Plus qu'un prophète.

Mt 11,11-16

 

 

 

 

 

 

 

Découpé ainsi, le court texte de saint Matthieu nous propose trois paroles un peu énigmatiques de Jésus.

 

La première est la plus facile à décrypter : Jean le Baptiste est, d'après Jésus lui-même, le plus grand des fils de la femme. Mais sa prédication l'a laissé sur le seuil du Royaume. Quoi qu'il en soit de sa valeur personnelle, l'appartenance au Royaume est un privilège qui n'apparaît qu'avec Jésus. Dieu notre Père, il est vrai, se réserve le dernier jugement, qui verra chacun récompensé selon ses œuvres.

 

Le second texte est plus inattendu. Le dernier verset du prophète Malachie annonçait :"Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que n'arrive le Jour de Yahweh, grand et redoutable" ( Mal 4,23). Pour les contemporains de Jésus, le retour d'Élie devait marquer la venue de Dieu. Et voilà que Jésus proclame tout uniment que le travail du prophète a été accompli par le Baptiste, et que c'est lui, Jésus, qui est venu au-devant de son peuple. D'ailleurs, au passage, la citation est légèrement modifiée, pour s'adapter davantage au Messie Jésus.

 

Reste le troisième texte :"Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu'à présent, le Royaume des Cieux souffre violence et ce sont des violents (biastai) qui l'arrachent". Qui sont ces violents ? Si l'on en croit saint Luc, il s'agit des justes qui doivent "faire effort" pour entrer par la porte étroite (Lc 13,24) et "déployer leur force" pour entrer dans le Royaume (Lc 16,16). Mais dans saint Matthieu, les "violents" sont toujours des adversaires, qui veulent empêcher les hommes d'accéder au Royaume, qu'il s'agisse des zélotes, de Satan, des Romains ou d'Hérode Antipas. Mieux vaut donc, honnêtement, interpréter la parole d'après l'Évangile qui la rapporte.

 

 

Ce qui nous intéresse, nous, chrétiens, c'est que les trois paroles de Jésus soulignent, chacune à sa manière, la grandeur du Fils de Dieu. Quelle que soit l'admiration soulevée par le Baptiste, le Royaume est inauguré par Jésus, et cela introduit une nouveauté absolue, un nouveau commencement. En lui, c'est Dieu lui-même qui vient pour le salut de son peuple, et Jean le Baptiste a été son précurseur : avec une liberté souveraine, Jésus remplace Élie qu'on attendait par le Baptiste qui a rempli sa mission. Enfin le Royaume est si nouveau et si grand qu'il s'accommode de symboles très différents : ceux qui lui font violence servent la cause de ceux qui le recherchent, et ainsi se révèle la miséricorde de Celui qui vient.

 

 

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