Retour à Dieu d'une sœur.

Mt 5,1-12

              

 

 

 

 

 

 

 

 

²  Notre Dieu , le Dieu des miséricordes et des consolations, est venu chercher notre sœur, pour la faire entrer auprès de Lui dans la vie qui ne connaît plus de souffrance, pour essuyer toute larme de ses yeux, et pour lui révéler en pleine lumière le visage de son Fils, qu'elle a cherché passionnément tout au long de sa vie de foi. Le Dieu de son appel est venu refermer, très doucement, le livre de sa vie et le sceller du sceau de son amour. Lui qui commence tout par amour veut tout achever dans l'amour, et c'est pourquoi il réunit aujourd'hui autour de notre sœur, en ce lieu qu'elle a aimé, tous ceux qui habitaient son cœur, sa famille selon la chair et sa famille du Carmel. Dieu nous rassemble autour d'elle pour qu'ensemble, avec elle, nous entrions dans le mystère de sa douceur.

            Quel paradoxe que d'évoquer la douceur de Dieu , si l'on se rappelle ce que furent les épreuves de notre sœur et surtout les longs mois de souffrance qui l'ont préparée à la grande rencontre ! Et pourtant, en gardant les yeux sur la Passion de Jésus, nous osons dire que la passion de notre sœur lui a été offerte par Dieu comme un chemin d'amour, et c'est bien ainsi qu'elle l'a vécue malgré l'angoisse.

            Purifiée, affinée, comme l'or au creuset, notre sœur a révélé le bon aloi de son cœur, l'authenticité de sa recherche du Christ. À la suite de Jésus elle est entrée dans la folie de Dieu, qui est plus sage que les hommes, et Dieu, mystérieusement, l'a introduite dans sa propre sagesse en lui donnant d'accueillir le langage de la Croix.

            Lucide jusqu'au bout, elle a pu jusqu'au bout admirer le dévouement de ses sœurs de là-bas et se réconforter de se savoir en communion intense avec ses sœurs d'ici. Ardente jusqu'au bout au service du Seigneur, elle a puisé dans l'Eucharistie de chaque matin la force de souffrir avec sérénité, et même la force de remercier Dieu au cœur de la souffrance.

           

 

            ²  Qui aurait pu  la séparer de l'amour du Christ ? Quelle détresse aurait pu abattre sa confiance, elle dont le cœur, à longueur d'oraisons, à longueur de jours, était irrigué, illuminé, vivifié par la prière à Jésus :"Jésus, Jésus Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheresse". Elle redit inlassablement ce nom, Jésus, où se trouvent enclos tout le salut du monde, tous les trésors de la sagesse, de la tendresse et du pardon de Dieu; et voici que maintenant, au-delà du passage pascal de la mort, elle met sur ce Nom un visage, le visage qu'elle a si longtemps guetté; voici qu'elle s'entend appeler à son tour par son nom de grâce.

           

            Le rachat du monde par l'amour du Dieu Trinité, ce mystère que l'Église fête cette année avec plus de ferveur, notre sœur en avait fait le pôle de sa vie spirituelle et missionnaire, et Dieu, qui est fidèle et qui aime ceux qui donnent avec joie, lui a fait la grâce, si exemplaire pour nous tous, de se laisser sauver sur des chemins connus de Lui seul.

            Notre sœur, avec la force que Dieu seul peut donner, a accepté de suivre le chemin de la Croix comme route du bonheur, comme route de la béatitude, signant à son tour ce message que tant d'anciennes déjà ont laissé à ce Carmel:

            Bienheureuses serez-vous, mes sœurs, si vous gardez un cœur de pauvre, sans autre ambition que de passer corps et âme au service du Royaume, sans autre projet que le projet de Dieu, sans autre assurance que ses promesses.

            Bienheureuses serez-vous, si vous laissez Dieu créer en vous et entre vous l'espace de la douceur.

            Bienheureuses serez-vous, si vous laissez Dieu sécher vos larmes et si vous attendez de Lui seul votre consolation.

            Bienheureuses serez-vous si vous ne vous lassez pas d'avoir faim de Dieu, si vous avez soif de connaître sa volonté pour vous y ajuster avec amour; car Dieu lui-même sera votre rassasiement: remplies de Dieu vous resterez en marche vers sa Plénitude.

            Bienheureuses serez-vous quand la miséricorde s'ouvrira en vous comme une blessure inguérissable, car vous comprendrez alors le cœur de Dieu, et vous saurez à quel point il vous aime.

            Bienheureuses, vous qui courageusement gardez votre cœur pur, car Dieu lavera votre regard, et vous le verrez tel qu'il est.

            Bienheureuses, vous qui cherchez la paix, qui créez la paix, qui retrouvez la paix, car vous faites l'œuvre de Dieu, l'œuvre des vraies filles de Dieu .

            Bienheureuses serez-vous, si le Seigneur Jésus vous trouve dignes de souffrir pour son Nom et de prendre sur vous, dans la joie et l'allégresse, une part du fardeau qui a pesé sur ses bras crucifiés.

 

²  Nous t'offrons, Seigneur, cette voix de pauvre qui s'est éteinte.   

            Nous t'offrons la vie de notre sœur,

            nous t'offrons son chemin, qui fut chemin de Croix.

            Parce que tu as aimé son sacrifice, nous savons que tu l'unis au tien.

 

            Quand tout à l'heure nous la conduirons jusqu'à sa dernière demeure, en terre du Carmel,

            quand les cloches venues d'Annecy rythmeront son dernier exode,

            qu'elles scandent aussi dans notre cœur les Béatitudes qui ont fait son bonheur,

            qu'elles scandent ton Nom: Jésus, Jésus,

            ton Nom qui fut la respiration de son âme;

            qu'elles nous redisent avec douceur, avec allégresse, la certitude de notre sœur,

            cette certitude devenue pour elle évidence;

           

            "Je sais que mon Rédempteur est vivant!"

 

 

 

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