Les exorcistes étrangers à la communauté
Mc 9,38-41
² Arrêtons-nous quelques
instants sur la question posée par Jean, le fougueux, l'exclusif, l'homme d'un
seul maître, et sur la réponse de Jésus.
"En ton nom" signifie, d'après
le sens de l'hébreu :"En se référant à toi". À l'époque, les
exorcistes conjuraient les démons "au nom" de Yahweh, de Salomon, le
modèle des guérisseurs et des exorcistes, au nom des démons eux-mêmes ou des
exorcistes célèbres. Dès lors, pourquoi pas au nom de Jésus ? Tous le savent déjà:
dans le nom de Jésus toute la puissance (divine) est présente ; le nom de Jésus
est porteur de puissance, de force libératrice.
Mais ces exorcistes n'appartiennent pas
au cercle des disciples qui ont reçu "force et puissance sur les démons".
Les Apôtres, et Jean en particulier, réagissent avec l'étroitesse des
privilégiés, comme des propriétaires de l'appel de Jésus, et comme pour
canaliser la puissance de Dieu, pour circonscrire d'avance le champ de sa miséricorde
:"Il ne nous suit pas !". Luc dit même :"Il ne suit pas avec
nous !".
² La réponse de Jésus essaie
d'inculquer aux disciples la tolérance.
Elle situe à trois niveaux : moi – nous – vous.
1) Jésus fait d'abord une constatation
d'expérience : faire un miracle en mon nom, ce n'est pas mal parler de moi.
2) Puis le Maître énonce une maxime
générale, qui regarde cette fois la communauté chrétienne, dont Jésus est
solidaire. Et il dit :"nous". "Celui qui n'est pas contre nous
est pour nous". C'est particulièrement vrai en temps de persécution.
3) Jésus propose un exemple concret, qui
confirme la maxime générale. Il s'agit de "vous", cette fois. Et la
parole de Jésus est assortie d'une promesse solennelle :"Amen !", qui
réaffirme la fidélité de Dieu envers ceux qui le servent.
Le verre d'eau, c'est l'ABC de
l'hospitalité en pays chaud, mais le donner à un chrétien parce que chrétien,
ou bien que chrétien, surtout en période de persécutions, c'est mériter
l'amitié de Jésus.
Le verre d'eau n'est pas grand chose.
Mais le motif pour lequel on le donne est important : peu de chose est
nécessaire pour avoir droit à la reconnaissance du Christ !
À l'intolérance des Apôtres s'oppose
donc l'accueil universel de Jésus. Les disciples voulaient s'en prendre à ceux
qui ne suivaient que de loin, et de l'extérieur. Jésus au contraire prend pour
lui le moindre verre d'eau donné à un chrétien, même par un homme très extérieur
à la communauté, même si le donateur ne se réfère que de très loin à Celui que
les chrétiens révèrent.
² La parole de Jésus nous
rejoint aisément, à notre époque où tant d'allergies, intellectuelles,
sociales, politiques, opposent les hommes, et même les chrétiens.
Ce n'est pas rien, pour un homme, que de se référer au
Christ,
même si sa motivation reste tant soit peu intéressée,
même si son approche du Christ demeure ambiguë,
même s'il est encore à mi-chemin de la foi explicite.
Et rien ne permet de le prendre pour un ennemi du
Règne de Dieu.
Bien des hommes et des femmes, tout en
rejetant notre témoignage ou même notre amitié, gardent au fond du cœur une
admiration sans bornes pour Jésus et une secrète espérance en lui.
Bien des hommes de bonne volonté font
reculer la haine ou le malheur dans le monde, pour un idéal qu'ils ne savent
pas encore nommer.
Nombre de jeunes, encore éloignés de
l'Église, redécouvrent en Jésus une raison de vivre.
Sommes-nous prompts à relever
l'imprécision de leur recherche, à dénoncer des dangers d'amalgame, ou au
contraire à deviner l'étincelle de foi, ou l'Esprit Saint qui œuvre de manière
invisible ?
C'est un test que Jésus aujourd'hui nous
propose, le test de la largeur de notre cœur et de notre esprit œcuménique. Sommes
nous des disciples sans frontières, sans barrières, sans œillères ?
Sommes-nous des chrétiens tous azimuths
?
Sommes-nous, en famille ou en communauté, patients
envers ceux qui cherchent ?
Savons-nous voir le cœur au-delà des mots maladroits ?
Savons-nous deviner l'amour profond
au-delà des attitudes raides ou désinvoltes ?
Il est des hommes qui suivent le Christ, même si ce
n'est pas avec nous, même si ce n'est plus avec nous et pas tout à fait comme
nous. Dieu connaît les siens, et l'Esprit, lui, s'y retrouve.
C'est sans doute ce que Jésus, ce
jour-là, a voulu dire.