Dans la nuit de ce monde, l'ami de Dieu brillera

Mt 5,13-16

 

 

 

 

 

 

               Le sel, la ville sur la montagne, la lumière : trois symboles, trois flashes de l'Évangile sur l'existence du chrétien dans le monde.

 

               ²   C'est vous, dit Jésus, qui êtes le sel de la terre.

Donc, communautairement, en tant qu'Église-communauté de Jésus ressuscité, et personnellement, en tant que membres à part entière de cette Église, nous devons apporter aux  hommes, par notre témoignage, le sens de leur existence, ce qui va leur permettre de prendre goût à la vie, à la vie des hommes et à la vie de Dieu

               Même les meilleurs plats restent fades si l'on a oublié le sel. De même la vie quotidienne devient une routine décevante, et ne débouche sur rien de profond, de grand, de définitif, si elle n'est pas relevée par une espérance, celle dont nous sommes porteurs, celle-là même que le Christ est venu offrir au monde : Dieu, qui est la vie, veut réussir la vie de tous les hommes.

 

               Encore faut-il que sel soit du sel !

Donc que nous vivions intensément de cette certitude que nous proclamons : Dieu nous a aimés le premier ! Sinon nous ne ferons que décevoir encore plus ceux qui, un moment, auront cru pouvoir compter sur nous.

               Et pourquoi le sel perd-il de sa force ? - soit parce qu'il n'a jamais été du sel pur, qu'il est resté pris dans une gangue terreuse, - soit parce qu'il s'est dilué exagérément, au détriment de son efficacité. De même l'affadissement nous guette de deux côtés : - soit que n'ayons pas le souci de trouver et de garder notre identité de chrétiens, envoyés au monde sans être du monde ; - soit que nous allions vers le monde avec une foi de moins en moins vivante, avec un sens évangélique de plus en plus émoussé. Alors notre témoignage devient banal, et plus rien ne le fait reconnaître comme venant du Christ. Le sel se retrouve sur la chaussée, mélangé à la poussière, et tout le monde marche dessus sans s'en apercevoir.

 

               ²   Il s'agit donc de nous compromettre pour le Christ, et là nous rejoignons le deuxième symbole : la ville perchée sur une montagne.

               Elle est la première éclairée par l'aurore, la dernière effleurée par le soleil couchant, quand l'ombre a déjà envahi toutes les vallées. Elle ne peut pas échapper aux regards, et ainsi tout homme peut se mettre en route vers elle. De même le Christ nous fait vivre en plein jour, même quand nous préférerions l'anonymat ; il a voulu que son Église soit un signe de salut pour la communauté humaine en marche vers le Père.

 

               ²   C'est vous, ajoute Jésus, qui êtes la lumière du monde, la lumière pour le monde.

               Il n'y rien de si inutile, de si insensé, et finalement de si triste, qu'une lumière qui ne brillerait pour personne. D'ailleurs on n'allume pas un flambeau ou une lampe pour la camoufler aussitôt ; à plus forte raison le Père ne veut-il pas cacher la lumière qu'il a lui-même allumée en nous par le message de Jésus Christ. Il nous a placés, là où nous sommes, humbles lampes de tous les jours, pour que nous fassions, pauvrement, reculer les ténèbres du monde. Là où Dieu nous a placés, notre pauvreté est irremplaçable :" la  lumière brille pour tous ceux qui sont dans la maison" : le rayonnement d'un cœur évangélique rend habitable et douce la maison fraternelle;            Souvent l'on ne voit même pas cette lumière évangélique quand elle est présente, parce qu'elle crée le bonheur en s'effaçant ; mais on sent tout de suite quand elle n'est plus là : "la lumière brille pour ceux qui sont dans la maison", la parabole, selon Matthieu, vise surtout la communauté et sa vie interne. Saint Luc nous a gardé la même parole du Seigneur avec une nuance supplémentaire, qui concerne l'ouverture missionnaire de la communauté, de chaque communauté :"... ceux qui entrent dans la maison". Notre pauvreté devient richesse dès qu'un frère ou une sœur s'approchent. Notre lumière, si pauvre soit-elle, parce qu'elle est empruntée à Jésus révèle le visage de ce frère qui vient, fait sortir de l'ombre le visage de cette sœur qui veut exister.

               Celui qui revient ou qui arrive en pleine nuit, cherche péniblement la maison et tâtonne longuement dans l'entrée, si personne ne l'attend. Bien souvent, c'est l'expérience douloureuse que nous faisons dans la vie fraternelle, familiale, conjugale : nous ne trouvons pas l'entrée de la maison du frère, de l'ami, du conjoint, et l'entrée de sa vie n'est pas éclairée, parce qu'il ne nous attend pas, ... ou que déjà il n'attend plus personne.

 

               Cette difficulté de rejoindre l'autre, cette déception sans cesse renaissante dans le dialogue, doivent nous convertir nous-mêmes à l'accueil : à quelque heure qu'il se présente, le frère, proche ou lointain, doit trouver en nous une lumière pour lui.

 

 

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