Le pourquoi des paraboles
Mt13,10-17
Ce sont les disciples qui posent la
question à Jésus ; et ils ne disent pas :"pourquoi parles-tu en paraboles
?", d'une manière générale, mais :"pourquoi leur parles-tu en paraboles ?", à eux, à ces gens distincts de
nous ? Dans la question même sont
typées ainsi deux attitudes vis-à-vis de la parole de Jésus, mais les disciples
s'interrogent surtout sur la pédagogie de Jésus
: pourquoi leur parles-tu
ainsi, pourquoi cette différence de traitement ?
Jésus, dans l'Évangile de Matthieu,
donne successivement deux réponses.
² La première redouble notre embarras : "Parce qu'à
vous il a été donné [par Dieu] de
connaître les mystères du Royaume de Dieu ; mais à ceux-là, ce n'a pas été donné [par Dieu]". Jésus justifie sa
manière de faire en se référant à l'initiative de Dieu . Est-ce de la part de
Dieu une décision arbitraire ? - Non pas ; et Jésus s'explique immédiatement
:"Car quiconque a, on lui donnera
et il aura surabondance ; mais quiconque n'a
pas, même ce qu'il a lui sera enlevé."
Si Dieu accorde aux uns et refuse
aux autres la connaissance des mystères du Royaume, c'est que les premiers
"ont" déjà quelque chose dont les autres sont dépourvus ; ils ont,
eux, ce que les autres aussi devaient avoir et sont coupables de ne pas
posséder. La décision divine n'est donc pas tyrannique, elle constitue déjà un
jugement.
Mais que faut-il donc avoir au
départ, qu'est-ce que Dieu attend des auditeurs de Jésus ?
² La deuxième réponse du Maître va le préciser
:"Voilà pourquoi je leur parle en paraboles : parce qu'ils voient sans
voir et qu'ils entendent sans entendre ni comprendre". Jésus ne vise pas
ici la simple incapacité de voir et d'entendre, mais le refus d'entrer avec le
cœur dans ce qu'ils entendent, et c'est bien cette attitude de refus qu'il lit
dans le prophète Isaïe :"Le cœur de ce peuple s'est épaissi, ils sont
devenus durs d'oreille, ils ont fermé les yeux".
Le langage de Jésus peut paraître
tranchant ; c'est un appel à la responsabilité, mais qui contient une offre
magnifique de miséricorde :"... je les aurais guéris !", dit Dieu par
la voix d'Isaïe. C'est bien pour guérir et sauver que Jésus vient au nom de
Dieu . C'est pour guérir et sauver qu'il parle en paraboles, pour que chacun/e
accepte de voir, laisse pénétrer en lui ce qu'il entend, pour que chacun/e
"comprenne avec le cœur ". Et le signe visible de cette conversion,
c'est que le disciple commence à porter du fruit, comme Jésus l'expliquera plus
loin en commentant lui-même la parabole du semeur :"Celui qui été
ensemencé dans la bonne terre, c'est celui qui entend la parole et comprend :
alors il porte du fruit".
² Jésus n'oppose donc pas deux groupes, ceux qui ont la
chance de croire et ceux qui ne sont pour rien dans leur incrédulité. Il souligne
simplement que chacun est responsable de son ouverture comme de son
aveuglement, et qu'il ne tient qu'à nous d'être de ses disciples. Au fond, la
frontière entre la foi et l'incrédulité, même si elle dessine bien deux groupes
d'hommes, passe surtout à l'intérieur de chaque cœur humain.
Suis-je incrédule, dur d'oreille et
dur de cœur ? Suis-je au contraire disciple de Jésus, heureux de voir, heureux
d'entendre, heureux de scruter l'Évangile, heureux de laisser résonner chaque
parole de Jésus dans le silence du désert, dans la "solitude sonore"
de la prière ?
La question m'est posée, "rien
que pour aujourd'hui", elle me restera posée jusqu'au jour de la
rencontre, me rappelant chaque jour l'enjeu de ma liberté, me renouvelant une
offre de guérison, ensemençant chaque jour ma vie pour les fruits du royaume.
L'Esprit de Jésus est là, désormais,
pour m'introduire en pauvre, en converti, dans les paraboles de Jésus, pour me
les faire comprendre avec le cœur.