Joseph, qui était un homme juste

Mt 1,18-23

 

 

Pour un jubilé

 

 

 

               Quand Dieu parle de temps, il parle de l'homme, car pour lui "mille ans sont comme un jour", vingt-cinq ans sont comme hier, et son amour nous ramène toujours au temps d'aujourd'hui, qui seul mesure la fidélité.

 

                              ²   Quel plus bel exemple, pour fêter un jubilé, que celui de saint Joseph, le silencieux par excellence, qui a voulu sans faille "s'ajuster" à la volonté de son Dieu, et a trouvé son bonheur à l'ombre de Marie et de son Fils ?

               Pourtant Dieu lui a demandé un exode perpétuel ; et jamais il n'a pu s'arrêter au dessein qu'il avait projeté, et qui s'inscrivait si bien dans une logique humaine : il voulait installer son foyer à Nazareth, et Dieu a voulu d'abord la naissance à Bethléhem, il a dû ensuite quitter Bethléhem en pleine nuit, puis séjourner en Égypte, suspendu à une nouvelle parole de Dieu, puis revenir à Nazareth, mais cette fois selon le plan de Dieu. Et à toutes ces étapes, Dieu l'a trouvé égal à lui-même, valorisant au maximum le moment présent en totale soumission à la parole de son Dieu, qui parfois improvisait pour lui.

 

²              Par bien des côtés, la vie d'une contemplative ressemble à celle de Joseph ; par bien des retournements elle s'avère, en définitive, la plus surprenante des sagesses. C'est que, progressivement, la propre sagesse de Dieu donne au moment présent toute sa densité de bonheur et de salut : il suffit de plus en plus à la disciple de Jésus qu'elle laisse place, peu à peu, à la parole du Seigneur, qui inspire des décisions humainement un peu folles, porteuses de tant d'avenir. En cela consiste tout son bonheur :"se mettre, selon le don qu'elle a reçu, au service des autres, comme une bonne administratrice de la grâce de Dieu, variée en ses effets" (1 P 4,10)

 

²              L'important est que, de plus en plus, Dieu redevienne l'unique propriétaire de ses dons, et que la personne humaine acquière les réflexes de la bonne gérante, préoccupée uniquement du Seigneur, qui la trouvera, quand il viendra, en habits de service. C'est une grande chose que de garder pour tout souci "l'Enfant et sa Mère", et de savoir partir, fût-ce en pleine nuit, vers l'Égypte ou vers le Nazareth que désignera la volonté du Père. C'est un grand sacrifice aux yeux du Seigneur que de se croire "répudiée en secret", sans avoir rien voulu pour trahir la confiance, attendant de Dieu seul qu'il fasse émerger la vérité.

 

   ²   À toute heure la disciple du Christ se trouve dans la main de Dieu qui prend en charge son avenir et qui veut la délivrer de toute peur. "Ne crains pas, Joseph", dit l'Ange du Seigneur. "Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu". Plus nous approchons du Très-Haut, plus nous sentons le besoin d'être rassurés, car Dieu nous répond parfois "caché dans l'orage"; mais nous savons par expérience que c'est un Père qui nous appelle, et que chez lui l'amour est toujours plus profond, et la cause de tout. Quand le mystère s'épaissit dans notre vie, il suffit de "garder toutes choses en notre cœur", et d'attendre que Dieu en dévoile le sens. Nous sommes alors surpris que tout prenne les couleurs de la rédemption, que Dieu écrive si droit par les méandres de notre existence, et que la patience déposée en nous porte la marque de l'Esprit Saint.

 

²   Nous restons en chemin, et tous les jours nous avons à nous convertir. Les exemples de Marie et de Joseph sont là pour nous rendre courage, mais nous n'avons pas leur innocence, et nous ne sommes encore qu'à demi évangélisés. Mais qu'importe notre pauvreté, si elle est aimée et offerte ! Notre joie est dans le Seigneur qui nous a aimés et s'est livré pour nous. Notre paix, c'est lui-même, et quand la tristesse vient ramper, c'est que nous avons quitté des yeux celui qui ne cesse de nous regarder avec amour. Nous n'avons pas à vivre dans le futur, qui appartient à sa miséricorde, avec ses allégresses et ses peines ; ce qui nous est donné, c'est le présent, à gorger de bonté.

 

 

Bonne route, ma sœur, puisque le Seigneur est déjà toute votre vérité et toute votre vie. Gardez les yeux sur celui qui vous a appelée à vous donner tout entière, et continuez à offrir à vos sœurs votre calme et votre sourire, car notre Dieu aime celles qui donnent avec joie;

 

 

 

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