Ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes

Mt 16,21-23

 

 

 

 

 

 

²  Si je partais ce matin dans les rues de votre ville, armé d'un micro et d'un magnétophone et que je pose aux personnes rencontrées au hasard cette question : "Pour vous, qui est Jésus Christ?", il est probable que j'obtiendrais les réponses les plus diverses - certains passeraient leur chemin en me prenant pour un fou,- d'autres diraient :" Jésus est un doux et un sage, - d'autres :"un révolutionnaire",- d'autres encore :"un partisan de la non-violence". Tant il est vrai que les sommes toujours en train de réinventer un Christ à notre image

 

²  Notre réponse à nous serait celle de la foi :"Le Christ, c'est le Messie", c'est-à-dire non pas le Sauveur que nous réinventons, mais le Sauveur que Dieu a envoyé, parce qu'il avait promis.

Car c'est Dieu qui sauve et qui invente les moyens du salut, et le choix que Dieu a fait a bien de quoi nous étonner !: Il a choisi pour son Fils le chemin de la souffrance, la déréliction et la mort. C'est ce mystère du choix de Dieu que Pierre avait tant de peine à comprendre et que l'Évangile d'aujourd'hui nous remet en mémoire. "Ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, dit Paul (1 Co 1,25), et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes".

 

²  Ne reprochons pas trop vite à Pierre sa lenteur à entrer dans le mystère de la croix, quand nous-mêmes sommes partie prenante de cette sagesse trop humaine, qui ne laisse pas à Dieu les mains libres. Nous voudrions être sauvés par la voie de la réussite, nous voudrions que l'Évangile ne déroute pas nos projets humains , et que le message de Jésus ne bouscule pas nos convictions, nous voudrions que le Christ paraisse sur les sentiers où nous l'attendons et ne nous entraîne que sur nos chemins familiers. Nous aussi nous sommes tentés comme Pierre de prendre de Jésus à part et de lui faire des reproches, mais nous savons bien d'avance quelle réponse nous nous attirerions : "Ôte-toi de mon chemin, Satan, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celle des hommes".

 

²              Les Juifs attendaient le fils de David, qui restaurerait le Royaume avec un grand déploiement de puissance. Jésus, pour se désigner lui-même et pour caractériser sa mission, a choisi un autre titre, celui de Fils de l'Homme , titre un peu mystérieux qui soulignait à la fois - son insertion totale dans la race humaine, - son origine divine, dans la ligne de la prophétie de Daniel :

                                               "Je contemplais dans les visions de nuit.

Voici venant sur les nuées du ciel comme un Fils d'Homme.

Il s'avança jusqu'à l'Ancien et fut conduit en sa présence.

À lui fut conféré empire, honneur et royaume,

et les peuples, nations et langues le serviront" (Dn 7,13s).

 

²  Les contemporains de Jésus connaissaient cette prophétie, et Jésus leur parlait clairement de son retour sur les nuées du ciel, mais ce qui était impensable pour les Juifs, c'est que le Messie, Fils de l'Homme, se décrive sous les traits du Serviteur Souffrant prédit par Isaïe 53. Comment concilier l'image de ce Fils de l'Homme venu d'auprès de Dieu, avec les images sanglantes du Serviteur frappé et humilié ?.

C'est pourtant cette alliance scandaleuse de la souffrance et de la gloire que Jésus présente comme la clef de sa vie et la clef de notre propre destin: C'est par l'épreuve que nous aussi nous entrerons dans la vie éternelle, c'est par la croix que ne déboucherons sur la résurrection. Notre croix sera semblable à celle de Jésus, certes, et pourtant remarquez bien les paroles du Christ :"Celui qui veut venir à ma suite, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive !". Il ne dit pas : "Ma" croix de bois, dans la montée du Golgotha, mais sa croix, notre croix, notre croix réelle et quotidienne ; non pas une croix inventée, rêvée, imaginée, une croix prévue par nous et calculée à notre mesure, mais la croix qu'on n'invente pas parce qu'elle est déjà , la croix que Dieu lui-même à placée justement nous ne l'attendions pas, précisément elle nous oblige à nous quitter nous-mêmes et à tout attendre de Dieu, la croix qui est taillée, non pas à notre mesure, mais à la mesure de la détresse du monde, pour susciter la démesure de notre amour.

Voilà ce que le Christ nous propose : perdre notre vie pour lui et pour l'Évangile, perdre notre vie en tant que notre, et donc perdre toute propriété sur notre existence, afin de la vivre au compte du Seigneur, qui seul a pouvoir de la sauver.

 

²              C'est la route des pauvres selon l'Évangile , la route de ceux qui se sont faits perdants pour gagner, mais il n'y a pas à craindre de nous y engager, car nous y trouverons toujours le Christ qui nous appelle. Sur cette route nous goûterons l'allégresse des humbles et nous rejoindrons jour après jour la liberté des vrais enfants de Dieu, qui nous fera dire, avec le Christ, et confiant en sa seule force : "Ma vie, nul ne me la prend, c'est moi qui la donne".

 

 

 

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