"De quoi discutiez
vous en chemin ?"
Mc 9,30-37
² Jésus
fait route à travers la Galilée. Il peut se faire le plus discret possible, car
il a entrepris d'instruire plus personnellement ses disciples proches des
projets de Dieu sur lui. Et après cette deuxième annonce de la passion, ses
disciples craignent de l'interroger, comme si cette révélation de la passion
prochaine était pour eux un secret impossible
à porter, comme si les souffrances à venir projetaient déjà leur ombre, l'ombre
de l'échec, sur leur vie quotidienne avec Jésus.
Mais une
fois arrivés à la maison de Capharnaüm, Jésus, lui, ne va pas craindre de leur
demander : "De quoi discutiez-vous en chemin ?"; qu'est-ce qui
occupait votre esprit ? Quel est le souci que vous portiez ensemble ? Et les
disciples se taisent, gênés, car, ensemble, ils avaient tourné le dos à la
passion du Maître. Comme pour oublier le chemin des souffrances, ils avaient
fait des projets de grandeur, et avaient commencé à se comparer entre eux.
² Jésus
répond d'abord en rectifiant l'image qu'ils se font d'eux-mêmes : la vraie
grandeur, selon l'Évangile, est de se faire le dernier de tous. Non pas d'être
au-dessous de tout, mais de se placer au-dessous de tous ; non pas pour se
faire remarquer par une humilité trop voyante, mais simplement en se mettant en
position de servir tous ses frères. Alors, lorsque dans la famille ou la communauté, Jésus
nous met ou nous laisse à la place du service, du dévouement, de la gratuité, à
la dernière place, nous ne disons plus : "On me prend ma vie", mais :
"C'est bien ainsi ; c'est la place qui me revient".
² Seul
ce réflexe de l'humilité et du service, du service humble et de l'humilité
active, nous permettra à longueur de vie d'accueillir chaque homme comme un
frère de Jésus. Et le geste prophétique de Jésus amenant un enfant au milieu
des disciples et l'entourant de ses bras, veut souligner justement ce lien
entre l'humilité et la capacité d'accueil.
Quand on
ne se soucie plus d'être le plus grand, on s'ouvre à l'accueil, même du plus
petit. Accueillir un frère au nom de Jésus, c'est lui faire place dans notre
vie, en nous référant à la personne de Jésus et son œuvre, à ce que Jésus est
pour ce frère et fait pour lui.
² Et
dans la pensée de Jésus, l'enfant est une parabole vivante : on l'accueille
sans regarder s'il le mérite, avant même qu'il puisse le mériter, simplement
parce qu'il a besoin d'être accueilli. Tel est bien l'accueil que Jésus nous
demande pour le plus petit, pour le plus insignifiant, le moins valable
apparemment, des frères qu'il nous envoie.
² Et
finalement, c'est cette idée de l'envoi qui illumine la parole de Jésus sur
l'accueil. Dieu envoie Jésus, et Jésus m'envoie le frère. C'est la cascade de l'envoi,
de la mission. Et c'est l'accueil qui me fera remonter la cascade jusqu'à la
source, à travers le frère je remonte à Jésus, avec Jésus je remonte au Père :
"Quiconque
m'accueille, dit Jésus, ce n'est pas moi qu'il accueille,
mais Celui qui m'a envoyé".