L'épileptique
Mt 17, 14-21
Il ne nous arrive pas de tomber dans l'eau, encore
moins dans le feu, et cependant, lorsque nous pensons à notre vie spirituelle,
à ces mois et ces années que nous avons passés au service de Dieu, à la longue
route évangélique qu'il nous reste à parcourir, nous nous sentons souvent malheureux,
démunis et menacés, comme cet enfant que personne n'arrivait à guérir, même pas
ceux qui se réclamaient de Jésus.
Tantôt l'eau, tantôt le feu. C'était plus fort que lui
; comme une pulsion de se détruire lui-même ; et les siens vivaient dans une
insécurité perpétuelle. Nous-mêmes, même en pleine santé mentale, nous
connaissons des alternances douloureuses dans notre fidélité à l'appel du
Seigneur, dans notre charité fraternelle. C'est notre épreuve, à nous, et c'est
plus fort que nous : tantôt la certitude, la lumière, l'enthousiasme, tantôt
des remontées de tristesse ou des impressions négatives :"Je n'ai pas ma
vraie place". "On ne veut pas de ce que j'ai à donner". Ou bien
"Je serai toujours en deçà de la tâche". "Le Seigneur ne peut
pas m'aimer tel que je suis !"
Nous avons, nous aussi, l'impression que rien ni
personne ne pourra nous guérir de cette fascination pour l'eau et le feu. Mais
ce qui nous semble impossible, à nous, n'est qu'un jeu pour Dieu notre Père, et
Jésus est maître de nos misères comme il est maître du monde.
C'est pourquoi il dit, sans hésiter,
à propos de l'enfant perturbé :"Amenez-le moi ici !". Si quelque
chose en vous est malade, instable, perturbé, n'hésitez pas, présentez-vous au
Seigneur. Si vous avez l'impression d'être paralysé dans votre marche
spirituelle, de ne pas émerger de la nappe de brouillard, si vous avez
l'impression qu'une montagne barre votre route ou qu'elle vous cache la lumière
de Dieu, il vous suffit aujourd'hui, et demain, et chaque jour, d'un petit peu
de foi et de confiance, gros comme un pois, gros comme une graine de moutarde.
Vous direz à la montagne :"Ôte-toi de mon passage !"; et la montagne
s'écartera, montagne de l'égoïsme ou du divertissement, montagne de la paresse
spirituelle, montagne de l'esprit de jouissance ou d'indépendance. Montagnes
réelles de nos impuissances, personnelles ou communautaires. Montagnes de nos
habitudes, de nos souvenirs, de nos craintes pour l'avenir. Montagnes que
parfois nous nous faisons pour des événements sans commune mesure avec notre
amour de Jésus, avec l'œuvre du salut du monde. Parfois simple pincement au
cœur pour un manque d'égard ou une incompréhension.
La montagne s'évanouira. Elle cessera
d'être une montagne, un obstacle, un handicap à nos yeux et pour notre cœur.
Rien ne vous sera impossible, dit Jésus ; il suffira simplement de vouloir ce
que Dieu veut et de tout regarder dans sa lumière.