Mon joug est doux
Mt112831
"Venez à moi, dit Jésus, vous qui êtes fatigués
et accablés".
Vous
qui travaillez dur, qui peinez à l'ouvrage, au rude labeur de la fidélité à
Dieu ;
vous
qui pliez sous le poids de ce qu'il vous faut porter.
² Jésus visait, de son temps, avant tout le fardeau des
préceptes de la Loi, que beaucoup ressentaient comme écrasant. Pour nous, il
s'agit des multiples contraintes, des fatigues, des peines, des angoisses et
des solitudes que nous impose la dure loi de la vie.
"Venez à moi", dit Jésus. L'invitation est
pressante et joyeuse.
Pas d'autre route, pas d'autre certitude, pas d'autre
maître ni d'autre appui que sa personne de Fils de Dieu, envoyé de Dieu pour le
salut du monde. C'est lui et lui seul qui nous donnera le repos dans le
monde à venir, et qui nous le donne en ce monde ci.
Comment nous le donne-t-il ?
Non pas en nous mettant à l'abri, dans une sorte de
bulle d'espérance.
Non pas en nous dispensant de l'effort, de la constance,
de la fidélité.
Non pas en nous libérant de la solidarité avec les
nôtres qui souffrent ;
mais en nous offrant la joie du Royaume en même temps
que sa loi d'amour et sa présence, et en nous faisant prendre un chemin de
douceur.
² "Venez à moi, dit Jésus, je suis doux et humble
de cœur".
C'est bien en ce monde que nous avons à servir le
Seigneur, et il ne s'agit pas tellement, pour le suivre et lui plaire, de faire
autre chose, mais de le faire autrement, et la douceur est justement une autre
manière de voir les choses, les événements, et d'aborder les personnes.
La douceur de Jésus, la douceur selon Jésus, ce n'est
pas un comportement mièvre, infantile, irresponsable, c'est une qualité du
regard et un supplément d'attention aux autres. C'est une volonté chaque jour
réaffirmée de laisser à l'autre tout son espace, toute sa richesse, toutes ses
chances de vivre.
Il n'y a rien de plus reposant, à la
suite de Jésus, que de se perdre de vue pour faire vivre les autres. C'est ce
qu'on "apprend" en prenant le joug de Jésus et en s'attachant à le
suivre. Cette douceur que l'on attendait du Messie (Za 9,9; Ps 37,11), c'est au
fond le vrai sens de la Loi, et c'est alors que le joug du Sauveur devient
léger. "Où est le bon chemin ? demandait Jérémie ; marchez-y et vous trouverez
la tranquillité pour votre âme"(Jr 6,16). La paix de l'âme, selon le
prophète, impliquait déjà un choix onéreux et un accord profond avec Dieu ; et
c'est cela que le chrétien expérimente en mettant ses pas dans ceux de Jésus.