Le semeur, c'est le Fils de
Dieu
Mt 13,18-23
²
Une
chose est certaine : la semence jetée est excellente, fiable à cent pour cent :
c'est la parole de Dieu capable de germer et de croître dans tous les cœurs
d'hommes.
Le semeur n'est autre que Jésus-Messie lui-même, qui désire la récolte
la plus belle possible, l'avènement universel du Règne de Dieu.
Et la parabole nous fait réfléchir sur cet avènement,
-
tout comme le semeur, dans les champs de Judée, mène à bien son travail dans
des conditions difficiles, le Règne de Dieu, avant la victoire, rencontrera
beaucoup de difficultés ;
-
tout comme le semeur prend ses champs comme ils sont, le Christ sème très
largement dans notre cœur, et s'attend à des résistances.
Les obstacles, en effet, sont
nombreux, qui pourraient nous empêcher d'entendre, d'écouter et de comprendre
la parole. Jésus énumère :
-
le
Malin,
-
les
tribulations et les persécutions, justement à cause de cette parole,
-
les
préoccupations, si présentes en ce monde, et la séduction des richesses.
² Nous, les disciples, avons donc affaire à forte
partie, mais nous le savons par expérience, et Jésus nous le rappelle : il faut
que nous gardions conscience des zones fragiles de notre cœur.
Il y a en nous des bords de chemin
trop souvent piétinés, où la parole court le danger d'être enlevée avant toute
germination.
Nous trouvons aussi en nous des
zones caillouteuses, où certains enthousiasmes sont encore possibles, mais vite
desséchés part la tentation du facile, de l'immédiat et du superficiel. Nous ne
parvenons pas à durer, parce que nous manquons de profondeur. Nous nous sentons
démunis devant l'épreuve, parce que nous n'avons pas de racines.
D'autres endroits de notre cœur
seraient, de soi, prometteurs et fertiles, mais des ronces épuisent le sol et
étouffent la parole : ce sont les réflexes du monde ambiant et nos crispations
sur l'avoir, le pouvoir et le faire-valoir.
² Reste notre bonne terre, où depuis longtemps Jésus
sème avec espoir parce que déjà il y a fait de belles moissons. Chaque jour il
l'aère et la rend plus meuble ; la parole qui y grandit l'améliore sans cesse,
et la moindre ondée de l'Esprit, le moindre geste de charité, lui redonnent sa
souplesse.
Tous les sacrements de l'Église sont ordonnés à la
fertilité de notre cœur. La réconciliation nous rend notre jeunesse d'âme et
chaque Eucharistie, où nous recevons le Corps et le Sang du Ressuscité,
réveille en nous les énergies de notre baptême et de notre confirmation dans
l'Esprit.
Aujourd'hui, pour s'unir davantage
au mystère de la Pâque de Jésus et recevoir en terre profonde la volonté du
Père, quelques-unes de nos sœurs ont désiré recevoir ensemble le sacrement qui
fortifie les malades et restaure le courage des disciples fatigués.
C'est un acte de foi en la présence
aimante de Jésus Seigneur, au-delà de tout sentiment, de toute impression, de
toute joie éprouvée, au moment où la prière devient malaisée et la nourriture
spirituelle plus intermittente.
C'est un acte d'espérance en la
fidélité de l'Époux, alors même qu'il faut oublier devant Dieu les moments où
notre terre a été caillouteuse, compacte, imperméable, les heures
d'inconstance, d'insouciance ou d'inconsistance, alors même qu'il faut renoncer
à prévoir les rythmes de la guérison, les périodes de soulagement ou les
petites rémissions sur la route de la vieillesse.
C'est surtout une offrande confiante
et courageuse au dessein rédempteur du Père, par laquelle nos sœurs, et nous
tous avec elles, rejoignent le but même de leur consécration, si souvent
renouvelée : "reproduire l'image du Fils bien-aimé" en son mystère de
souffrance et de gloire. Pour cette offrande, nous voilà tout entiers terre
profonde, et nous ne voulons voir que cela, parce que c'est cela seul que Dieu
regarde : le meilleur de nous-mêmes où il veut faire son œuvre.
En silence, accueillons son amour,
si personnel pour chacune, si unifiant pour la communauté ; communions à sa
joie près du Père ; rencontrons son regard.