Aucun homme n'est prophète en son pays

Mt 13, 53-88

 

 

 

 

 

 

 

 

 

²  Jésus a quitté les bords du lac où il a prononcé les huit paraboles du Royaume. En deux jours de marche il revient chez lui, à Nazareth, et commence à prêcher, pour la première fois dans la synagogue de sa jeunesse.

            Toutes les conditions semblent réunies pour un grand succès :

- lui, l'homme du pays, est déjà célèbre pour ses guérisons dans toute la Galilée ;

- de plus il parle une langue directe, imagée, et la moindre de ses paraboles devient tout un programme de réflexion. On l'écouterait pendant des heures !

            Or, contrairement à toute attente, les gens de Nazareth ne dépassent pas le stade de l'étonnement. Du point de vue de la foi, c'est l'échec, que Matthieu résume en deux phrases laconiques :

            "Il était pour eux une pierre d'achoppement …

            "Là, il ne fit pas beaucoup de miracles, parce qu'ils ne croyaient pas."

Tout de suite l'incompréhension et le refus ont stoppé l'initiative de Jésus, et Matthieu nous aide à mesurer l'ampleur de cette opposition en rapportant les réflexions des gens du pays, puis la conclusion de Jésus lui-même

 

²               "D'où lui viennent cette sagesse et ces miracles ?"

On le connaît comme le fils du charpentier et le fils de Marie, des gens qui n'ont jamais fait parler d'eux, ni comme guérisseurs, ni comme intellectuels. Et dans sa parenté, on ne connaît personne d'extraordinaire, sinon on se le serait dit, parce que tous ses cousins et toutes ses cousines habitent le bourg ou ses environs

"D'où lui vient donc tout cela ?"

Bonne question ! C'est la vraie question à se poser ; mais ils ne vont pas jusqu'à la réponse. Les faits sont là, pourtant ; mais les gens n'osent pas penser qu'ils viennent de Dieu, et ils oseraient encore moins le dire.

            C'est une vieille misère du cœur de l'homme : l'homme est prêt à reconnaître que Dieu agit au loin, ailleurs, qu'il a agi autrefois, qu'il agira un jour, mais des merveilles de Dieu au milieu des choses familières, de la vie quotidienne de personnes connues, des merveilles dans notre communauté, un retournement des cœurs, ce n'est pas pensable, ce n'est pas croyable ! Un Dieu ami à ce point, un Dieu si proche, familier de notre monde ? Impossible !

 

²  Et c'est bien ainsi que Jésus analyse leur refus, tout en leur donnant une première clé de son mystère : "Un prophète n'est méprisé que dans sa patrie et dans sa maison".

            Un prophète : voilà la réponse de Jésus. D'où viennent à un prophète la sagesse et les miracles ? Directement de Dieu. On l'admet encore lorsque le prophète vient de loin, et qu'il est aussi inconnu que le Dieu qu'il sert. Mais quelle foi il aurait fallu à un juif de Nazareth pour se dire, en revenant de la synagogue : "Mon voisin Jésus est un prophète."

            C'est pourtant cela, et beaucoup plus que cela, qui nous est demandé, car de ce même Jésus de Nazareth, nous redisons, avec le Credo de l'Église :"Il est Dieu, né de Dieu ; lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu." Or ce Jésus Fils de Dieu se donne à nous dans l'ordinaire ; il nous visite dans notre histoire, il nous parle avec nos paroles, et il prend pour son Eucharistie notre pain de tous les jours.

            Quand il vient à nous, il vient chez lui, dans sa patrie, dans sa maison, dans sa communauté vivante, et c'est là qu'il aimerait livrer sa sagesse, multiplier les miracles. Mais nous le connaissons trop, nous avons trop l'illusion de le connaître, ou l'habitude d'être de sa famille, pour attendre de lui de nouvelles merveilles.

 

Cependant notre timidité n'arrête pas le Seigneur ; ses merveilles, il les fait quand même, librement, gratuitement, divinement, et à son heure, pour que nous ayons la joie de dire merci

            à défaut d'avoir su espérer.

 

 

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