Le levain dans la pâte

Mt 13,31-35

 

 

 

 

 

 

 

 

²               Le Royaume de Dieu n'est pas un territoire découpé sur une carte du monde. C'est l'emprise de Dieu, de son amour, de sa volonté, sur le cœur des hommes, qu'il s'agisse des disciples individuels, des communautés ou des nations de la terre.

²               Cette seigneurie d'amour, Jésus aujourd'hui la compare à la graine de sénevé, si infime qu'on la sent à peine rouler entre les doigts, mais qui devient vite un arbre touffu.

            La même disproportion nous surprend toujours quand nous méditons sur l'œuvre de Dieu et les choix de sa Providence.

 

²  L'Église de Jésus a commencé avec douze hommes, vite contestés, pourchassés, emprisonnés. Et pourtant elle atteint maintenant les confins du monde.

À l'échelle de nos communautés, le renouveau spirituel commence souvent dans une grande modestie, et très vite, si nous restons des pauvres, notre fraternité devient ouverte, attirante, accueillante. De nouveaux nids apparaissent dans le feuillage.

Dans notre vie personnelle également, pour peu que nous laissions toute la place au Règne de Dieu, il donne à notre vie cachée des dimensions missionnaires insoupçonnées. Pour la gloire de Dieu et le salut du monde, beaucoup d'enfants de Dieu viennent nicher dans notre prière, et souvent nous n'en savons rien.

 

²  La parabole du levain éclaire aussi le développement mystérieux du Règne de Dieu, non seulement dans l'espace, mais dans le temps. Le levain, c'est un ferment, mais un ferment bénéfique et nécessaire ; il communique à la pâte comme une fièvre de croissance : une pâte qui lève est une pâte fragile. Mais sous l'action du levain, elle s'aère, se distend, se soulève, et c'est alors qu'elle est prête à la cuisson, prête au service des humains.

 

Ce qui est remarquable d'emblée dans la parabole, c'est la hardiesse et la confiance de la femme boulangère, qui n'hésite pas à enfouir un peu de levain dans trois mesures de farine, soit trois fois quarante-cinq litres : du pain pour tout le village ! Le but est clair : il faut que toute la pâte lève !

Le levain de Dieu, sa seigneurie d'amour, travaille le monde, et le ferment évangélique ne cessera pas son action avant que toute la terre ait levé comme une immense pâte.

 

²               Notre communauté, à son niveau, lève aussi, comme une pâte qui fermente, généreuse, et fragile aux courants d'air. Mais là encore la durée fait son œuvre, car c'est toute la communauté qui doit lever sous l'action de l'Évangile, quels que soient les chemins et les tempéraments, quels que soient les tâches et les âges.

 

²  Au niveau personnel, enfin, ce que le Seigneur attend de nous, c'est le geste hardi et confiant qui va enfouir une bonne fois le levain dans toute la pâte de notre vie. Tout doit lever en nous comme du bon pain, que le Seigneur cuira, à son heure, au feu de l'Esprit. Tout : notre désir de Dieu, notre gratuité au service du prochain, et même les fonds encore inertes de notre cœur qui retiennent captive notre liberté filiale.

 

 

Dieu veille sur la pâte qui lève : chaque nuit il la couvre comme un bon boulanger. Accueillons son dessein, entrons dans sa bonté, ouvrons-nous à son règne.

 

 

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