La perle fine
Mt 13,44-46
² En regardant, dans la main de Jésus, la perle fine
qu'il continue de nous offrir, la perle de son amour pour nous et pour le
monde, aussi belle, aussi intacte, aussi fascinante que jamais, comment ne pas
songer à l'appel que nous avons entendu et qui a décidé de notre vie, comment
ne pas nous retourner vers Dieu avec un cri d'action de grâces, comment ne pas
lui redire, comme au premier jour, au moment de nous unir à son sacrifice:
"Parle, Seigneur, ta servante écoute!"
Il est vrai qu'après de longues
années d'efforts et de fidélité, votre action de grâces pourrait se mêler d'une
certaine inquiétude: d'une part vous pressentez que le Seigneur veut faire pour
vous, comme pour Marie, de grandes choses, et d'autre part, connaissant mieux
les limites de vos forces, il vous arrive d'avoir peur de l'inconnu, personnel
et communautaire, et de vous demander quel sera le chemin, comment tout cela se
fera-t-il ?
La réponse, le Seigneur vous l'a
déjà donnée par la voix de l'Ange : L'Esprit Saint viendra sur toi, et la
puissance du Très-Haut fera ombre sur toi". Vous l'avez reçu, cet Esprit
de Dieu; son sceau invisible est imprimé sur vous depuis votre baptême et votre
confirmation, et c'est lui, l'Esprit de la vérité, qui vous mène chaque jour
vers votre vérité tout entière. Il vous faut seulement accepter que votre vie
soit emportée par le grand vent de Pentecôte; il faut, selon la consigne de
saint Paul, "vous métamorphoser par un changement de votre mentalité"
(Rm 12,2), "vous renouveler dans votre esprit et votre vision du
monde" (E 4,23); il vous faut revêtir le Christ, l'Homme nouveau créé
selon Dieu dans la sainteté et la vérité (Ga 3,27); et, en accueillant chaque
jour la paix qui vient de Dieu, il faut vous armer de courage, car votre vie
consacrée, si vous la voulez authentique, sera une aventure de foi, d'espérance
et d'amour chrétien.
² Aventure de foi, parce que vous n'aurez d'autre
assurance ni d'autre lumière que la parole de Celui qui vous appelle, comme
Abraham"qui partit sans savoir où il allait".
C'est d'ailleurs un regard de foi
sur Dieu, sur vous-mêmes et sur les besoins de l'Église et du monde, qui vous a
amenées à dire, au jour de votre consécration: "Voici la servante du
Seigneur! (Lc 1,38); "me voici, puisque tu m'appelles" (1 Sm 3,5.
Dans l'amitié d'une chrétienne pour son Seigneur, tout commence par un regard.
Comme disait Jésus: "Si ton œil est sain, tout ton être sera dans la
lumière". Ce regard sur le Christ qui aujourd'hui encore illumine votre
vie, vous avez à le prolonger dans le cœur à cœur privilégié de la prière, afin
de pouvoir dire, quand toute certitude s'estompe, quand tout chemin s'efface:
"Je sais en qui j'ai cru!"
² Aventure d'espérance, car votre fidélité de demain n'est
pas inscrite dans votre cœur, mais dans le cœur de Dieu. C'est parce que Dieu
est fidèle que vous pourrez lui offrir votre fidélité tout au long de la route.
L'espérance, c'est la vertu de celles qui marchent, de celles qui se hâtent
"comme des voyageurs et des pèlerins en ce monde", de celles qui
courent dans le stade, tendues vers la promesse 3,12-14.
Votre vie de consacrées est, à la
face du monde, dans l'Église du nouveau millénaire, un signe vivant du Royaume
qui vient. Par votre pauvreté vraie, vous rappelez aux chrétiens qu'ils n'ont
pas ici-bas de cité permanente ; par votre chasteté joyeuse, vous prouvez au
monde que Dieu est assez grand, assez fort et assez beau pour remplir
mystérieusement - tout le cœur et toute la vie d'une chrétienne; par votre
obéissance, vos mettez chaque jour vos mains dans les mains puissantes de Dieu,
vous vous faites humbles, "afin qu'il vous élève au jour de sa
visite" (2 P 6,6); et vous trouvez une liberté plus grande, pour vivre un
plus haut amour.
² Car c'est bien d'amour qu'il s'agit, d'une réponse
d'amour au Père qui vous a aimées le premier.
Or
l'amour, quand il et vrai, appelle le partage total et définitif de toute
richesse, de toute joie, de tout désir et de toute œuvre. Le Christ a besoin de
volontaires à plein temps. II ne s'impose pas: il se propose, car il aime
celles qui donnent avec joie. Restées disponibles d'âme, de cœur, de corps,
vous avez compris un jour, au plus profond de vous-mêmes, ce que Paul disait du
Christ: "Il m'a aimé(e); il s'est livré pour moi". Il faut que
continue à grandir en vous le désir de tout partager avec le Christ, de lui
consacrer tout ce que vous avez, tout ce que vous faites, de lui donner non
seulement les fruits, mais l'arbre, avec ses fleurs et ses promesses, parce que
la moisson est grande et les ouvrières peu nombreuses, parce que le monde a
besoin de voir de vraies vies pour croire au Dieu vivant et vrai, parce qu'il
n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour Celui qu'on aime et
pour ceux qu'il nous demande d'aimer.
C'est tout simple; simple comme un
oui, comme deux regards qui se croisent, celui de Dieu et celui d'une fille de
Dieu. Envisagés dans la lumière des Béatitudes, votre consécration à Dieu et
votre service d'Église, quelle que soit la pesanteur du passé, doivent
s'achever en cantique. Puisque vous avez trouvé le trésor et la perle, gardez
la liberté et l'allégresse de celles qui ont tout vendu. Faites à Dieu
l'offrande de votre joie, faites à Dieu l'aumône de votre sourire ; faites au
Christ l'honneur d'être heureuses pour lui, de lui, en lui, avec lui, et de
rien souhaiter d'autre que l'avènement. de son Règne et son invisible amitié. .