Des citernes crevassées
Mt 13,10-17
² C'est encore Jérémie qui nous
introduit à l'Évangile et qui nous fait rentrer en nous-mêmes en nous parlant
du peuple de Dieu.
Comme Israël, nous vivons le désert comme un lieu et
un temps bénis.
Là
Dieu nous parle au cœur, et nous sommes capables pour lui d'un amour jeune,
frais comme des fiançailles.
Puis vient le pays plantureux, "la terre du jardin", "le
pays du Carmel", où Dieu nous mène pour nous rassasier de ses fruits et de
ses biens.
C'est
le pays de la promesse. Dieu ayant tenu parole, ce devrait être pour nous aussi
le temps de la fidélité, de l'amour qui dure.
Or c'est le temps des
abandons :"Ils m'ont abandonné, moi, la Source d'eau vive, pour se creuser
des citernes, citernes lézardées qui ne retiennent pas l'eau !"
²
Notre
Dieu nous offre un amour toujours neuf, toujours jaillissant, toujours
disponible, un amour-source qu'il faut sans cesse recevoir, sans pouvoir le
mesurer ni le retenir. Mais nous recherchons, d'instinct, une autre sécurité :
nous voulons de l'eau à notre convenance, de l'eau stockée, domestiquée ; et
nous nous creusons des citernes, pour contenir les dons que Dieu nous fait.
Nous misons sur l'avoir et nous programmons l'avenir en fonction de l'eau de
nos citernes ; mais aucune ne retient l'eau.
²
Notre
Dieu, qui ne se répète jamais, aime les choses jaillissantes, celles qui sont
"neuves tous les matins", comme sa propre miséricorde (Lam 3,23).
C'est pourquoi Jésus, lui aussi, nous parle en paraboles ; il nous propose, non
pas des vérités toutes faites, empilables et vite oubliées, mais des programmes
de réflexion qui sollicitent notre intelligence d'une manière toujours neuve,
et qui appellent une réponse de notre cœur aujourd'hui et maintenant.
C'est la première eau vive, la parole neuve de Jésus.
L'autre eau vivante, celle qu'il nous faut demander si nous savons
"le don de Dieu", c'est l'Esprit Saint lui-même, qui est, en Dieu,
jaillissement d'amour, et qui se fait, en nous, source et fontaine.
Son eau jaillit pour une vie éternelle.