Le martyre de Jean-Baptiste
Mt 14,1-13
² Une histoire sordide pour la fin du Baptiste et pour
consommer son martyre. Il est victime de personnages tous ignobles. La danseuse
est une pauvre fille qui ne sait exister que dans le désir des autres, et ne
sait vouloir que par la volonté de sa mère. Hérodiade est une femme de tête,
mais qui ne vit que pour obtenir sa vengeance. Le roi Hérode, pour la passion
d'un instant, vit toute la cascade du péché, car le péché aussi a sa logique :
après l'égarement des sens, l'orgueil et la parole imprudente, après l'orgueil,
la cruauté. Seule la peur de la foule l'empêchait de mettre à mort le Baptiste,
seule la peur de se dédire devant ses convives le conduira à l'irréparable.
Malheureux Hérode qui n'était plus
lui-même ; égaré par l'alcool, aveuglé par sa passion, esclave de sa parole
orgueilleusement donnée, incapable désormais de tenir tête à une femme pétrie
de haine, il cédera jusqu'au bout. Ainsi est mort celui que Jésus appelait le
plus grand des enfants de l'homme.
² On ne choisit pas sa mort, et le plus grand des
prophètes aurait pu revendiquer une fin digne de lui. Il mourra dans la
solitude au fond d'un cachot pour le caprice d'une danseuse et la haine de sa
mère. Le Baptiste aura tout connu : l'enthousiasme des foules, l'admiration de
tous, et la mort anonyme, tout cela pour rester fidèle à sa mission de
prophète, et à l'Alliance, qu'il revendiquait haut et fort, même devant les
rois.
Il faut laisser Dieu choisir notre
style de vie et notre départ pour la Vie. Toutes nos prévisions s'avèrent trop
courtes, et toutes nos sagesses sont folles devant Dieu, car c'est devant lui,
et devant lui seul, que nos vies et nos morts trouvent leur sens. Ce qui nous
appartient, c'est de trouver dans toute existence une route de bonheur et
d'action de grâces, que nous essaierons de remplir de bonté à ras bords. Notre
Mère sainte Thérèse disait que l'amour doit être si fort que rien n'empêche
d'aimer ; c'est ce que devait se redire le Baptiste dans la solitude de Machéronte
et la solitude de sa mort, pour nous si mystérieuse.
² Pour trouver le sens de son martyre, il lui fallait
regarder jusqu'au Christ, devant qui il voulait s'effacer ; pour trouver le
sens de notre mort, il nous faudra attendre d'être auprès du même Christ, qui
éclairera notre mort par la sienne et notre vie nouvelle par sa Résurrection.
C'est le Christ qui valorise tous les jours nos humbles joies communautaires,
et notre volonté de construire à sa gloire une communauté fraternelle et
priante. Finalement, la mort du Baptiste nous laisse devant le mystère des
choix de Dieu, mais nous savons que Dieu choisit toujours la vie, par des
chemins connus de lui seul. Et c'est pourquoi nous devons vivre heureux, car
notre Dieu aime ceux qui donnent avec joie.