Fête de la Nativité de Marie

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²   Bon anniversaire, Maman. Toute la tendresse que nous mettons (mettions), en nous adressant à celle qui nous a mis au monde se retrouve, transposée, universalisée, glorifiée, dans notre regard d’aujourd’hui vers Celle qui a été l’aurore du salut, la Mère du Messie et la Mère de l'Eglise, la Mère de la Vie et la Mère des vivants.

Et d’instinct, pour cet anniversaire, nous serions allés chercher dans l’Evangile l'un des portraits les plus vivants, les plus parlants, de notre Mère. Or l’Eglise vient de nous faire passer dans le long, le très long couloir de saint Matthieu, devant quarante-deux portraits des ancêtres de Jésus. Nous avons affaire à la généalogie de Matthieu. Généalogie descendante, d’Abraham à Joseph, alors que celle de Luc est ascendante, de Joseph à Adam, fils de Dieu. Cette différence est déjà très instructive: Matthieu veut montrer comment Jésus s’insère dans une lignée déterminée ; Luc veut montrer comment Jésus s’insère dans l'humanité créée par Dieu.

Autre différence à souligner: la généalogie de Matthieu ouvre l’Evangile: elle fait le lien entre Abraham et Jésus qu'on appelle Christ-Messie - donc entre l'Ancien Testament et Celui qui naît de Marie. Celle de Luc n'intervient pas au début de l'Evangile, mais au début du ministère public de Jésus, plus précisément: aussitôt le baptême de Jésus dans le Jourdain. Et du ciel vint une voix: «Tu es mon Fils bien aimé, tu as toute ma faveur »  Luc enchaîne: «  Et Jésus lors de ses débuts avait environ trente ans ; il était, croyait-on, fils de Joseph …fils d’Adam, Fils de Dieu.». Luc remonte, au-delà d'Abraham, au-delà de l'alliance avec le clan sémite, au-delà de Noé, c'est-à-dire de l'alliance conclue avec les rescapés, jusqu’au premier Adam, le premier aimé par Dieu, le premier appelé, le père universel. C'est donc pour tous les hommes que le ciel s’ouvre en s'ouvrant sur Jésus baptisé.

 

²       Mais revenons à notre généalogie matthéenne : elle est volontairement systématique, et présente trois groupes de quatorze générations, quatorze d'Abraham à Salomon, quatorze de Salomon à l'exil, quatorze de l'exil à Joseph, pour souligner que l'incarnation est l'œuvre de Dieu qui mène l'histoire et qui l’a fait mûrir à son heure. La liste la plus intéressante est sans doute la première. Elle commence avec Abraham, donc avec l'alliance que Dieu a voulue avec son peuple, la première impulsion, la première accélération de l'histoire en vue de l'avènement du Fils de Dieu. Cette première liste relève qu'il y a eu des pécheurs dans les ancêtres du Christ, des pécheurs et des pécheresses, Thamar, dont les relations avec son beau-père n'ont pas été très nettes, Rahab, qui était connue comme une femme légère, la femme d’Urie, liée à la faute de David. Il en est une, heureusement, qui fait contraste : Ruth la glaneuse de Bethléem, Ruth la fidèle, l'aïeule de David, Ruth la Moabite. Il fallait une étrangère pour donner l'exemple ! Voilà la lignée de Jésus, la glorieuse lignée du Messie. Jésus qui a tout pris de nous sauf le péché, allait naître d’une race de pécheurs !

²       Quelle est la place de Marie dans tout cela ? Effacée, mais essentielle. Matthieu l’indique avec un tact admirable: «Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle naquit Jésus.» Elle est nommée la dernière, mais elle est le chaînon essentiel. Par elle, seule, Jésus est relié à la race d'Abraham, pécheresse et croyante. Par elle, seule, Jésus est relié au premier Adam, à l’humanité de tous les temps et de tous les pays. C’est en elle, et elle seule, que se croisent les deux généalogies, celle qui descend d'Abraham tout au long de l'histoire, celle qui remonte de Jésus à Adam. L'anniversaire de Marie, c'est l'anniversaire du salut. C'est vers elle que la liturgie doit tourner notre regard, de plus en plus fidèlement, à mesure que nous approchons de la Nativité, car c'est elle qui peut le mieux nous apprendre à désirer le Sauveur.

 

²  Ne nous demandons pas quelle leçon morale, quel enseignement pratique tirer de cette lecture des Evangiles. Ce serait faire fausse route ; ce n'est pas un texte qu'il faille tirer à nous, c'est un texte qui doit nous introduire simplement dans le dessein de Dieu: «Quand vint  la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, d'une femme" (Ga 4,4). Après des millions d'années, quand Dieu dans sa sagesse estima que sa grâce avait suffisamment mûri le monde, Marie est celle qui est venue à l'heure de Dieu, celle que Dieu a tant aimée, tant comblée qu'elle a pu répondre un oui total. C'était le oui tout simple d'une jeune fille de Nazareth, et pourtant il venait du fond des âges, récapitulant des siècles de fidélité de Dieu  des siècles d'espérance des pauvres de Yahweh, et désormais, à cause de ce oui de Marie, toutes les générations lui disent: «Tu es la femme heureuse par excellence ! »



²  Etre à l'heure de Dieu pour introduire le Christ dans un monde de pécheurs, n'est ce pas le destin de tout âme mariale au Carmel ? Certes, il appartenait à Marie seule d'être , de la part de Dieu, au carrefour de l'histoire humaine, et c'est l’aspect inimitable de sa destinée de grâce. Au pied de la croix également, au moment il fallait accueillir un autre fils que le fils de sa chair, la Mère de Jésus était là, debout ; et encore la compassion de Marie nouvelle Eve, est unique et irremplaçable ; mais à Nazareth, il fallait simplement vivre le quotidien à l'ombre de l'Esprit, à Cana il fallait simplement des yeux pour voir et un cœur pour deviner, c'était aussi l’heure de Dieu, et nous sommes de plain-pied avec notre Mère. À Nazareth et à Cana, il suffit d'aimer en habits de tous les jours. A Nazareth, on est toujours à l'heure de Dieu.

 

 

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