Les vignerons meurtriers

Mc 12,1-11

 

 

 

 

 

²   Quel calcul sordide ! Tuer l’héritier pour accaparer l’héritage ; tuer le Fils, non pas pour devenir des fils, mais pour avoir l’argent du Fils !.

Quelle sottise également ! Comment imaginer que le Maître de la vigne laissera tout faire jusqu'au bout, qu'il laissera rouer de coups ses serviteurs, qu'il restera inerte devant le meurtre de son fils ? Comment imaginer que Dieu, après avoir soigné pendant des siècles sa vigne Israël, la laisserait piller par quelques grands prêtres et quelques politiciens ?

 

La parabole de Jésus était transparente pour ses auditeurs : vous avez persécuté les prophètes qui vous étaient envoyés, vous avez bafoué la patience de Dieu, qu'allez-vous faire de son Fils, qu'allez-vous faire de moi?

 

²   Mais la parabole nous rejoint nous aussi, là où nous sommes, là où nous en sommes, comme un appel à l'authenticité.

Certes, nous ne maltraitons pas les prophètes : juste un coup de griffe en passant à un compagnon ou une compagne qui étaient pour nous porteurs d'un message de Dieu. (Il suffit parfois de rester imperméables à la lumière qui nous viendrait de ceux qui cheminent avec nous).

Certes nous n'avons pas de nos mains tué le Fils, le Fils de Dieu, qui nous a aimés et s'est livré pour nous. Bien au contraire, nous nous sommes ouverts à son appel et à sa vie. Nous sommes entrés dans les merveilles du don et du pardon de Dieu : bien que son Fils ait été tué, Dieu nous a donné l'héritage du Fils. Les vignerons voulaient hériter sans le fils ; notre désir à nous est d'hériter avec le Fils, car Dieu l'a ramené à la vie afin qu'il soit l'aîné d'une multitude de frères et de sœurs.

 

²   Oui, Dieu a pardonné ; il a jeté loin derrière lui tous nos péchés, tous nos refus, toutes nos tristesses ; et la question qu'il nous pose aujourd'hui n'est pas :"Qu'as-tu fait de mon Fils ?", mais :"Que fais-tu de l'héritage ?"

Car nous sommes vraiment, par grâce, héritiers de Dieu, cohéritiers du Fils, revenu de la mort. Et notre héritage a deux noms : la vie et la gloire.

 

La vie nous habite déjà. C'est une vie filiale qui nous permet de prier et de témoigner, avec la certitude d'être aimés, aimés comme uniques et irremplaçables, parce que nous sommes aimés dans l'Unique dont nous reproduisons l'image. Et cette vie-là, cette vie filiale, traversera la mort.

 

Quant à la gloire, l'autre nom de notre héritage, nous savons qu'elle investira notre personne immortelle lorsque Jésus nous rappellera à lui. Nous croyons qu'elle transformera même notre corps périssable, au jour où Jésus viendra de nouveau pour inaugurer son règne éternel ; mais la gloire travaille déjà notre être profond, parce que déjà nous sommes branchés sur la vie de Jésus, sur la gloire de Jésus, Fils de Dieu, c'est-à-dire sur l'union indicible du Fils et de son Père. Et nous pouvons, dans la prière, redire à Dieu, guidés par saint Paul dans sa prière de Rm 8 :

"Ceux que tu as appelés, tu les as glorifiés" ; non pas seulement :"tu les glorifieras", mais :"tu leur donnes dès maintenant part à ta gloire ; ils sont en prise sur la gloire de Jésus".

 

Et Jésus lui-même, dans sa Prière sacerdotale, s'adresse à son Père en lui disant, à propos des disciples qu'il va laisser dans le monde :"Je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient UN, et qu'ainsi le monde puisse connaître que tu m'as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m'as aimé".

 

²   Dès maintenant nous avons et vivons la vie définitive, dès aujourd'hui nous tenons l'héritage. Cela ne change pas tout, ni notre âge, ni nos os, ni nos artères, cela ne nous ôte pas le souci de ceux que nous aimons, ni notre beau souci de fidélité. La présence de la gloire, à portée de cœur, à portée de prière, ne nous dispense ni du cheminement de la vie ni de l'engagement fraternel, mais cela change beaucoup de choses,  parce que cela nous donne un autre regard          sur le temps,

sur la vie,

sur l'urgence d'aimer.

 

 

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