La monnaie de César
Mt 22,15-21
Préparation
de l'Évangile
L'atmosphère politique est orageuse,
à l'époque, en Palestine, et la moindre critique peut compromettre Jésus aux
yeux des occupants Romains. Ses ennemis vont tenter de le prendre au piège par
une question embarrassante.
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v.16 : Politiquement, les Pharisiens ont adopté une position opportuniste : ils
évitent les conflits directs avec les Romains et se cantonnent dans le domaine
de la Loi religieuse. Ici ils restent dans la coulisse et envoient leurs
disciples, moins connus et facilement repérables par la foule. Les Hérodiens,
eux, sont ouvertement en coquetterie avec l'autorité romaine. Le groupe qui
aborde Jésus est donc loin de présenter un front homogène : on s'est coalisé
pour mieux abattre Jésus.
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v.17 : Après les flatteries usuelles, la question arrive brutalement. Jésus est
sommé de prendre parti sur la légitimité de l'impôt. Il ne s'agit pas ici des
taxes indirectes que devaient acquitter tous les citoyens de l'Empire (péages,
douanes, taxes sur les ventes et les successions), mais d'un impôt payé à
l'empereur uniquement par les provinces occupées. Si Jésus admet cet impôt,
marque de la sujétion à Rome, il se met à dos tous les résistants (zélotes) ;
s'il le refuse, les Hérodiens le dénonceront comme agitateur. La nasse est bien
posée.
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v. 19 : Ce tribut ne pouvait être payé qu'en monnaie romaine. Jésus demande à
voir la pièce : c'est un denier (environ un franc or) frappé à l'effigie de
l'empereur, contrairement aux monnaies juives.
- v.
20 : Dans la réponse de Jésus, aucune agressivité contre le pouvoir : il y a
quelque chose à rendre à César. Jésus reconnaît donc à l'Etat une autorité
légitime; et son attitude personnelle va dans le même sens : liberté totale de
jugement, mais pas de révolte ouverte ou systématique. Toutefois l'autorité de
l'Etat ne sera jamais que seconde et provisoire, car le règne de Dieu est
inauguré déjà en la personne de Jésus, et Dieu a sur l'homme des droits qui
priment sur tous les autres.
Pistes
de réflexion
1)
Plusieurs attitudes peuvent tenter l'homme contemporain. Rien à Dieu, rien à
César : anarchie qui ne construit rien. Rien que Dieu, rien pour César :
évasion du monde, qui ne rend pas gloire à Dieu. Tout pour César, rien à Dieu :
c'est l'oubli de la dimension essentielle de l'homme.
Equilibre
de Jésus : il hiérarchise les devoirs.
2)
Toute haine est aliénante. Jésus, en politique, garde la liberté de ne pas
haïr.
3)
Le chrétien construit à la fois, et d'un même mouvement, la cité des hommes et
la cité de Dieu. Le Concile Vatican II commente sur ce point l'évangile
d'aujourd'hui (voir : L'Eglise dans le monde, ch. IV, § 73-76 : la vie de la
communauté politique).
4)
Par l'Eucharistie, tout l'homme, uni au Christ, fait retour au Père. Nos
engagements sociaux et politiques remontent jusqu'à Dieu dans cette offrande.