"Aimez vos ennemis"
Mt 5,43-47
"Aimez vos ennemis", dit Jésus.
² Mais peut-être disons-nous : "Moi, je n'ai pas
d'ennemis. Je ne suis pas connu ; je n'ai pas de responsabilités politiques. Je
n'ai pas à commander, et très peu à donner mon avis!".
C'est vrai : nous ne sommes pas
vraiment en danger : personne ne menace notre vie ni notre liberté.
Et pourtant, si nous regardons en
vérité ce qui se passe dans notre cœur, dans notre désir, dans notre mémoire,
nous découvrons combien l'agressivité nous habite et nous travaille.
²
Nous n'avons pas de vrais ennemis, mais nous en voulons
parfois à beaucoup de gens, lointains ou proches.
Nous leur en voulons
de ne pas nous reconnaître tels
que nous nous voyons,
de ne pas deviner ce que nous
désirons,
de ne pas nous accepter tel que
nous sommes ;
nous leur en voulons d'être
eux-mêmes et de le rester.
Même quand personne
n'en vient à nous haïr, nous en voulons à beaucoup de ne pas nous aimer.
Même si nous n'avons
pas vraiment de haine pour personne, nous laissons se rétrécir le cercle de
ceux qui nous intéressent. Au-delà du cercle, très près de nous parfois, mais
déjà très loin de notre cœur, nous apercevons ceux et celles dont nous
n'attendons plus rien, ni affection, ni regard , ni compréhension ni sympathie.
Nous aimons
"ceux qui nous aiment",
nous nous attachons
à ceux qui nous valorisent,
nous saluons ceux
qui les premiers ont fait le geste de nous saluer.
Bref, notre moi reste au centre de
tout, et c'est cela que vise Jésus, car si l'on ignore la gratuité, on tourne
le dos à l'amour.
² Le remède existe, mais il est onéreux, et Jésus ne le
cache pas : "Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est
parfait".
Notre Père est parfait dans sa
manière d'aimer, parce que sa tendresse est toute gratuite et sans frontières.
Il n'y a pas de frontières, dans le cœur de Dieu, entre les bons et des
méchants.
Il n'y a pas de cercle de
privilégiés, car tous ont le privilège d'être aimés comme des fils et des
filles. Même si nous n'avons pas
d'ennemis acharnés, la grande affaire pour nous et de vivre vraiment comme les
fils et les filles d'un tel Père, et de garder toujours dans notre cœur un peu
de soleil pour tous ceux que nous côtoyons, un peu de pluie pour leur jardin et
leurs semailles, une petite lumière qui les invite à entrer.
² II ne suffit pas de reconnaître l'agressivité qui parasite
nos sentiments, il faut surtout libérer
la bonté qui en nous se cache ou s'endort.
Car on peut vivre
authentiquement sans connaître la renommée et sans laisser aucune œuvre mesurable,
mais on aura tout manqué sur cette terre si l'on n'a pas fait à la bonté toute
sa place.
C'est par elle qu'on ressemble à Dieu..
Avec lui c'est notre air de famille.