"Rends-moi ce que tu me dois !"

Mt 18,21-35

 

 

 

 

 

 

La parabole de l'homme gracié et impitoyable vient conclure, dans l'Évangile selon saint Matthieu, le chapitre 18me, entièrement consacré à la vie communautaire, aux relations fraternelles des vrais disciples de Jésus.

 

²  Comme souvent dans l'Évangile de Matthieu c'est Pierre qui intervient, pour poser, au nom des autres,  une question à la fois naturelle, affectueuse et impertinente. Les rabbins disaient, à l'époque :"Si quelqu'un pèche une fois, deux fois ou trois fois, on lui pardonne, mais pas s'il pèche quatre fois" (Yoma 5,13). Pierre se situe encore sur le terrain de cette casuistique juive. Certes, généreusement, il fait un grand pas : il est prêt à aller jusqu'à sept pardons. Mais Jésus, avec humour, multiplie tout de suite par soixante-dix, pour que cesse définitivement, dans sa communauté toute arithmétique du pardon. Pardonner, c'est avant tout une attitude du cœur, une décision sans cesse reprise de ne pas fermer sa porte, de ne pas couper les ponts, de laisser à l'autre le temps de se reprendre, et un espace de miséricorde où il pourra s'épanouir.

 

²  Ce que vise Jésus, c'est le pardon au quotidien. À qui va-t-on pardonner quatre-cent quatre-vingt-dix fois, sinon à quelqu'un que l'on côtoie tous les jours, un conjoint, un enfant, une personne à charge, le frère ou la sœur d'une communauté, ou encore, comme dit la parabole, un compagnon de service ?

Le pardon dans les grandes occasions, c'est souvent un tournant majeur dans la vie d'un croyant ou d'une croyante. Rappelez-vous ce témoignage bouleversant d'un foyer chrétien, où les deux époux, il y a quelques mois, pardonnaient publiquement au jeune assassin de leur fille. Ce pardon-là ne peut jaillir que d'une conviction de foi, et seule la force du Christ le rend possible.

   Le pardon au quotidien est beaucoup moins tangible, mais il réclame lui aussi un retournement du cœur et une référence constante aux réflexes de Jésus. Trois cent soixante-cinq fois par an, et parfois plus, face à tel ou tel membre de notre entourage, il nous faut reprendre le sentier étroit du pardon. Il faut lui pardonner de passer sans nous voir, d'être lui-même et de le rester, de suivre son idée, son goût ou ses ornières, d'attendre trop de nous en mesurant lui-même ce qu'il donne.


²  La tentation est grande, à certaines heures, de le saisir au collet ou, ce qui revient au même, de lui ouvrir les yeux avec impatience :

            -"Quand vas-tu reconnaître et payer ta dette ?"

            -"Quand sortiras-tu de ton égoïsme ?"

            -"Quand me rendras-tu, même un peu, de ce que je t'ai donné ?"

            -"Quand reconnaîtras-tu ce que j'ai fait pour toi ?"

Jésus nous demande alors de relâcher nos mains, d'abandonner toute colère ou toute aigreur, et de nous resituer avec humilité vers Dieu qui prend patience envers nous, et nous laisse grand ouvert l'espace de la conversion :"Sois patient envers moi, Seigneur, et je te rembourserai tout".

           

En réalité nous n'aurons rien à rembourser, car nous ne pouvons rien rembourser.

            Dieu nous aime toujours à fonds perdus, et n'attend rien de nous, qu'un peu d'amour et un grand merci.

 

 

 

 

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