"Je le dis à tous : veillez !
Mt13,33-37
Il est venu ; il vient et il viendra. Telles sont les
trois certitudes que nous retrouverons, diversement tressées, dans toutes les liturgies
de ce temps de l'Avent.
²
Il est
venu : il a déchiré les cieux, et il est descendu, lui le propre Fils de Dieu.
Il
a aboli toute distance entre le Créateur et les hommes créés, en prenant chair
de la chair de Marie ; et il a traversé l'écran de notre péché pour nous faire
entendre sa voix de tout près, à l'intérieur de nous-mêmes. C'est ainsi, disait
le prophète Isaïe, que Dieu agit envers l'homme qui espère en lui. Il vient à
la rencontre de celui qui "pratique la justice"(c'est-à-dire qui
essaie loyalement de s'ajuster à Dieu) et qui se souvient des voies du Seigneur
,c'est-à-dire : des chemins qu'il aime nous voir prendre.
Le prophète a trouvé deux images extrêmement fortes
pour décrire notre état de pécheurs :
- toutes nos belles actions
sont du linge souillé ;
- nous-mêmes sommes comme des feuilles tombées, sèches, inertes, vaines,
désertées par la vie, et la seule chose qui nous soulève encore, c'est la
bourrasque du péché. Et le vent qui chasse les feuilles ne leur redonne jamais
la vie ; il les emporte seulement un peu plus loin, toujours aussi sèches,
inutiles et déçues.
Mais Dieu, lui, connaît le
secret du véritable dynamisme, il refait du neuf avec nos vieilleries, il nous
fait vivre "plus haut que ce qui meurt"(Élisabeth). Nous sommes
l'argile, et lui, le Grand Artiste, le potier inventif ; nous qui sommes tous
l'ouvrage de ses mains. Or des mains de Dieu ne sort que la beauté.
² Il est venu. Il vient.
Il vient chaque jour à nous, offrant son amitié, son
Corps et son Sang, et toutes les richesses dont parle saint Paul aux chrétiens
de Corinthe, toutes celles de la connaissance de Dieu.
Il vient à nous avant tout par son
Esprit, qui nous est donné pour connaître les dons que Dieu nous a faits,
toutes ces merveilles de délicatesse et d'amour rédempteur qui sont encloses
dans le cœur de Dieu et qui transfigurent peu à peu notre propre cœur.
Dans la mesure même, nous explique saint Paul, où le
témoignage du Christ a pris en nous de la fermeté, donc dans la mesure où nous
vivons en cohérence avec l'appel et l'amour de Jésus, nous ne manquerons, en
Église, d'aucun don de l'Esprit, dans l'attente où nous sommes de la
Révélation, de la manifestation ultime de Jésus qui est pour nous Seigneur.
² Il est
venu dans l'humilité ; il vient dans l'intimité ; il viendra dans sa gloire. Et
qu'est-ce que la gloire, pour Jésus ressuscité, sinon le mystère indicible de
son unité avec le Père, la densité de vie et de bonheur qu'il a en commun avec
le Père, et l'éclat de sa sainteté de Fils, insoutenable pour nos yeux de chair
?
"Nous attendons de voir se révéler
notre Seigneur Jésus Christ", disait saint Paul à l'instant. Ce que nous
guettons ainsi, de toute la force de notre espérance, c'est le jour de notre
Seigneur Jésus Christ, le jour du grand dévoilement, de l'immense surprise, où
un nouveau regard nous sera donné pour voir enfin en Jésus Christ ce qu'il est
depuis toujours, pour admirer et adorer éternellement la gloire de Dieu sur la
Face du Ressuscité.
Ce jour viendra ; Dieu l'a promis, et il est fidèle,
lui qui nous a appelés à vivre en communion avec son Fils. Ce jour viendra,
mais nous n'en savons ni le jour ni l'heure, et il viendra pour ceux qui seront
éveillés, tout éveillés dans leur espérance.
Or ce qui nous tient en éveil, c'est la fidélité,
l'amour qui dure, qui résiste au temps, et qui se monnaye dans l'espace d'une
vie.
Dieu
n'a pas d'heure, et le Fils de Dieu, le maître (kurios) de la maison, n'a pas
non plus d'heure pour venir. C'est bien pourquoi, dans la prière et le service,
nous le guettons à toute heure, le soir, à minuit, au chant
du coq ou au matin.
"Veillez", nous dit Jésus ; et quand il
viendra, pour nous tous et pour chacun de nous, il veut avoir la joie de nous
dire :"C'est bien ; tu m'attendais !"