Mt 28,16-20
Saint Paul écrivait aux chrétiens
de Colosses :
"Du moment que vous êtes
ressuscités avec le Christ,
recherchez les choses d'en haut,
assis à la
droite de
Dieu" ( Col 3,1).
Or, dans le
récit de l'ascension de Jésus, les messagers
s'adressent aux disciples en leur disant : "Gens de Galilée,
pourquoi restez-vous là à
regarder le ciel ?"
Serait-ce donc que
saint Luc contredit saint
Paul ? Regarder
le ciel,
est-ce notre devoir, ou
est-ce un luxe qui nous démobilise ? En relisant
l'Écriture,
en pénétrant davantage dans le mystère de
l'Ascension, nous pouvons
répondre : tout dépend de
la qualité de notre regard.
Si nous regardons
vers le ciel
comme des gens
frustrés et des orphelins, si nous
scrutons le ciel vide comme
Marie de Magdala fouillait des
yeux le tombeau
vide, et
surtout si
notre regard déçu nous tient
lieu de réponse
au mystère,
alors nous encourons le reproche
des messagers : "Pourquoi restez-vous là
plantés à regarder
le ciel
?"
Mais si notre regard est un regard
de foi,
tout change ! Si nous disons :
"Seigneur, de là où je
suis, je
te rejoins par la foi
dans la gloire
où tu es ;
Seigneur, tu es assis pour toujours à la droite de Dieu,
tu
vis assis,
glorieux, et rien ni personne ne te fera lever jusqu'à
la fin des
temps ;
Seigneur, je le
crois, tout pouvoir t'a été donné au ciel et sur la
terre."
Si notre regard
dit cela au
Christ Seigneur, alors ne nous
lassons pas de rechercher
les choses d'en haut, là
où notre amour retrouve le Christ, assis à
la droite de Dieu, pour le
repos et pour
une œuvre incessante dans le cœur des hommes.
Si notre regard
est porteur d'espérance, alors il rend
gloire à Dieu et à son
Christ.
La dernière image
que les disciples
ont gardée dans les yeux,
c'est celle de Jésus, les mains levées, bénissant,
et c'est en
bénissant qu'il a été emporté au ciel, c'est-à-dire
dans le monde
de la gloire, dans le
monde de Dieu.
La dernière parole
qu'ils ont entendue de la bouche du
Ressuscité, c'est :"Je suis avec vous, tous les jours, jusqu'à la
fin des temps". "Vous êtes mes témoins
pour toutes les nations
… Vous allez recevoir la force d'en
haut".
Et c'est pourquoi
le départ de
Jésus, son
départ définitif, (après ses
quarante jours d'apparitions), loin de nous laisser
tristes et paralysés, galvanise
toutes les forces de notre
fidélité, car
nous savons ce que Jésus
glorieux attend de nous :
- tout d'abord
demeurer dans la ville : resserrer
dans la joie
nos liens d'Église, les
liens de sa communauté ;
- puis bénir Dieu
ensemble dans son temple,
- attendre ensemble le moment où, d'en haut, nous
serons "revêtus de puissance",
c'est-à-dire : attendre la promesse
de Dieu,
l'Esprit Paraclet, unanimes dans
la prière avec
la Mère de
Jésus ;
- et puis partir... Partir sur place, laisser partir
au loin notre
amour jusqu'aux confins de l'œuvre
du Christ,
jusqu'aux extrémités du monde,
jusqu'au dernier village où l'Évangile est annoncé ; et, plus immédiatement
repartir chaque jour pour vivre
l'Évangile
et témoigner de Jésus, au
milieu de ceux qu'il nous donne
à aimer, à
comprendre, à porter :
les petits, qui
entendent si peu parler de Dieu
et de son
Christ,
les jeunes, qui
ont tant besoin
de nous voir
espérer,
l'époux ou l'épouse,
trop souvent renvoyé(e) à sa
solitude, parce
qu'on laisse grandir au foyer
des habitudes d'égoïsme ou
des réflexes d'agressivité,
le
frère ou la sœur, dans la
communauté, isolé(e) dans sa fidélité ou
dans sa souffrance, et qui
a l'impression
de n'exister pour personne.
Oui, partons
avec la force
d'en haut,
et quand la
fatigue survient, quand le
courage fléchit, quand la joie
de servir risque de nous quitter,
regardons là-bas, regardons le
ciel.
Jésus, les bras levés, nous suit
du regard et
nous bénit.