Le trésor et la perle
Mt 13,45-46
² Le paysan, visiblement, ne cherchait rien, et il a
trouvé le trésor par hasard, dans le champ d'autrui. Le marchand, lui, passait
sa vie à chercher, quand il a trouvé, enfin, une perle de grand prix.
Mais la réaction des deux hommes est
la même : le paysan risque tout avec joie, et achète le champ pour acquérir
légalement le trésor ; le marchand, lui aussi, vend tout ce qu'il a et achète
la perle.
Jésus arrête là ses deux paraboles :
il ne nous dit pas ce qu'est devenu le trésor, ni si le marchand a revendu la
perle. Pour Jésus, la leçon est déjà surabondante : le Royaume des cieux, le
règne de Dieu dans les cœurs, l'amitié avec Dieu, l'accueil de Dieu dans sa
vie, cela vaut plus que tout au monde, et quand le moment est venu, cela vaut
tous les sacrifices, tous les risques, tous les dépouillements. Le tout est de
pas manquer le moment de l'audace ; mais l'audace est payante, et les folies
que l'on fait pour le Royaume s'avèrent finalement la plus solide des sagesses.
² Tous, de bien des manières, nous avons fait le pas ;
tous, un jour ou l'autre, nous avons "regardé comme balayures" les
quelques atouts que nous avions, "au prix de la connaissance suréminente
de Jésus Seigneur ", et nous avons tout largué, tout vendu, pour la perle
unique de son amour, pour la "richesse de sa gloire"(E 1,18).
Or, les années passant, les épreuves
survenant, la solitude s'épaississant, et une fois perdu un lot raisonnable
d'illusions sur nous-mêmes, il arrive que nous perdions aussi, pour un instant
ou pour une longue période douloureuse, le sens de l'aventure spirituelle, le
goût de l'audace, la hâte d'aimer, de louer et de servir. Le trésor est bien
là, encore là, mais inexploité ; nous tenons la perle, mais la joie est partie.
Ni le trésor ni la perle ne sont en
cause, car l'amour du Seigneur ne trompe pas et ne se dévalue jamais. Notre
premier don non plus n'était pas un leurre, et le Seigneur nous le fait bien savoir.
Alors où est la faille ?
Probablement dans notre manière de serrer le trésor et de tenir la perle. Le
trésor du Royaume est fait pour brûler les doigts, et l'on ne peut le garder
qu'en le partageant tous les jours ; la perle de l'amour du Christ n'est pas
faite pour vieillir en écrin : il lui faut la lumière d'une vie donnée, et elle
ne reste belle que sertie dans la joie ; une perle triste, c'est une perle
morte.
² Puisque Jésus nous a fait don du trésor, faisons-lui
l'honneur de ne pas vivre avec un cœur frustré et déçu, attendant toujours
d'autres temps, d'autres gens, et un autre repos. "Trop est avare à qui
Dieu ne suffit".
Puisque le Sauveur nous a confié la
perle, que son Esprit nous garde l'enthousiasme du premier jour. Car c'est tous
les jours qu'il faut oser, tous les jours qu'il faut tout vendre. Là est le
secret de la légèreté spirituelle : continuer à être heureux du Christ, heureux
dans le Christ, heureux pour le Christ, et repartir chaque matin avec, pour
tout trésor, pour tout avenir, pour toute sécurité,
une
perle vivante au creux de la main.