Ce qui sort de la bouche

 Mt 15,1-20

 

 

 

 

 

 

 

Ce jour-là le débat s'est très fort animé.

Les Pharisiens et des scribes, venus exprès de Jérusalem, accusent Jésus de transgresser la tradition des anciens ; "Tes disciples ne se lavent pas les mains au moment de prendre leur repas". Et Jésus leur répond en trois temps.

 

²  D'abord, leur dit-il, au nom de votre tradition, transmise oralement de maître à maître, vous annulez la parole de Dieu. Vous admettez, par exemple, que l'on dise à son père ou à sa mère : Les biens dont j'aurais pu t'assister, qorban : je les consacre à Dieu !" De telles théories dénaturent le plan de Dieu, et disqualifient leurs inventeurs. Ce sont des guides aveugles, des plantes que le Père n'a pas plantées lui-même et qu'il ne veut pas voir fructifier.

 

²  Puis - et c'est là sa deuxième réponse – Jésus cite le prophète Isaïe :" Ce peuple m'honore des lèvres ; mais leur cœur est loin de moi. Vain est le culte qu'ils me rendent : les doctrines qu'ils enseignent ne sont que des préceptes humains" (Is 29,1).

 

²  Après quoi Jésus saisit l'occasion pour délivrer un enseignement solennel et définitif. Il appelle la foule auprès de lui, et il déclare :"Écoutez et comprenez. Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme (ou qui rend l'homme impur), mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui souille l'homme".

   Et Jésus d'expliquer : Ce qui rentre dans la bouche vient de l'extérieur. Ce sont des aliments que le corps va assimiler ou rejeter. D'instinct, d'ailleurs, on prend soin de ne pas manger de choses sales ou nuisibles. Ce qui vient de l'extérieur, ou bien le corps en profite, ou il n'en fera rien.

            Tout ce qui sort de la bouche, au contraire, vient du profond de l'être, que les hommes de la Bible appellent le cœur (lēb). Le cœur, dans la Bible, c'est une notion centrale, parce que le cœur, pour les hommes de l'Ancien Orient, servait d'abord à comprendre, puis ensuite à aimer et à vouloir. Les "hommes de cœur" étaient des gens intelligents, les "sages de cœur" passaient pour des hommes avisés et de bon conseil. Le cœur était bien le siège des émotions, mais surtout l'instance de la réflexion, de la décision et de l'engagement. Le cœur, c'était le tout de l'homme intérieur, la source de la liberté, pour le meilleur et pour le pire.

            Et Jésus donne quelques exemples du pire :"Du cœur procèdent mauvais desseins, meurtres, adultères, débauches, vols, faux témoignages, diffamations"; et il ajoute :"Voilà les choses qui souillent l'homme".

 

²    Ce n'est pas le monde créé qui est comme traversé par la frontière du pur et de l'impur, comme le pensaient les Pharisiens, c'est le cœur de l'homme, c'est-à-dire sa conscience, son vouloir, sa liberté, qui va donner sa valeur à tout ce dont il rêve, à tout ce qu'il dit, à tout ce qu'il fait.

            Le mal n'est pas dans les choses, mais dans la manière de les posséder, de les utiliser ou de s'en rendre esclave. Le mal n'est pas dans le vin, mais dans l'abus d'alcool. Le mal n'est pas dans l'amour, mais dans la manière dont on l'avilit. Le mal n'est pas dans Internet, ni dans les biens de la culture, mais dans l'usage qu'on peut en faire pour pervertir les intelligences et asservir les cœurs.

            "Écoutez et comprenez", dit Jésus.

             Laissez vivre votre cœur pour le meilleur de vous-mêmes.

             Apprenez la liberté des vrais enfants de Dieu.

 

 

 

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