Le grain de sénevé et le
levain
Mt13,31-33
Le Règne de Dieu parmi les hommes commence toujours dans
la modestie, comme si Dieu avait décidé de nous faire travailler jusqu'à la fin
du monda avec des moyens disproportionnés, et de choisir "ce qui n'est pas
pour confondre ce qui est".
Le grain de sénevé ne paie pas de
mine : on en met des centaines dans un dé à coudre, et pourtant cette semence
si petite qu'elle rentre sous un ongle, dès qu'elle est confiée à la terre
devient vite un arbuste.
Ainsi en va-t-il de l'Église de
Jésus partout où l'Esprit Saint l'a semée. Elle commence dans un, deux ou trois
cœurs qui ont dit oui à l'œuvre de Dieu. Il suffit d'une poignée de témoins,
d'une poignée d'hommes et de femmes, des chrétiens ni plus riches ni plus forts
ni plus savants que les autres, mais qui acceptent de s'enfouir en terre
profonde, là où ils sont nés, ou encore là où le grand vent de la Pentecôte les
a dispersés.
Là où ils sont, là où ils tombent,
là où ils vivent et meurent, la parole de Jésus germe, la communauté de Jésus
grandit, se forme et se structure. Et tout cela, c'est l'œuvre de Dieu,
annoncée par Ézéchiel pour les temps du Messie :" Et moi, dit Dieu, ... à
la cime du grand cèdre je cueillerai un rameau, et je le planterai moi-même sur
une montagne très élevée ... il deviendra un cèdre magnifique. Toutes sortes
d'oiseaux habiteront sous lui. Et tous les arbres des champs sauront que c'est
moi, Yhwh , qui humilie l'arbre élevé et qui élève l'arbre humilié, qui fait sécher l'arbre vert et reverdir
l'arbre sec. Moi, Yhwh j'ait dit, je fais."
Et c'est ainsi que depuis deux mille
ans, l'un après l'autre tous les peuples du monde viennent s'abriter dans les
ramures de l'Église du Christ ; il y a un nid pour chaque peuple, et un seul
concert dans le grand arbre.
La force de cette croissance vient
de Dieu, de lui seul ; de même que le rythme de cette croissance, et aucun œil
humain n'a jamais vu la plante en train de grandir, tout comme aucun œil ne
voit lever la pâte quand elle est travaillée par le ferment.
Nous sommes parfois lents à nous
accorder aux lenteurs de Dieu, à comprendre que Dieu travaille avec le
temps, même et surtout quand le temps
presse ; et pourtant tous les retards de Dieu sont plus efficaces que nos
impatiences. Si Dieu patiente, c'est qu'il est sûr de réussir, de réussir
l'homme et le monde ; s'il ne bouscule rien, c'est qu'il a confiance dans le
levain, déposé une fois pour toutes dans la race des hommes, sa parole qui crée
et recrée, qui nourrit la foi et redonne l'espérance.
Aujourd'hui encore l'Évangile, en silence, travaille la
pâte humaine, le monde, l'Église, notre communauté, notre propre cœur. Même si
l'Église, un peu partout dans le monde, devient ou redevient minoritaire, même
si notre labeur missionnaire rencontre de nouvelles résistances, même si les
forces qui dominent le monde semblent étouffer la voix de Jésus.
Dieu, dans le Christ est déjà vainqueur, et tout notre
ministère se déploie sur le fond de cette victoire.
"Que votre cœur ne se trouble pas disait Jésus ;
vous croyez en
Dieu ; croyez aussi en moi".