"Ne
vous faites pas appeler Rabbi".
Mt 23,8-12
Saint
Matthieu a rassemblé, dans ce
chapitre vingt-trois extrêmement rigoureux, les principaux
griefs Jésus contre les Pharisiens, qui se
posaient en maîtres à penser
du peuple des croyants :
-
le Pharisien dit et ne
fait pas
;
-
il dit,
et fait faire
par les autres ;
-
quand il fait
quelque chose, c'est pour se faire
remarquer ;
- le
Pharisien met Dieu à son service, et ramène
à lui tous
les honneurs : la première
place dans les banquets,
le premier rang à la synagogue,
et les salutations
sur la place
:" Ils aiment à se faire
appeler rabbi par les hommes".
² "Mais,
dit Jésus,
- et il
s'adresse aux
disciples, hommes et femmes, qui l'écoutent
- ne vous
faites pas appeler rabbi", c'est-à-dire : ne tirez pas
un profit personnel
de la vérité
que vous servez, de la parole
que vous annoncez, du message qui
vous est confié. En disant
cela,
Jésus n'exclut pas les responsabilités ni l'autorité au
sein de sa
communauté (l'Église), mais il
entend écarter l'autoritarisme et la vanité, et des
deux, c'est sans doute l'autoritarisme qui est le plus grave,
car la vanité d'un/e responsable trouve souvent sa sanction immédiate
: sa parole se voit dévaluée
; tandis que l'autoritarisme usurpe les droits
du Christ sur
son Église,
les droits de l'unique
Maître des consciences et des vies.
Devant lui,
devant la vérité
qu'il nous apporte, devant
l'amour qu'il
nous propose, nous nous
retrouvons comme des frères et
sœurs, sans préséance, sans
concurrence, sans privilège ; heureux d'une commune adhésion, et libres
dans nos différences. "Vous n'avez
qu'un seul didascale (enseignant), et vous
êtes tous
frères".
² Et Jésus d'ajouter : "N'appelez
personne 'père' sur la terre". Il ne s'agit pas, bien sûr, de cette
relation à notre père terrestre,
qui est inaliénable et qui nous structure
jusque dans notre être
d'adultes. Jésus vise le titre de
père que dans les écoles les
disciples donnaient à leur rabbi.
C'est une autre
tentation que Jésus envisage maintenant : non plus la tentation
du pouvoir spirituel ou intellectuel : ... "Ne vous faites pas appeler…", mais la tentation du
mimétisme, de l'engouement, de l'identification trop facile à un
maître humain... "N'appelez personne ainsi sur la
terre". Car Dieu seul, le Dieu
du ciel, mérite une adhésion
de tout l'être ; Dieu seul
garantit toute vérité et tient
toute promesse. Dieu seul
nous prend totalement en charge, en nous
donnant Jésus comme chemin,
comme vérité, comme vie ; et ce titre de Jésus,
personne au monde ne peut
se l'arroger.
"Ne vous faites
pas appeler guides, car
vous n'avez qu'un seul guide, le
Christ".