volonté du Père ; le
"nous" communautaire et le souci du rayonnement universel de
l'Évangile ont remplacé peu à peu dans notre cœur les désirs de grandeur et les
rêves de préséance. À tout moment un réflexe nous fait nous incliner devant
Dieu et redire :
"Voici la servante
du Seigneur !"