Heureux les pauvres de cœur
Mt050300
Heureux les pauvres de cœur
…
Heureux, non pas ceux qui vivent dans la misère, la
dépendance totale et l'insécurité ; non pas ceux à qui sont refusés tout
épanouissement et toute croissance culturels ; non pas ceux qui sont marqués
dans leur psychisme et qui jamais ne seront adultes et pleinement responsables
d'eux-mêmes, mais les pauvres de cœur, les pauvres en esprit, en pneuma.
Or le pneuma, la ruah, c'est
non seulement l'intime de l'homme, la source de ses aspirations et de ses décisions
profondes, mais l'intime de l'homme qui est tourné vers Dieu, qui est en
relation à Dieu, en réceptivité par rapport à Dieu.
Heureux, bienheureux, donc,
ceux qui devant Dieu se retrouvent pauvres, s'acceptent pauvres, se veulent
pauvres, ceux qui consentent à demeurer, devant Dieu, dans le désir, ceux qui
mettent leur joie à attendre tout du Seigneur.
La vie de pauvreté, les
choix de pauvreté matérielle, sont au service de ce bonheur, de cette
Béatitude, du pauvre devant Dieu. Pour nous ouvrir à ce supplément d'être,
devant Dieu, nous nous libérons des contraintes de l'avoir.
Pour ceux qui se veulent, devant Dieu, tout accueil, toute soumission, tout offrande filiale, les biens de cette terre sont simplement, humblement, sereinement, support de la vie, outils de service, corbeille de pain pour le partage.
Nos mains s'ouvrent parce que les mains de Dieu sont ouvertes ; nos
mains donnent parce que les mains de Dieu rassasient tout vivant, notre cœur ne
retient pas les choses parce que Dieu est amour et toujours en acte de faire
vivre.
Nous trouvons, certes, dans
la vie religieuse ou l'existence consacrée, des normes et des habitudes de
pauvreté ; mais notre désir de pauvreté est d'emblée bien plus large que toutes
les habitudes, bien plus libre que toutes les normes, parce que nous sommes
pauvres d'abord en pneuma, d'abord dans notre relation à Dieu. Comme filles et
fils de Dieu, nous sommes déjà établis en relation de pauvreté ; et notre vie
de pauvre ne sera jamais que la livrée quotidienne de notre grand désir, de
notre réponse d'amour.