Le bonheur et les saints

Mt 5,1-12

Rm 8,28-39

 

 

 

 

 

² Ils sont présents, invisibles, priant avec nous, ceux que l'Eglise appelle les bienheureux.

         Ils sont vivants, dans ce pays de Dieu, qui n'est ni ici ni là, ni voisin ni lointain, mais qui est l'ailleurs de sa gloire, à portée du cœur, à portée de foi, l'ailleurs où déjà Dieu est tout en tous.

Le Christ ressuscité les a saisis pour toujours, nos sœurs et nos frères les saints, afin qu'ils soient avec lui là où Il est, dans le rayonnement du Père.

 

² Dieu d'avance les avait connus, élus dans son amour; "d'avance il les avait destinés à devenir conformes à l'image de son Fils". Comme nous il les a appelés sur la route toujours montante des Béatitudes, et parce qu'ils ont répondu avec tout l'élan de leur foi, "il a fait d'eux des justes", pleinement ajustés à son dessein de miséricorde; puis il les a introduits dans la gloire, c'est-à-dire dans l'unité indicible qu'il vit avec son Fils, dans le dialogue d'amour que noue l'Esprit Saint.

 

² C'étaient des femmes et des hommes de notre monde et de notre trempe, avec leurs charismes et leurs misères, avec leur histoire tissée de lenteurs et de conversions; mais ils ont bâti toute leur vie sur la certitude d'être aimés, ils sont restés éveillés dans leur foi, et ils sont revenus chaque jour, humblement, courageusement, à la route du bonheur telle que Jésus l'a tracée.

 

² C'est un bonheur paradoxal que le Fils de Dieu nous propose, un bonheur qui traverse toute l'épaisseur des refus du monde et triomphe, dans notre cœur même, de toutes les épreuves et de toutes les tristesses qui pourraient nous paralyser.

 

Heureux, bienheureux, dit Jésus, vous qui restez pauvres devant Dieu et devant les hommes, vous qui gardez les mains ouvertes et qui acceptez de tout recevoir pour mieux donner. Déjà le Règne de Dieu prend possession de vous.

Heureux, bienheureux, vous qui sauvegardez, dans toute rencontre d'un frère, l'espace de la douceur, et qui refusez de passer en force. Tout est à vous qui ne réclamez rien.

Heureux, bienheureux êtes-vous, quand, dans les souffrances, les deuils ou la solitude, vous attendez de Dieu seul votre consolation et votre réconfort.

Heureux, bienheureux, lorsque vous laissez derrière vous un sillage de bonté et de miséricorde, car vous connaîtrez la tendresse de Dieu.

Heureux, vous qui, vaillamment, gardez votre cœur pur, car la beauté de Dieu lavera votre regard, le Visage du Christ s'imprimera en vous, et "vous le verrez tel qu'il est", des "yeux illuminés de votre cœur"(E 1,18).

Heureux, vous qui faites œuvre de paix, car Dieu dira de vous :"Voilà vraiment mon fils; voilà vraiment ma fille, en qui je reconnais mon Unique".

Heureux, bienheureux êtes-vous, dit Jésus, lorsque vous avez à "souffrir pour la justice", pour vous être ajus­tés au dessein de mon Père, car c'est moi qui prendrai votre cause, et l'Esprit Paraclet témoignera pour moi à l'intime de vous-mêmes.

 

² Oui, le bonheur selon Jésus, à la manière de Jésus, traverse toutes les détresses, toutes les angoisses, toutes les persécutions (Rm 8,35); il apaise toutes nos faims, efface tous nos dénuements et nous fait oublier le danger. Toutes ces menaces sont bien réelles, mais l'amour du Seigneur est plus réel encore, et "en tout cela nous sommes plus que vainqueurs", non par notre force, mais "par Celui qui nous a aimés"(Rm 8,37).

Le seul secret des saints, c'est qu'ils entrent dans le bonheur par le chemin de Jésus et qu'ils se laissent aimer. C'est ce secret de bonheur qu'ils veulent, aujourd'hui, nous partager. Ils voient nos luttes, ils comprennent nos chutes; ils nous regardent avec le sourire que la gloire leur a donné, et chacun d'eux nous redit: "Rien ne pourra te séparer de l'amour que le Père t'a manifesté en Jésus, le Christ, notre Seigneur".

Avance, et laisse faire Dieu.

 

 

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