Le centurion
Mt 8,5-11
Jésus avait bien des raisons d'exaucer cet officier
romain.
² La première est que ce
capitaine venait le supplier, non pas pour lui-même, mais pour un autre, un de
ces petits, de ces sans grade, de ces hommes simples que Jésus aimait. Un
officier de l'armée d'occupation qui faisait preuve d'humanité et de sens
social, ce n'était pas courant ! Il avait sûrement réfléchi au cas
"Jésus" et s'était fait une idée sur ce prophète galiléen ; pourtant
ce n'est pas de ses propres problèmes qu'il vient parler. Il vient simplement
dire: "J'ai un serviteur; il souffre; il va mourir!" ... un peu comme
Marie à Cana: "Ils n'ont plus de
vin!"
On est toujours accueilli par Jésus quand on lui
apporte une détresse.
² Et puis cet homme est un humble;
et cela aussi, cela surtout, a du prix aux yeux de Jésus: "Je ne suis pas
digne, dit le centurion, de cet honneur que tu me ferais en descendant chez
moi". Il ne se sent pas digne, malgré le poids de son autorité humaine et
de sa compétence d'officier, malgré toute l'estime dont on l'entoure à Capharnaüm,
malgré toutes les relations qu'il a, lui, l'homme en vue.
² Mais ce qui va forcer
l'admiration du Christ, c'est, plus encore que son humilité, sa foi, tranquille
et audacieuse :"Dis seulement une parole, de loin, de là où tu es, et mon
serviteur, là où il est, sera guéri, car les choses doivent t'obéir. Dis
seulement une parole, et je m'en irai, sûr de ton action, sûr du pouvoir de ta
bonté. Une parole, et la paralysie cessera, la souffrance s'éloignera !"
Ce Romain, cet étranger, a pressenti quelque chose du
secret de Jésus. Avec ses mots à lui, il exprime le mystère de la parole
créatrice et recréatrice : "Dieu parle, et cela est; il commande, et cela
existe" ( Ps 33,9). Cette théologie des Psaumes, le centurion,
inconsciemment, la transpose dans son langage de militaire: "Moi qui ne
suis qu'un subalterne, j'ai un pouvoir que personne ne conteste, parce qu'il
vient de plus haut. Je dis au planton: 'fais cette course', et il la fait. Je
dis à un lieutenant: 'voici ta mission', et il l'exécute! Dès lors, toi, le
prophète de Galilée, qui œuvres avec la force de Dieu lui-même, toi à qui aucun
homme ne peut rien imposer, je sais que tu peux commander à la souffrance et à
la mort".
² Cette foi, Jésus ne l'a pas
trouvée chez les siens, chez les familiers du Temple et de la prière, chez les
habitués du Dieu fidèle. Il l'a trouvée chez un étranger, venu de l'occident,
avec, pour toute richesse spirituelle, sa droiture d'homme. Mais cet homme a su
aller d'emblée jusqu'au bout dans la logique de sa foi naissante. C'était
tellement beau, tellement grand, tellement vrai, ce qu'il savait déjà de Jésus !
Il n'a pas demandé de délai pour s'habituer aux merveilles de Dieu. Il est
allé au-devant des merveilles, avec le cœur d'un pauvre qui pensait n'y avoir
pas droit.
² Dans quelques instants, avant
de communier au Corps et au Sang du Christ, l'Église nous fera redire pour nous-mêmes la prière du centurion: "Dis
seulement une parole, et je serai
guéri(e)".
Je ne suis pas digne que tu viennes; je ne suis même
pas digne de venir vers toi. Si je regarde à la dignité, Seigneur, il n'y aura
jamais de rencontre. Que ta parole abolisse toute distance. Un mot, un mot
seulement, un mot de toi, de là où tu es
! un mot pour moi, un mot pour ma communauté,
un mot pour l'Église en ce lieu, et la vie, de nouveau, fera son œuvre.