"De toutes les
nations faites des disciples"
Mt 28,16-21
Dans l'Évangile
de Matthieu, Jésus,
apparaissant aux saintes femmes le matin
de Pâques,
leur a dit
: "Allez annoncer à mes frères qu'ils doivent partir pour la Galilée. C'est là
qu'ils me verront" (Mt 28,10).
Les Onze ont été fidèles au rendez-vous ; ils se sont
rendus à la
montagne que Jésus leur avait
indiquée, et
c'est le récit
de cette rencontre
qui va nourrir
ce matin notre
méditation et notre prière.
² Au moment où
Jésus ressuscité se fait voir, les disciples
se prosternent, parce que
le Maître vient
du monde de
Dieu : celui
qui leur apparaît
se trouve déjà
pour toujours dans la gloire. Et c'est
cela que Jésus
souligne dès ses premiers mots
: "Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur
la terre".
Matthieu ne décrit
pas le départ
de Jésus,
mais tout le
mystère de son ascension est là dans
les paroles du Seigneur. "Dieu, en effet, en ressuscitant
le Christ d'entre
les morts,
l'a fait siéger
à sa droite
dans les cieux, … il a
tout mis sous
ses pieds,
et l'a constitué, au sommet
de tout,
pour l'Église
qui est son
Corps" (Ep 1,20-22).
C'est ainsi que saint Paul transcrit,
dans sa théologie, les événements
de l'ascension.
² Au ciel, le Christ partage
la toute puissance
de Dieu,
et sur terre, ce sont ses
disciples qui vont continuer son œuvre. Au
moment où Jésus s'en est allé
à Dieu,
il ordonne
:"Allez donc, de toutes
les nations faites des disciples,
les baptisant au nom du
Père, du
Fils, et
du Saint Esprit".
Les Apôtres de Jésus
vont donc partir, de siècle
en siècle,
jusqu'au bout de la terre.
Non pas pour
rassembler des disciples autour de théories humaines, mais pour
annoncer la parole de Jésus
et proposer ses consignes de vie.
² C'est bien la mission
de Jésus
qui va perdurer, et Jésus
lui-même sera à l'œuvre avec
ses envoyés : "Voici que je suis
avec vous pour
toujours, jusqu'à
la fin du
monde". La promesse est
solennelle ; tous les mots portent, et tous
nous sommes concernés. "Je
suis avec vous", dit Jésus ; avec nous
tous, baptisés au nom du
Père, du
Fils, et
du Saint Esprit, qui communions
au même Corps du Christ et
vivons de sa
parole. Il est avec nous dans
le cloître et à la maison
au milieu des
enfants, sans
faire de différence
entre les fortunes
et les genres
de vie,
car la seule
richesse qu'il regarde est celle
du cœur, celle
qui suscite les dévouements, les patiences
et les compassions.
² Jésus est avec nous
"jusqu'à la fin du monde", et le
nouveau millénaire, encore tout proche, ne
doit pas nous
impressionner. Pour nous,
les chrétiens, c'est l'occasion de rendre
grâces et d'entrer dans le
pardon de Dieu, et non
pas une raison
de craindre l'avenir.
Car le monde n'est peut être
encore qu'à l'aurore de
la foi, et Jésus,
le Seigneur du temps et
de l'histoire, nous donne
rendez-vous pour bien d'autres
jubilés, bien
d'autres millénaires.
² Jésus est avec nous
"tous les jours". Et
c'est sa présence
au quotidien qui donne un
sens à nos
projets, à
nos efforts, à tous
nos gestes de solidarité.
Il est présent
aux grandes joies de son
Église ;
mais tout autant quand l'Église peine
à trouver sa
route, ou
qu'elle doit ramer contre la
tempête. Notre
Église manque de moyens et
manque de prêtres ; mais Jésus
n'est pas absent
!
Notre Église est confrontée de tous côtés aux
accélérations de l'histoire,
aux mutations de la société
: Jésus est là, avec
la lumière de sa parole
et la force
de son Eucharistie. Nous ne savons
plus comment transmettre la foi aux jeunes générations, comment donner au charisme de
notre Ordre un visage serein
et attirant. Jésus est là, nous guidant
par son Esprit
vers la vérité tout entière.
Nous ne sommes
pas seuls non
plus aux heures de souffrance personnelle, à ces moments
inattendus où les épreuves du
corps et du
cœur viennent nous dire doucement que tout aura
une fin et
que nous n'avons
pas ici-bas, même dans la
vie consacrée, de cité permanente. À ces moments-là retentit en
nous avec toute
sa force la
parole de Jésus
: "Ma vie, nul ne
la prend
; mais c'est moi qui la
donne".
Alors nous repartons
avec un nouveau
courage pour demeurer vraiment, "rien que
pour aujourd'hui", avec le
Vivant qui demeure en nous. L'Évangile
de Matthieu s'ouvrait sur une page
d'espérance : l'enfant
de Bethléem venait au monde pour être Emmanuel : Dieu avec
nous. Ce
même Évangile se referme,
en cet aujourd'hui
de l'Ascension, sur la
même promesse, étendue à
toutes les nations et à tous les siècles : le Christ avec nous,
Emmanuel.