"Pour vous, qui suis-je ?"

Mt 16,13-21

 

 

 

            "Pour vous, qui suis-je ?", demande Jésus à Simon Pierre.

Et Pierre de répondre, au nom de tous les autres : "Tu es le Messie, le fils du Dieu vivant !" Alors Jésus, heureux de cette première affirmation de la foi des disciples, répond à son tour à Pierre par une béatitude : "Heureux es-tu, car c'est mon Père qui t'a révélé cela".

            De cette béatitude nous entendons un écho dans le discours après la Cène lorsque Jésus déclare : "Nul ne vient à moi si mon Père qui m'a envoyé ne le tire". Saint Paul dira, plus tard, dans l'allégresse de cette béatitude "Il a plu à Dieu de révéler son fils en moi ". C'est la Béatitude de ceux et de celles qui se veulent enseignables par Dieu, qui se laissent attirer par le Père vers le Fils, puis conduire par le Fils jusqu'à l'amour du Père ; c'est le bonheur en Dieu de ceux que l'Esprit vient habiter pour faire vivre en eux la parole de Jésus.

            Cette joie est pour nous si nous laissons Dieu moduler en nous comme il veut la lumière et la vérité ; mais elle nous échappe dès que nous nous appuyons sur les évidences "de la chair et du sang", sur une vision trop humaine des voies du Père, et sur des prospectives qui ne respectent plus ni les lenteurs ni les silences de Dieu.

 

 

            C'est Dieu qui commence, c'est Dieu qui aime et qui sauve, et c'est toujours lui qui reste le maître des chemins et des appels. Il a demandé à l'homme de nommer tous les animaux, mais il s'est réservé de donner à chaque homme son nom de grâce et de mission. "Moi, dit Jésus, je te le déclare, tu es Pierre". Tout le monde l'appelait Shim'on fils de Yônas ; Jésus lui donne un nom programme : "Tu es Pierre", pierre à bâtir. L'édifice spirituel que Jésus envisage aura pour fondation cet homme capable de toutes les fidélités et de tous les reniements, capable d'aveuglement comme de la plus belle conversion. Voilà bien une fondation paradoxale, qui n'a pas de solidité en elle-même et qui doit sa fermeté uniquement à Celui qui la pose. Et c'est l'un des mystères de l'Église tout au long du temps : la pierre de base ne cesse pas d'être fragile, mais Jésus ne cesse pas de bâtir sur elle. II a dit "je bâtirai", non pas une fois pour toutes, mais tous les jours, jusqu'à la fin du monde, et c'est pourquoi la maison fragile ne sera jamais renversée.

 

 

            Pourquoi, dès lors, aurions-nous peur de nos propres fragilités ? Pourquoi craindre une victoire des forces de la mort, si notre bâtisseur est le Seigneur de la vie, et si c'est lui qui donne chaque jour à notre communauté son nom, son visage et sa mission ? De même que nous n'appuyons pas notre confiance sur Pierre, mais sur le Seigneur qui fortifie Pierre, et sur la foi de Pierre en son Seigneur, de même n'avons-nous pas à attendre une communauté assurée d'elle-même, de sa route, de ses forces et de son avenir : il nous suffit de faire fond ensemble sur Celui qui bâtit la maison, qui rassemble sa communauté, et qui la nourrit chaque matin de sa parole et du Pain de sa vie.

 

 

 

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