Quand le Fils de l'homme viendra

Mt 25,31-40

 

 

 

 

            Le Sauveur qui nous aime nous jugera. C'est Lui qui l'a dit. Voilà une certitude que nous ne pouvons pas effacer de l'Evangile, même si elle nous importune ou nous inquiète. Un jour viendra où le Seigneur de gloire fera un tri entre les hommes, un tri dans chacune de nos vies ; et ce jour qui se profile à la fin des temps nous rappelle de loin en loin le sérieux de notre existence, l'urgence de la conversion, et le réalisme qui nous est demandé dans le service du Seigneur.

 

            Nous ne serons pas jugés sur nos projets spirituels, sur nos bonnes intentions ou nos velléités, mais sur des gestes concrets, des réalisations, des initiatives, sur une vie quotidienne d'attention à Dieu et aux hommes.

            Il ne suffira pas d'avoir dit oui un jour pour se retrouver parmi les bénis du Père; il ne suffira pas d'avoir passé ses jours dans la paix d'un cloître, même au Carmel, car l'oraison serait un leurre si l'amour ne sui­vait pas.

 

            Ce qui sera alors révélé au grand jour, c'est la mystérieuse solidarité qui unit Jésus glorieux avec tous ceux et toutes celles qui sur terre ont besoin de secours, quelles que soient leurs dispositions subjectives par rap­port au Royaume de Dieu. Le Fils de l'Homme voit son frère en tout homme qui souffre, dans son corps ou dans sa dignité, et tout ce qui est fait aux plus petits, à ceux que la vie a blessés ou laissés pour compte, Jésus ressus­cité le prend pour lui.

 

            Et nous ne pourrons pas dire :" Seigneur, dans mon Carmel, j'étais loin du Sahel, loin du Bengla Desh, loin des favelas du Brésil ; de mon Carmel je ne pouvais visiter les prisons !"; car chaque jour nous croisons, au Carmel, des sœurs de Jésus qui ont faim d'amitié, qui ont soif d'être reconnues, qui sont demeurées étrangères, des sœurs de Jésus prisonnières de leur passé, des sœurs de Jésus exposées sans défense au grand froid du mé­pris ou de l'indifférence.

 

            Certes, ce sont de petits mépris et des indifférences passagères, mais le Seigneur prend pour lui tous les regards que nous détournons,

toutes les paroles de paix que nous retenons,

toutes nos lenteurs à pardonner,

tous nos silences, quand ils sont des mutismes volontaires,

toutes nos crispations d'orgueil,

tous nos refus de la lumière qui vient du coeur des autres.

 

            Tant que nous cheminons, tant que nos forces nous permettent d'espérer un lendemain, nous croyons avoir du temps devant nous, nous espérons que les autres changeront, et qu'alors nous pourrons aimer.

Or dès aujourd'hui Jésus veut être servi en ces frères et ces sœurs difficiles à aimer.

 

            Ce sens plénier de nos actes ou de nos manques de charité ne sera révélé que dans la lumière du dernier jour ; mais dès aujourd'hui Jésus nous redit avec douceur et insistance que nous serons jugés sur l'amour, parce que, dans sa tendresse, il nous voudrait dès aujourd'hui accordés à sa propre charité.

 

            Il faut aller très loin dans l'amour fraternel avant que notre bonté commence à ressembler à celle de Jé­sus, et sans cesse nous avons besoin que l'Esprit nous réveille, car nous passerions parfois toute une journée en oubliant d'aimer, en oubliant la miséricorde et la douceur, perdus que nous sommes dans nos œuvres, nos projets ou nos souvenirs.

            Nous ne prenons pas le temps d'exister pour les autres, même parfois quand notre vie est remplie de service, et nous ne donnons pas aux autres le temps d'exister pour nous ; or aimer, c'est cela : faire exister l'autre, et c'est ce que Dieu fait constamment pour nous tous,

                                                                                                                        en ouvrant sa main.

 

 

 

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