Mt 25,31-46
Le mystère de la royauté
du Christ,
c'est le mystère
de son pouvoir
universel, de son emprise
totale et définitive
sur les hommes, sur le
destin des hommes et le
monde où ils
vivent.
Et ce mystère de la royauté de l'Homme-Dieu
ressuscité échappe à tel point
à nos analyses, et fait
à tel point
craquer les limites de notre
vision de l'histoire, que
nous sommes contraints de le cerner par
approches successives, tel un
photographe qui multiplie les prises de vues, dans l'impuissance
où il est d'embrasser
en une fois
tout un monument.
La liturgie d'aujourd'hui nous propose trois flashes sur le
mystère du Christ Roi.
² Le premier fixe
le Christ dans son rôle de
juge à fin
des temps
: "Et toi, mon troupeau, disait
Yahweh par la voix d'Ézéchiel, apprends que je vais
juger entre brebis et brebis". Et Jésus
reprend à son compte cette image,
du tri, du discernement définitif :"Quand le Fils de l'Homme viendra dans sa gloire … toutes les nations
seront rassemblés devant lui
... Il séparera les hommes les
uns des autres ..."
Étrange besogne pour celui qui
est venu rassembler
les hommes et les appeler
à l'unité
de son Corps.
Et pourtant le message est
clair, et
ineffaçable : Jésus jugera
; il aura le dernier mot, il dira
pour chacun le dernier mot. Et le critère
du discernement, face au
définitif, face à l'éternité, ce
sera l'amour
fraternel, l'amour terrestre
vécu au nom
du Christ. Il s'agira de
faim, de soif, de chaussures
et de paletots, d'hôpitaux
et de prison.
Il s'agira des besoins de
nos frères et sœurs, du
bien-être de nos frères et
sœurs, de la
solitude de nos frères et sœurs. Et pour
chacune de nos initiatives d'amour,
pour chacune aussi des occasions
négligées, Jésus dira :"J'ai
pris cela pour
moi".
² Le deuxième flash est signé Paul. Quel photographe
! Quel coup
d'œil ! Il
a saisi en
un seul cliché
le premier Adam et le
Christ, Homme
Nouveau, le
peuple de ceux
qui meurent et le peuple
de ceux qui
seront vivifiés ; il a
fixé en une
seule image les deux temps du scénario de la résurrection : d'abord le Christ, "prémices de tous ceux
qui se sont
endormis", puis "ceux du
Christ" lors de sa Parousie.
Ce qui fascine Paul,
c'est le Christ glorieux et
le mystère de pouvoir et
de soumission qui se joue
et se jouera
dans le ciel
entre le Fils
et le Père.
Le Christ ressuscité étend son pouvoir sur toutes les forces du mal, sur la mort
elle-même, et toutes ces
conquêtes du Fils sont autant
de cadeaux du Père,
car c'est le
Père qui lui
soumet tout,
qui met toutes
choses à ses
pieds. Viendra
le jour où
le Christ dira
au Père :"Tout
est achevé ; tout est
soumis".
Alors le Fils fera du
sommet de son
pouvoir le sommet de sa
soumission, il remettra la
royauté à Dieu
le Père,
il remettra au Père la
royauté qu'il tient de lui
; à travers sa propre royauté, l'univers entier
fera retour au Père. Alors le
monde sera ordonné selon Dieu, selon
la hiérarchie définitive des valeurs, celle-là même que
Paul inculquait aux chrétiens : "Tout
est à vous,
mais vous,
vous êtes au
Christ, et
le Christ est
à Dieu
!" Dieu sera tout en tous, parce que tout
et tous seront
passés par le pouvoir et
la soumission du Fils, le Christ
roi.
² La troisième image
nous ramène à l'aujourd'hui du peuple de Dieu.
C'est une image
en mouvement, qui nous
décrit une royauté de tendresse, la royauté
du Pasteur.
Tout commence un jour de brouillard
et d'obscurité, un brouillard
si épais que
les brebis,
tout en broutant
droit devant elle, ont perdu
de vue leurs
sœurs.
Dispersion, solitude;
brouillard, isolement, blessures.
Rien ne manque au tableau de la détresse. "J'irai moi-même, dit Dieu,
à la recherche de mes brebis.
Comme un berger veille sur les
brebis de son
troupeau quand elles sont dispersées, ainsi je veillerai sur
mes brebis. C'est moi qui ferai
paître mon troupeau, et
c'est moi qui
le ferai reposer".