L'obole de la veuve
Mc12,41-44
² Jésus était observateur.
Il aimait les choses et les êtres. Selon lui, les humbles réalités de la vie
étaient pleines de leçons pour qui savait les voir avec son cœur.
Comme les sages de l'Ancienne Alliance,
Jésus se passionnait pour l'homme, et surtout pour la manière dont l'homme
cherchait Dieu et parlait à Dieu.
Ce jour-là il s'était assis et
regardait, tranquillement, comment les croyants d'Israël apportaient leurs
pièces pour le trésor du temple, "le denier du culte", en quelque
sorte. Mais en fait de denier, la pauvre veuve, la veuve pauvre, n'avait que
quelques petites pièces, minces et légères.
Jésus a aimé son geste. Il a appelé ses
disciples auprès de lui, comme pour leur communiquer un enseignement important :"Amen,
je vous le dis …" C'est ainsi que Jésus introduisait les certitudes ou les
leçons qu'il voulait inculquer à ses disciples :"Cette pauvre veuve a mis
plus que tous les autres dans le trésor".
² Tout d'abord elle a donné
malgré sa pauvreté. Sa pauvreté ne l'a pas découragée. Bien que pauvre, elle
avait quelque chose à donner à Dieu. Ce jour-là, elle a su faire pour Dieu une
folie : donner à Dieu sa dernière assurance, s'en remettre à Dieu pour
l'avenir, et pour le pain d'aujourd'hui.
Elle a accepté de manquer, pour que
Dieu, dans sa vie, fût le premier servi. Elle a su affronter le risque de
manquer, comme la veuve de Sarepta, qui a sacrifié pour Élie sa dernière
poignée de farine.
Elle n'a pas eu peur de sa pauvreté, ni
devant Dieu ni devant les hommes.
Elle ne s'est pas dit :"De quoi
vais-je avoir l'air, venant après "beaucoup" de riches qui ont donné
"beaucoup", moi qui vais être seule à donner quasi rien !
Elle ne s'est pas dit :"Seuls les
riches sont intéressants ; moi, je n'ai qu'à m'écraser devant Dieu et devant
les hommes, parce que je suis pauvre et que je le serai toujours".
Elle n'a pas regardé le don des autres
pour s'en attrister, elle n'a pas songé à comparer.
Elle a donné "comme elle avait
résolu dans son cœur", pour reprendre la formule de Paul.
² Et non seulement elle a su
donner, bien que pauvre, mais elle a donné sa pauvreté ; et c'est cela surtout
qui a touché Jésus.
Elle savait que son obole allait la
rendre plus pauvre encore, mais sa foi toute simple et droite lui disait que
Dieu l'aimait ainsi, qu'elle n'avait pas à devenir riche pour pouvoir donner.
Dieu accueille avec joie l'offrande
d'une pauvre qui reste pauvre, et qui accepte de le rester devant lui et devant
les hommes.
Jésus, dans ce don inconditionnel,
retrouve l'un des réflexes de son propre cœur :
"lui qui, de riche qu'il était,
s'est fait pauvre, pour nous enrichir par sa pauvreté".
Il y a tant de manières de se sentir
démuni :
démuni d'atouts pour faire sa route dans la vie,
démuni de santé ou de grâce physique,
démuni d'appuis ou d'amitié.
Et parce que toutes ces pauvretés nous
déprécient à nos propres yeux, nous serions tentés d'en faire reproche aux
autres et à Dieu. Mais la veuve de l'Évangile nous montre le vrai chemin : oui,
nous sommes pauvres, mais nous savons quoi faire de notre pauvreté :
la reconnaître,
la présenter au Seigneur,
et nous mettre, dès aujourd'hui, sans
attendre, au service du Royaume, tels que nous sommes,
tels que Dieu nous voit et nous aime.