La mort de Jean-Baptiste
Mt 14,1-12
Quel mélange de beauté, de richesse,
de pouvoir, et de sentiments sordides !
² La jeune danseuse ne vit que pour plaire. Elle
n'existe que dans le miroir et le désir des autres. Mais elle n'a rien dans la
tête, s'en tient aux idées de sa mère et ne sait même pas quoi répondre quand
Hérode lui offre un cadeau royal.
Hérodiade, au contraire, est une femme de tête, ambitieuse, tyrannique,
et elle met son intelligence au service de sa haine; Elle ne supporte pas les critiques
du Baptiste et veut sa mort, tout de suite, au risque de voir la foule se
soulever pour défendre le prophète.
Quant à Hérode Antipas, en dépit de son habileté
politique, c'est un faible, et finalement un personnage sans envergure. Il
réagit d'abord sans aucune retenue au charme de la danseuse ; puis il se laisse
aller à un serment inutile ; enfin, par fierté, il va jusqu'au bout du crime.
En lui les puissances du mal se liguent pour abattre le prophète, sans défense
au fond de son cachot : la passion, le pouvoir, la vie luxueuse, ces trois
forces que dénonce saint Jean dans sa première épître parce qu'elles détournent
l'homme de Dieu :"Car tout ce qui est dans le monde – la convoitise de la
chair, la convoitise des yeux (le pouvoir sans frein) et l'orgueil de la
richesse – vient non pas du Père, mais du monde". Et saint Jean ajoute
:"Or le monde passe, avec ses convoitises, mais celui qui fait la volonté
de Dieu demeure éternellement".
² Apparemment le mal a triomphé, mais le souvenir du
Baptiste va hanter le roi, comme le montre le début de notre Évangile
d'aujourd'hui :"Hérode apprit la renommée de Jésus et dit à ses serviteurs
: Cet homme, c'est Jean-Baptiste. Il est ressuscité d'entre les morts, et voilà
pourquoi il a le pouvoir de faire des miracles".
Ce qu'Hérode ne sait pas, c'est que le rayonnement de
Jésus va dépasser encore celui du Baptiste. Prévenu aussitôt, Jésus de Nazareth
va continuer de plus belle l'annonce du Royaume, sans se laisser intimider par
celui qu'il appelle le "renard".
Jésus aura, lui aussi, désormais
dans la mémoire la mort héroïque et cachée du Précurseur quand il annoncera sa
propre passion. Toutefois il sait, et il dit,qu'il ne mourra pas de la main
d'Hérode Antipas, ni même sur ses terres de Galilée et de Pérée, mais bien dans
la ville sainte, à Jérusalem.
²
On
ne choisit pas sa mort.
Le
Baptiste, vénéré par tout un peuple, a été assassiné en quelques minutes au
fond d'un cachot pour le caprice d'un roi, pour la haine d'une femme.
Mais il avait choisi sa vie. Il
voulait être seulement l'ami de l'Époux, efficace et discret ; il voulait
n'être qu'une voix, au service d'un message de vie. Il avait été la lumière, le
flambeau que l'on suit dans la nuit avec joie.
Maintenant il s'efface tout à fait,
jusqu'à la mort ; et cela aussi était son projet spirituel :"Il faut que
lui grandisse, et que moi je décroisse". Mais il avait connu la plus
grande joie que l'on puisse vivre sur terre : il avait reçu le témoignage de
Jésus :
"Jean est un prophète, et plus
qu'un prophète.
Parmi les enfants des hommes, nul n'est plus grand que Jean le Baptiste
!"