La chaire de Moïse

Mt 23,1-12

 

 

 

 

 

 

Aujourd'hui l'enseignement de Jésus se présente sous deux formes différentes :

- d'une part une critique des scribes et des Pharisiens ;

- d'autre part des directives pour la vie quotidienne de la communauté.

 

²  Regardons d'abord les reproches que Jésus adresse aux Pharisiens, maîtres à penser de la classe moyenne et du petit peuple, et aux scribes, les intellectuels de Palestine, les spécialistes de la Loi et des Écritures. Jésus ne cherche pas à ruiner leur enseignement, car ils ont vraiment la responsabilité d'interpréter les Écritures et ils doivent être écoutés quand ils transmettent la parole authentique de Dieu et non leur tradition personnelle . Mais Jésus a contre plusieurs griefs:

 

- Tout d'abord la Loi, la théologie, pour eux, est objet de discussions savantes, sans pour autant qu'elle changent leur vie. Il y a divorce entre ce qu'ils disent et ce qu'ils vivent : les théories remplacent l'engagement ; la vérité, ils la portent et la transmettent, sans qu'elle ait mordu sur leur existence. Ils disent, et ne vivent que pour dire ; ils parlent, et ne font pas.

 

 - Et non seulement ils ne font pas, mais ils font faire par les autres ce qu'ils refusent pour eux-mêmes; ils écrasent sous une sorte de fardeau obsessionnel les hommes de bonne volonté qui leur ont fait confiance, et cela uniquement pour le plaisir d'une certaine surenchère intellectuelle sur les commandements, pour le plaisir de lancer des idées, sans se demander sur qui elle retomberont.

 

- Enfin, quand par hasard ils font quelque chose, c'est toujours quelque chose de voyant. L'important pour eux est de se faire valoir, et pour cela ils utilisent les objets du culte ou les attitudes de la prière, les signes extérieurs de richesse spirituelle. Les phylactères dont parle Jésus étaient de petits sachets de cuir renfermant quelques textes bibliques écrits sur parchemin. Tout homme d'Israël en portait un sur le front et un au bras gauche, pour la prière du matin, les jours de travail. Beaucoup de Pharisiens, par ostentation, les portaient très larges, de même qu'ils allongeaient démesurément les franges et les houppes de leur châle de prière. 

 

²  Jésus, sans ménagement, décape leurs mensonges et leur égoïsme. Quant à nous, pouvons-nous vraiment leur jeter la pierre ?

Notre appartenance à la communauté du Christ, ne devient-elle pas, à certaines heures, un simple vernis ? et les choses de Dieu ne deviennent-elles pas pour nous le lieu d'une secrète volonté de puissance ? Bien souvent la parole de Dieu glisse sur nos habitudes sans rien pouvoir changer de notre cœur et de nos réactions ; trop souvent, pleins d'indulgence pour nous-mêmes et notre vision des choses, nous chargeons les épaules de frères ou de sœurs qui n'en peuvent déjà plus ; trop souvent aussi nous vivons au niveau du paraître, alors que l'être profond ne suit pas, n'évolue pas, ne s'assouplit pas, ne se convertit pas, et cela peut durer des années. Vivre au niveau de son personnage et avoir besoin sans cesse du miroir des autres, n'est-ce pas cela, finalement, être pharisien ?

 

²               Jésus arrête son réquisitoire et donne maintenant ses consignes à ceux qui l'écoutent. Il exclut d'abord pour ses disciples le titre de Rabbi, "maître". D'abord utilisé pour tous les personnages de premier plan, ce titre était de plus en plus réservé aux scribes enseignants. Personne dans la communauté ne devra se faire appeler ainsi, non pas que Jésus récuse toute fonction officielle dans sa communauté, mais parce qu'il ne veut pas que l'on attache à un service l'autoritarisme ou la vanité. Personne ne sera appelé docteur. Personne ne sera appelé père (c'est-à-dire, dans le contexte du temps, le responsable d'une troupe de disciples). Il n'y a pas de personnages parmi les chrétiens, pas de rôle à jouer, pas de position à défendre, pas de renommée à préserver coûte que coûte, et la science, la compétence, si elles existent, ne sont pas un honneur mais un service et un devoir.  

Ainsi est écarté un engouement pour des maîtres humains, ou des modes humaines, car tous les croyants sont à l'écoute du Christ, le seul qui puisse "raconter" Dieu comme un voyageur qui a vu ; tous vénèrent l'unique Père ; tous se veulent frères, parce qu'ils ont tous accès au cœur de Dieu. Ce qui unit les chrétiens en profondeur, ce n'est pas tel style de pensée ou d'action, mais l'écoute du même et unique Seigneur.

 

"Le plus grand parmi vous se fera votre serviteur, ajoute Jésus, quiconque s'abaissera sera élevé". La notion de service éclaire ici celle d'abaissement. L'humilité que Jésus attend de nous n'est pas l'humilité paralysante, la démission, une attitude active et dépressive devant la vie et les autres, mais l'humilité joyeuse et active de celui qui sert.

 

Que cette Cène du Seigneur soit un moment d'authenticité de notre foi et de notre espérance, un moment nous nous voulons fils parmi des fils, frères parmi des frères. Demandons au Seigneur d'enlever lui-même nos masques pour un moment d'écoute et de partage.

 

 

 

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