"Arrache-le et jette-le
loin de toi"
Mt052732
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Entre deux consignes de Jésus sur l'adultère et sur
la répudiation, l'Evangile nous rapporte deux paroles extrêmement vigoureuses
sur les occasions de chute :
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"Si
c'est ton œil qui te fait achopper et tomber, arrache-le, et jette-le loin de
toi". L'œil, le regard, c'est l'instrument du désir, c'est ce qui nourrit
la convoitise, et il y a une manière de regarder les personnes, les choses ou
les richesses, qui équivaut à les prendre pour soi, à les posséder avidement,
en désir.
"Si
ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi!" La
main droite, ou la gauche pour les gauchers, c'est la main habile et précise,
la main du savoir faire, la main qui salue, la main qui écrit et qui signe, la
main qui peut faire tant de bien et qui peut aussi réaliser le mal.
Faut-il
donc, à cause de la menace du péché, rester avec un seul œil et une seule main,
la moins bonne des deux ? Bien évidemment, il ne s'agit pas de se mutiler, et
il faut bien comprendre l'humour de Jésus. Mais ce que Jésus affirme, c'est
que, par fidélité à son message, il faut renoncer à une part de nos désirs, et
parfois renoncer à certaines de nos activités, les désirs et les activités qui
sont porteurs de mort spirituelle pour nous-mêmes et pour les autres.
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Paradoxes de Jésus, paradoxes de l'Evangile: on voit
parfois plus clair d'un seul œil, quand le second ne lorgne que sur la nuit ;
on travaille parfois mieux d'une seule main, quand l'autre nous attache quelque
part et nous enlève toute souplesse. Dieu nous veut lucides, Dieu nous veut
allègres à son service, et quand nous sommes attelés à son oeuvre, la liberté
de cœur n'est jamais trop cher payée.
Déjà les Béatitudes de Jésus nous appelaient
à changer radicalement nos valeurs et le centre de gravité de toutes nos joies.
Aujourd'hui encore, Jésus, pour réveiller notre foi, nous déstabilise en
invoquant le sacrifice d'un œil ou d'une main. Jusqu'à notre mort la suite de
Jésus s'imposera des choix onéreux et généreux. Et notre amitié pour lui nous
ramènera toujours à la nécessité de l'effort. Mais l'effort, tel que Jésus le
propose, libère toujours en nous le meilleur de nous-mêmes et nous replace
toujours dans l'axe du bonheur
À ses disciples Jésus demande de dépasser les apparences pour s'arrimer à des certitudes, de lâcher des esclavages pour assumer le vrai service, d'utiliser le temps pour préparer l'éternité. Son seul but est que nous ayons la vie, la vie en abondance, la vie sans déclin; et, dans sa pensée, toute mort à nous-mêmes est ordonnée à cette vie qu'il promet et qu'il donne:
la taille prépare les fruits,
les renoncements ouvrent la route pour
l'engagement,
l'obéissance s' épanouit en liberté filiale.
C'est la logique de la passion glorifiante, la
logique du passage de ce monde au Père, qui déroute si souvent nos prévisions
humaines, mais nous rend si légers sur les chemins de Dieu.