"Ils disent et ne font pas".

Mt 23,1-12

 

 

 

 

 

 

            Tout le chapitre 23 de saint Matthieu rapporte une série de paroles de Jésus contre les scribes et les Pharisiens. Être scribe, c'était être un maître dans l'interprétation de la Loi., c'était donc une vraie spécialisation et une vraie fonction. Quant aux Pharisiens, ils constituaient, depuis deux siècles environ, une sorte de parti politico-religieux, souvent dans l'opposition aux grands prêtres politiciens, et très puissant dans les classes moyennes. On pouvait donc être scribe sans être pharisien. En fait, à l'époque du Christ, un grand nombre de spécialistes de la Loi appartenait au parti des Pharisiens.

Qu'est-ce qui a mérité la sévérité de Jésus ? - Trois attitudes, qui nous guettent nous aussi, dès que, dans la communauté chrétienne, nous pensons être détenteurs d'une responsabilité ou témoins d'une fidélité particulière.

 

²  Tout d'abord, ils disent et ne font pas. Tout se passe au niveau du langage : en disant les choses, il les vivent par procuration. Devenus, par héritage, propriétaires d'une tradition, il la gèrent au niveau des formules, des schémas, des itinéraires proposés. Ils calibrent les fardeaux, mais s'exemptent eux-mêmes de les porter.

Ces conseillers-là, pense Jésus, se disqualifient par le mensonge de leur vie réelle. Ils peuvent faire illusion, ils peuvent se faire illusion, mais on ne peut les prendre comme référence puisqu'ils ne sont que théorie sans pratique.

 

²  Ils disent, et ne font pas ce qu'ils disent ; et même ce qu'ils font est faussé d'avance : c'est le deuxième reproche de Jésus.

Ainsi, non seulement ils se contentent de la théorie, mais ils en restent aux apparences, au spectacle, au théâtre. Il leur faut être vu, donc ils font du voyant, et ils allongent les franges de leur châle de prière. L'important pour eux est d'être classés parmi les vrais fidèles, d'être reconnus et salués comme des croyants de premier plan. Au fond, ces scribes et ses Pharisiens ont besoin du miroir des autres pour se sentir à l'aise. Et pourquoi sont-ils toujours en quête de l'approbation et de l'estime des autres ? - Parce qu'ils se situent mal devant Dieu et devant le Messie Jésus.

 Là, Jésus quitte le ton des reproches et donne quelques consignes très nettes à sa communauté :"Ne vous faites pas appeler "Rabbi"', ou "maître", "guide", et n'appelez personne "père" sur la terre". "Père", c'est le titre que l'on donnait à certains rabbis particulièrement réputés ou vénérés.

Tout cela n'a plus cours, nous dit Jésus : ces titres-là, il ne faut ni les rechercher pour soi, ni les donner à d'autres, car l'Envoyé est désormais pour tous le maître unique, l'interprète unique de la volonté de Dieu; et tout ce qui est vécu dans l'Eglise sous le signe de la paternité doit être référé à l'unique paternité de Dieu. Dans l'Église de Jésus, il serait tout aussi vain de devenir un personnage que de s'abriter derrière le prestige d'un autre. Car la seule grandeur consiste à servir, et la qualité du service chrétien, personne, sinon Dieu, ne peut la mesurer.

 

Ce qui revient au disciple de Jésus, c'est de s'abaisser, non pas de se défiler devant les responsabilités, ni de se déprécier artificiellement, mais de s'abaisser, c'est-à-dire d'assumer sa vie devant Dieu comme un service, en rendant belles les choses simples, et en vivant simplement les choses grandes.

 

 

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